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Aujourd’hui, lorsque l’on évoque Aix-les-Bains, on pense immédiatement au lac du Bourget, aux thermes, aux palaces ou encore aux élégantes promenades héritées de la Belle Époque. Pourtant, une autre histoire a profondément marqué l’identité de la ville : celle des chevaux.

Pendant près d’un siècle, les courses hippiques ont constitué l’un des grands spectacles mondains de la station thermale. Elles ont attiré aristocrates européens, industriels fortunés, têtes couronnées, propriétaires d’écuries prestigieuses et simples curistes venus chercher autant le divertissement que les bienfaits des eaux. Aujourd’hui encore, l’hippodrome de Marlioz, à Aix les Bains, demeure le seul hippodrome des Alpes françaises, témoin vivant d’une époque où Aix-les-Bains rivalisait avec Deauville, Vichy ou Pau dans l’univers des loisirs élégants.

Quand les curistes découvrent la passion du cheval à Aix les Bains

Au XIXe siècle, Aix-les-Bains connaît une croissance spectaculaire. Les vertus thérapeutiques de ses eaux attirent chaque année une clientèle de plus en plus fortunée venue de toute l’Europe. Princes russes, aristocrates britanniques, bourgeois lyonnais ou familles royales fréquentent les établissements thermaux aixois.

Très vite, la ville comprend qu’une station thermale moderne ne peut se contenter des soins. Les visiteurs recherchent aussi des distractions. Le casino apparaît, les concerts se multiplient, les promenades paysagères se développent et les premiers équipements sportifs voient le jour.

Les chevaux arrivent naturellement dans ce paysage.

Les premières courses hippiques organisées à Aix-les-Bains remontent à 1872. Elles se déroulent alors dans le parc thermal de Marlioz. Le succès est immédiat. Dans une Europe où les courses constituent à la fois un spectacle sportif, un événement social et un lieu de rencontre mondain, Aix-les-Bains possède tous les atouts pour développer cette activité.

Les élégantes en robes longues viennent autant admirer les chevaux que se montrer. Les hommes discutent élevage, paris et politique. Les terrasses se remplissent. Une nouvelle sociabilité est en train de naître.

Marlioz : le sud d’Aix les Bains devient le quartier des sports élégants

Lorsque l’on observe une carte d’Aix-les-Bains vers 1900, on comprend immédiatement comment la ville s’organise.

Le centre thermal et les casinos occupent le cœur de la station. Les promenades au bord du lac du Bourget sont aménagées. Au sud, dans la plaine de Marlioz, s’installe progressivement un véritable quartier consacré aux loisirs sportifs. Les archives montrent que les autorités locales souhaitent offrir à leur clientèle les activités les plus en vogue de l’époque : golf, tennis, équitation, courses hippiques et même tir aux pigeons.

Cette évolution n’est pas anodine.

À la Belle Époque, le sport devient un marqueur social. Jouer au tennis, assister à des courses ou pratiquer le golf n’est pas seulement un loisir, mais c’est aussi une manière d’appartenir à une certaine élite européenne.

Marlioz devient alors le grand terrain de jeu de cette société cosmopolite.

Le premier hippodrome moderne est inauguré le 29 juin 1884 sur son emplacement actuel. La piste est entourée de tribunes élégantes. Très rapidement, des écuries, des bâtiments techniques et différents espaces d’accueil complètent l’ensemble.

Autour du champ de courses apparaissent ensuite d’autres équipements. Un vélodrome est construit à la fin du XIXe siècle. Un parcours de golf de neuf trous dessiné par l’architecte anglais Edward Hesson ouvre au début du XXe siècle. Des courts de tennis viennent compléter cet ensemble exceptionnel pour l’époque.

En quelques années, Marlioz devient l’un des plus importants pôles sportifs de montagne en Europe.

L’hippodrome de Marlioz : un décor de carte postale au coeur d’Aix les Bains

Ce qui frappe encore aujourd’hui lorsque l’on découvre l’hippodrome d’Aix-les-Bains, c’est son cadre.

Contrairement aux grands hippodromes des plaines françaises, ici les montagnes sont partout. Les Bauges ferment l’horizon à l’est tandis que le Revard domine la ville au nord. Les chevaux évoluent dans un écrin de verdure où les reliefs alpins servent de décor naturel.

Les chroniqueurs de la fin du XIXe siècle évoquent déjà cette situation privilégiée. Lors de l’inauguration de 1884, la presse décrit un hippodrome « dans une situation ravissante qu’envieraient beaucoup d’hippodromes plus célèbres ».

La piste actuelle mesure 1 540 mètres avec une ligne droite de 400 mètres. Son profil permet l’organisation de courses de trot, de galop et d’obstacles. Cette polyvalence explique en partie sa longévité.

Lorsque les chevaux débouchent de la dernière courbe et s’élancent vers les tribunes, les spectateurs voient simultanément les casaques colorées, les montagnes et les grands arbres du parc de Marlioz. Peu d’hippodromes français peuvent offrir un tel décor.

Courses hippiques à Aix les Bains, le calendrier
Courses hippiques à Aix les Bains

Les grandes heures mondaines de l’hippodrome de Marlioz à la Belle Epoque

À la Belle Époque, les courses d’Aix-les-Bains dépassent largement le cadre sportif.

Elles deviennent des événements mondains majeurs.

Les affiches de l’époque montrent des défilés de voitures fleuries, des tribunes remplies d’élégantes et des cérémonies fastueuses organisées autour des réunions hippiques. Les fameuses « batailles de fleurs » constituent alors l’un des temps forts de la saison estivale.

Les curistes quittent les thermes pour rejoindre l’hippodrome. Les hôtels organisent des navettes. Les commerçants profitent de l’affluence. Toute la ville vit au rythme des courses.

Parmi les figures les plus prestigieuses liées à cette période figure l’Aga Khan III. Passionné de chevaux, propriétaire d’écuries renommées et habitué des grandes stations européennes, il contribue fortement au rayonnement hippique d’Aix-les-Bains. Son influence est telle que le futur parc des sports aménagé dans l’enceinte de l’hippodrome portera plus tard son nom.

Cette fréquentation prestigieuse renforce encore l’image internationale de la station.

À une époque où l’on voyage plusieurs semaines pour effectuer une cure thermale, les courses deviennent un élément essentiel de l’expérience aixoise.

Aix les Bains, une ville qui se développe autour du cheval

L’influence de l’hippodrome dépasse largement les limites de la piste.

Les archives urbaines montrent que le développement d’Aix-les-Bains vers le sud accompagne directement la croissance des activités hippiques et sportives. Les avenues de Marlioz se prolongent. De nouveaux établissements apparaissent. Les infrastructures de loisirs se multiplient.

L’hippodrome agit alors comme un véritable moteur d’urbanisation.

Autour des courses gravitent de nombreux métiers : entraîneurs, jockeys, vétérinaires, maréchaux-ferrants, éleveurs, restaurateurs ou encore artisans spécialisés dans l’entretien des équipements hippiques.

Le cheval devient un acteur économique à part entière.

Cette dynamique se poursuit jusque dans l’entre-deux-guerres, période durant laquelle Aix-les-Bains confirme son statut de grande station internationale.

De la Belle Époque à aujourd’hui, le devenir de l’hippodrome de Marlioz

La Première Guerre mondiale marque un coup d’arrêt brutal à cette prospérité.

Comme partout en Europe, les habitudes changent. Les grandes villégiatures aristocratiques déclinent progressivement. Pourtant, l’hippodrome survit.

Il s’adapte.

Au fil des décennies, les infrastructures évoluent. Les pistes sont modernisées. Les tribunes sont rénovées. Le site accueille également d’autres équipements sportifs, notamment le parc des sports Aga Khan, installé à l’intérieur même de l’anneau hippique.

Cette capacité d’adaptation explique sa remarquable longévité.

Alors que de nombreux hippodromes régionaux ont disparu, celui d’Aix-les-Bains continue d’organiser ses réunions estivales.

Une saison hippique toujours vivante

Aujourd’hui, la Société des Courses d’Aix-les-Bains organise chaque année plusieurs réunions entre juin et août. Les visiteurs peuvent assister à un programme de courses de trot ou de galop dans un cadre resté étonnamment préservé.

L’ambiance a changé. Les robes longues ont laissé place aux tenues estivales. Les voitures à cheval ont disparu. Les paris sont désormais informatisés.

Mais certaines sensations demeurent identiques.

Le bruit des sabots dans la ligne droite. Le silence juste avant le départ. Les encouragements qui montent des tribunes lorsque les chevaux entrent dans la dernière courbe.

L’hippodrome conserve cette capacité particulière à suspendre le temps.

Les familles viennent découvrir un univers qu’elles connaissent souvent mal. Les passionnés retrouvent le charme d’un hippodrome à taille humaine. Les promeneurs découvrent un pan méconnu du patrimoine aixois.

L’hippodrome, un héritage vivant de la Belle Époque

Lorsqu’on évoque aujourd’hui le patrimoine d’Aix-les-Bains, les thermes, le casino Grand Cercle ou les palaces occupent naturellement le devant de la scène.

Pourtant, l’hippodrome de Marlioz, c’est comme cela que se nomme réellement l’hippodrome d’Aix les Bains, raconte lui aussi une part essentielle de l’histoire de la ville.

Il rappelle l’époque où Aix-les-Bains faisait partie du cercle très fermé des grandes stations européennes. Une époque où l’on venait ici pour se soigner, mais aussi pour voir et être vu. Une époque où les sports élégants façonnaient l’organisation urbaine autant que les établissements thermaux.

Le cheval a participé à cette aventure.

Et lorsqu’un après-midi d’été, le soleil éclaire les tribunes de Marlioz tandis que les chevaux s’élancent face aux montagnes savoyardes, il suffit de fermer un instant les yeux pour retrouver quelque chose de cette Belle Époque qui a construit l’identité d’Aix-les-Bains.

Crédit Photo:

Florian Pépellin, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a7/Hippodrome_de_Marlioz_%28Aix-les-Bains%29.JPG

Softeis, CC BY-SA 3.0 http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/, via Wikimedia Commons//https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/63/Horse-racing-4.jpg

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