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Il y a quelque chose d’étonnant à Barcelonnette.

Au premier regard, tout semble pourtant à sa place. À un peu plus de 1 100 mètres d’altitude, la petite ville s’étire dans la vallée de l’Ubaye, entourée de montagnes qui ferment presque entièrement l’horizon. Les façades colorées du centre rappellent déjà la Provence, les terrasses se remplissent dès que le soleil paraît et, au bout des rues, les sommets ramènent constamment le regard vers les Alpes. Au sud se dressent le Chapeau de Gendarme, qui culmine à 2 682 mètres, et le Pain de Sucre, à 2 563 mètres. Plus loin commencent les routes conduisant vers les grands cols de Vars, de la Cayolle et de la Bonette.

Tout pourrait donc raconter l’histoire d’une petite ville des Alpes du Sud.

Mais voilà qu’au détour d’une avenue apparaît une demeure entourée d’un immense parc. Puis une autre. Certaines ressemblent aux villas de villégiature de la Côte d’Azur, d’autres aux demeures bourgeoises italiennes de la Belle Époque. Une maison affiche des lignes Art déco. Des cèdres et des séquoias dépassent des murs d’enceinte. Sur un panneau apparaît le nom de Porfirio Diaz, président du Mexique pendant plus de trente ans. Ailleurs surgissent les noms de Puebla, Morelia ou La Tapatia.

Le Mexique est partout.

Il se glisse jusque dans l’identité contemporaine de Barcelonnette, dans les fêtes qui animent la ville, dans certains noms de commerces, dans ses liens avec Valle de Bravo et surtout dans ces étonnantes demeures que l’on appelle ici les villas mexicaines.

Pour comprendre ce qu’elles font au milieu des Alpes, il faut remonter près de deux siècles en arrière et suivre des hommes qui quittèrent cette vallée isolée pour traverser l’Atlantique.

Certains revinrent immensément riches.

Et ils changèrent Barcelonnette pour toujours.

Des Alpes au Mexique : comment commence l’incroyable histoire des « Barcelonnettes » ?

L’histoire commence en réalité quelques kilomètres en amont de Barcelonnette, à Jausiers.

Au début du XIXe siècle, la vallée de l’Ubaye est encore un territoire montagnard difficile. Les terres agricoles sont limitées, les hivers longs et les familles nombreuses. Les habitants ont depuis longtemps développé une tradition de mobilité et de commerce. Beaucoup deviennent colporteurs et parcourent les régions voisines pour vendre des tissus et différentes marchandises.

Parmi eux, les frères Arnaud, originaires de Jausiers, vont ouvrir une voie totalement nouvelle.

Jacques Arnaud part d’abord vers la Louisiane. Avec ses frères, il participe à la création d’une petite communauté qui deviendra Arnaudville, avant de poursuivre son aventure vers le Mexique au début des années 1820. Le pays vient d’obtenir son indépendance et offre de nouvelles opportunités aux commerçants européens.

Les Arnaud y développent le commerce du textile.

La nouvelle de leur réussite traverse bientôt l’Atlantique et remonte jusqu’aux villages de l’Ubaye.

L'épopée des frères Arnaud
Plaque rappelant les frères Arnaud à Barcelonnette

Dans une vallée où les perspectives économiques demeurent limitées, l’histoire fascine. Des parents partent rejoindre des parents. Des employés deviennent associés puis créent leur propre commerce. Les réseaux familiaux permettent aux nouveaux arrivants de trouver un travail, un logement et surtout des contacts.

Peu à peu se constitue au Mexique une véritable communauté originaire de l’Ubaye.

Ces migrants sont bientôt désignés sous un nom qui dépasse largement la seule ville de Barcelonnette : les Barcelonnettes.

Pendant plusieurs générations, ils vont occuper une place considérable dans le commerce textile mexicain. Certains commencent derrière le comptoir d’une petite boutique avant de devenir propriétaires de grands magasins ou industriels. Les entreprises se développent à Mexico mais également dans d’autres villes du pays.

Plusieurs enseignes nées de cette aventure marquent durablement l’histoire commerciale mexicaine. El Palacio de Hierro, dont le spectaculaire magasin construit en métal devient l’un des symboles de la modernité de Mexico, est directement lié à ces entrepreneurs venus des Alpes. L’histoire de Liverpool, aujourd’hui encore l’un des grands noms du commerce mexicain, croise également celle de cette émigration ubayenne.

Mais l’une des particularités de cette aventure réside dans le retour.

Ceux qui réussissent ne coupent pas nécessairement les ponts avec leur vallée natale. Beaucoup reviennent régulièrement en Ubaye. Certains choisissent même d’y passer leur retraite après plusieurs décennies au Mexique.

Et lorsqu’ils reviennent fortune faite, ils veulent une maison à la hauteur de leur réussite.

C’est ainsi que le paysage de Barcelonnette commence à changer.

Que sont les villas mexicaines de Barcelonnette ?
Une villa mexicaine à Barcelonnette

Les villas mexicaines : quand la réussite devient architecture

Il faut immédiatement dissiper un malentendu : les villas mexicaines de Barcelonnette ne sont généralement pas mexicaines par leur architecture.

Pas de haciendas blanches organisées autour d’un patio, ni de maisons directement inspirées de l’architecture coloniale de Puebla ou de Mexico. Le Mexique se trouve ailleurs : dans l’origine de la fortune ayant permis leur construction, dans le parcours de leurs propriétaires et parfois dans leur nom.

Les entrepreneurs revenus en Ubaye veulent construire ce qui se fait alors de plus élégant en Europe.

Ils font appel à des architectes, des entrepreneurs, des décorateurs et des paysagistes. Les styles se succèdent au rythme des modes : néoclassicisme, éclectisme, références italiennes, architecture de villégiature, Art nouveau puis Art déco.

Les premières demeures restent relativement massives. Puis les constructions deviennent plus ambitieuses. Vérandas, balcons, bow-windows, escaliers monumentaux, ferronneries et décors sculptés apparaissent progressivement.

Autour des maisons, les jardins sont tout aussi importants.

La demeure doit être vue mais aussi mise en scène. Derrière les grilles s’étendent des parcs où les arbres atteignent bientôt des dimensions impressionnantes. Cèdres, séquoias, sapins et essences ornementales donnent à certains quartiers de Barcelonnette une atmosphère presque inattendue dans cette vallée sèche et lumineuse des Alpes du Sud.

Le contraste est saisissant.

Au-dessus des toitures élégantes se dressent les montagnes. Derrière une grille ouvragée apparaît une vaste pelouse. Quelques mètres plus loin, une rue retrouve les proportions modestes d’une ville alpine.

Pour découvrir cet héritage, le mieux est de marcher.

Une promenade mexicaine dans Barcelonnette

Commencer par la place Manuel, au cœur de la ville

La balade peut commencer sur la place Manuel, cœur vivant de Barcelonnette.

Les cafés étendent leurs terrasses au soleil, les conversations résonnent sous les façades colorées et les montagnes apparaissent au bout des rues. En été, la place devient un véritable salon à ciel ouvert. On s’y retrouve après une randonnée, on y prend un café le matin, un verre en fin de journée, tandis que marchés et manifestations viennent régulièrement modifier son atmosphère.

Il est intéressant de commencer ici précisément parce que rien n’est encore véritablement « mexicain ».

Barcelonnette raconte d’abord une histoire alpine.

La ville a été fondée au XIIIe siècle et son centre ancien conserve encore la trame de cette petite cité commerçante. Les rues relativement régulières, les maisons hautes et rapprochées, les passages et les places racontent une époque bien antérieure aux fortunes américaines.

Avant de chercher les grandes villas, il faut donc se perdre un peu dans ces rues.

Les façades passent du jaune au rose, de l’ocre au gris clair. Des balcons en fer forgé se détachent sur le ciel. Le soleil des Alpes du Sud accentue les couleurs tandis que l’ombre reste fraîche dans les rues étroites.

Cette lumière constitue l’une des grandes séductions de Barcelonnette.

On est en montagne, mais quelque chose annonce déjà la Provence.

Retrouver la Barcelonnette médiévale autour de la Tour Cardinalis

La Tour Cardinalis rappelle que la ville ne commence pas avec l’émigration mexicaine.

Datant du XIVe siècle, elle constitue l’un des principaux témoins du Barcelonnette médiéval. Sa silhouette se détache au-dessus des toits et offre un contrepoint intéressant aux demeures bourgeoises que l’on découvrira quelques minutes plus tard.

La ville s’est transformée au fil des incendies, des guerres, des reconstructions et des périodes de prospérité. C’est précisément cette superposition qui rend la promenade intéressante : Barcelonnette n’est pas un décor homogène mais une petite ville alpine dont chaque époque a laissé une strate.

On peut ensuite rejoindre l’église Saint-Pierre, autre repère important du centre. Son histoire et ses transformations accompagnent celles de la cité et rappellent la place de la religion dans cette société montagnarde d’où partirent les futurs entrepreneurs.

Puis vient le moment de quitter progressivement le cœur ancien.

Les maisons s’espacent.

Les jardins apparaissent.

La promenade mexicaine commence véritablement.

À l’est du centre, entrer dans le quartier des villas

C’est à l’est de la vieille ville que se trouve l’une des concentrations les plus importantes de villas construites par les anciens émigrés.

La rupture avec le centre est perceptible.

On quitte un urbanisme dense, façonné par des siècles de vie commerçante, pour des avenues bordées de propriétés. Les murs et les grilles protègent de vastes parcelles. Derrière les arbres apparaissent parfois seulement une toiture, une tour ou quelques fenêtres.

Il ne faut pas chercher à entrer : la plupart des villas sont privées.

Le plaisir consiste plutôt à les observer depuis l’espace public et à imaginer ce que représentait leur apparition dans le Barcelonnette de la fin du XIXe siècle.

Dans une vallée où beaucoup de familles vivaient encore modestement de l’agriculture, de l’élevage ou du commerce, ces demeures devaient produire une impression considérable.

Elles étaient la preuve visible que l’aventure mexicaine pouvait réussir.

Qu'est-ce que La Sapinière à Barcelonnette ?
La Sapinière à Barcelonnette

La Sapinière : entrer enfin dans une villa mexicaine

Parmi toutes ces demeures, La Sapinière occupe une place particulière.

Construite à partir de 1878 pour Alexandre Reynaud, originaire de Saint-Paul-sur-Ubaye et enrichi au Mexique, elle appartient à la première génération des grandes résidences édifiées au retour d’Amérique.

À première vue, la maison possède cette élégance relativement sage des demeures bourgeoises de la fin du XIXe siècle. Mais en s’approchant, les détails apparaissent : le travail des façades, la véranda métallique, les ouvertures sur le parc, puis l’impressionnante végétation qui isole progressivement la maison de la ville.

Son histoire architecturale ne s’arrête pas à sa construction. La demeure est agrandie et remaniée, puis modernisée après son acquisition par Antoine Signoret. À l’intérieur apparaissent boiseries en noyer, parquets en marqueterie, faïences et vitraux Art nouveau. Un cabinet de bains décoré de faïences aux iris et aux glycines rappelle le raffinement recherché par ces familles revenues du Mexique.

La Sapinière possède surtout une particularité essentielle : c’est la seule villa mexicaine de Barcelonnette que l’on puisse visiter.

Elle abrite aujourd’hui le Musée de la Vallée.

Et c’est probablement ici que la promenade prend tout son sens.

Le Musée de la Vallée : mettre des visages derrière les villas

Après avoir observé les demeures depuis la rue, entrer dans La Sapinière permet de passer de l’architecture aux destins humains.

Le musée ne raconte pas uniquement le Mexique. Il replace cette aventure dans une histoire beaucoup plus vaste de migrations et de voyages qui caractérise depuis longtemps l’Ubaye.

Car les habitants de cette vallée n’ont jamais vécu dans un monde fermé.

Marchands et colporteurs partaient vers les régions voisines. Des Piémontais et des Tessinois venaient travailler en Ubaye. Des artistes parcouraient d’autres pays. Puis l’Amérique a élargi brutalement l’horizon.

Les collections permettent de suivre ces trajectoires.

Photographies, documents, objets, œuvres d’art et souvenirs rapportés d’outre-Atlantique racontent des existences partagées entre deux continents. Derrière les réussites commerciales apparaissent les départs, les familles séparées, les longues traversées, les adaptations à une société inconnue et parfois le retour après plusieurs dizaines d’années d’absence.

Le Mexique cesse alors d’être un décor exotique.

Il devient une seconde patrie.

La visite permet également de comprendre à quel point ces entrepreneurs ont participé à la modernisation du commerce mexicain. Grands magasins, industrie textile, nouvelles méthodes de vente et architectures commerciales spectaculaires accompagnent l’évolution économique du pays.

Lorsqu’on ressort dans le parc de La Sapinière, les villas aperçues quelques minutes auparavant ne ressemblent plus tout à fait à de belles maisons.

Elles sont devenues des biographies de pierre.

La Villa Bleue, l’épopée mexicaine entre dans l’Art déco

Il faut poursuivre la promenade jusqu’à l’avenue Porfirio Diaz.

Le nom est déjà tout un programme.

Puis apparaît la Villa Bleue.

Elle est l’une des demeures les plus importantes du patrimoine de Barcelonnette et permet de comprendre l’évolution spectaculaire des villas mexicaines entre la fin du XIXe siècle et l’entre-deux-guerres.

Construite en 1931 pour Camille Jean, fondateur de la Francia Maritima à Mexico, elle appartient à la dernière grande génération de ces résidences.

Plus question ici de reproduire les modèles bourgeois du siècle précédent.

Les volumes deviennent géométriques, la masse du bâtiment plus affirmée, les décors plus graphiques. Le projet est confié à Joseph Hiriart, architecte lié au mouvement Art déco et à l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris de 1925.

L’un des éléments les plus extraordinaires se trouve à l’intérieur : un grand vitrail réalisé par Jacques Gruber, maître verrier de l’École de Nancy. Son décor évoque directement la réussite industrielle du propriétaire au Mexique, associant le grand magasin, l’usine et les métiers à tisser.

Même lorsque l’intérieur n’est pas accessible, observer la Villa Bleue depuis l’extérieur suffit à mesurer le chemin parcouru.

En un demi-siècle, Barcelonnette est passée des premières « bâtisses » de retour du Mexique à une véritable architecture de prestige inscrite dans les grands mouvements artistiques européens.

Le Mexique a financé cette transformation.

Mais c’est l’histoire de l’architecture française que l’on contemple.

Puebla, Costebelle, La Tapatia : les villas racontent leurs propriétaires

La promenade ne doit surtout pas se limiter aux deux demeures les plus connues.

En poursuivant dans les quartiers de villas, les noms deviennent eux-mêmes une invitation au voyage : Puebla, La Tapatia, Costebelle, mais aussi d’autres propriétés dont les silhouettes apparaissent derrière les arbres.

Certaines évoquent directement une ville ou une identité mexicaine. D’autres portent des noms beaucoup plus européens. Leurs architectures diffèrent également fortement.

C’est ce qui rend la promenade passionnante.

Il n’existe pas de « style villa mexicaine » au sens architectural du terme. Chaque propriétaire choisit une manière différente de traduire sa réussite. Certains préfèrent la monumentalité, d’autres une élégance plus discrète. Une villa adopte un vocabulaire classique quand sa voisine affiche déjà les courbes de l’Art nouveau ou les géométries de l’Art déco.

Les jardins renforcent cette individualité.

À travers les grilles apparaissent de grands arbres centenaires, parfois plantés lors de la construction de la maison. Leur hauteur dépasse aujourd’hui largement celle des bâtiments et transforme certains secteurs en véritables quartiers-parcs.

Il faut marcher lentement.

Lever les yeux vers les toitures.

Observer les ferronneries.

Chercher derrière un cèdre une façade presque entièrement dissimulée par les branches.

La promenade fonctionne justement parce qu’elle laisse une place à l’imagination.

Le cimetière de Barcelonnette, dernier chapitre de l’épopée mexicaine

Il serait tentant d’achever la visite avec les villas.

Ce serait pourtant manquer l’un des lieux les plus étonnants de Barcelonnette.

Il faut poursuivre jusqu’au cimetière historique.

L’endroit raconte le dernier chapitre de l’histoire des Mexicains de l’Ubaye avec une force presque théâtrale. Les familles qui avaient construit de somptueuses villas pour leur retour au pays voulurent parfois prolonger jusque dans la mort cette affirmation de leur réussite.

On découvre alors de véritables monuments funéraires.

Chapelles, mausolées, tombeaux de pierre et de marbre se succèdent dans des styles très différents. Certaines sépultures adoptent une architecture classique, d’autres multiplient les ornements, les colonnes, les sculptures ou les vitraux.

La pierre elle-même raconte une autre migration.

Pour répondre aux commandes des familles enrichies, des tailleurs de pierre et marbriers venus du Piémont italien, notamment de la région de Barge, traversent les Alpes et travaillent dans la vallée. Certains finissent par s’y installer.

Ainsi, même le cimetière raconte les échanges permanents qui ont façonné l’Ubaye.

Mexique, France, Italie : les trajectoires se croisent jusque sur les monuments funéraires.

La visite est naturellement silencieuse, mais elle n’a rien de morbide. Elle permet au contraire de comprendre jusqu’où allait le désir de laisser une trace.

Après avoir traversé l’océan, créé des entreprises, construit des villas et parfois financé des œuvres collectives, ces familles voulaient encore raconter leur histoire dans la pierre.

Le Mexique a-t-il vraiment transformé Barcelonnette ?

La réponse apparaît progressivement au fil de la promenade.

Oui, et bien au-delà de l’architecture.

Les fortunes revenues d’Amérique ont introduit dans la vallée de nouvelles manières d’habiter, de construire et de consommer. Elles ont favorisé l’arrivée d’architectes et d’artisans. Elles ont créé des parcs là où l’urbanisme traditionnel était beaucoup plus dense. Elles ont également contribué à l’ouverture culturelle d’une petite ville qui aurait pu rester relativement isolée au fond de sa vallée alpine.

Mais l’influence la plus durable est peut-être psychologique.

Barcelonnette regarde loin.

Pour une ville de cette taille, son rapport au monde est étonnant. Ici, partir n’a jamais nécessairement signifié abandonner son pays. On pouvait vivre trente ans au Mexique et continuer à rêver des montagnes de l’Ubaye. On pouvait réussir à Mexico puis revenir construire une maison à quelques centaines de mètres de celle de ses parents.

Cette double appartenance explique en grande partie l’identité contemporaine de Barcelonnette.

Une histoire franco-mexicaine toujours vivante

Le lien n’est pas resté enfermé dans les albums de famille.

Il suffit aujourd’hui encore de parcourir Barcelonnette pour trouver des références au Mexique. Des noms de rues rappellent des personnages ou des lieux mexicains, la ville entretient des relations avec Valle de Bravo et le tourisme des racines ramène régulièrement dans l’Ubaye des descendants des familles parties outre-Atlantique.

Chaque été, les Fêtes Latino-Mexicaines rendent cette relation particulièrement visible.

Pendant plusieurs jours, la ville change d’atmosphère. Les couleurs deviennent plus vives, les musiques latines envahissent les places et les mariachis résonnent devant des façades qui, quelques semaines plus tôt, semblaient profondément alpines. Danses, concerts, expositions, conférences et rencontres permettent de dépasser le simple folklore pour rappeler l’histoire réelle qui relie les deux territoires.

La place Manuel devient alors l’un des cœurs de la fête.

Le contraste peut sembler improbable : des musiciens mexicains, des costumes colorés et des rythmes latino-américains sous les sommets de l’Ubaye.

Mais après avoir découvert l’histoire de la ville, plus rien ne paraît artificiel.

Le Mexique appartient réellement à Barcelonnette.

AlpAddict en Ubaye
Barcelonnette en Ubaye

Prendre de la hauteur pour regarder Barcelonnette autrement

Avant de quitter la ville, une promenade permet d’en comprendre l’organisation d’un seul regard : la promenade du Verger.

Le chemin s’élève au-dessus de Barcelonnette à travers un environnement beaucoup plus végétal. Après quelques passages en forêt, le paysage s’ouvre et la ville apparaît en contrebas.

On distingue alors clairement le quartier des villas.

Le toit rouge de la Villa Bleue se détache parmi les arbres tandis que les grandes propriétés disparaissent presque sous leurs parcs. Plus loin, le centre ancien retrouve sa densité.

Et tout autour s’élèvent les montagnes.

Face à vous, le Chapeau de Gendarme et le Pain de Sucre dominent le paysage. Sur l’ubac, les forêts remontent vers les pentes du Sauze. En regardant vers l’est, la vallée conduit naturellement vers Jausiers et la haute Ubaye.

Cette vue permet de comprendre quelque chose que l’on perçoit moins bien depuis les rues.

Barcelonnette reste une toute petite ville au milieu d’un immense territoire montagnard.

Et c’est peut-être cela qui rend son histoire mexicaine encore plus fascinante.

Barcelonnette, une ville alpine avant tout

Le Mexique constitue un fil conducteur extraordinaire pour visiter Barcelonnette, mais il ne faut pas oublier ce qui l’entoure.

La ville reste profondément liée à la montagne.

À quelques kilomètres se trouvent les stations du Sauze-Super Sauze et de Pra Loup. Les vallées voisines conduisent vers les grands espaces de l’Ubaye et les cols mythiques des Alpes du Sud. La Bonette, Vars, la Cayolle et Larche permettent de rayonner vers des paysages totalement différents.

Mais ce territoire mérite des excursions à part entière.

Pour une journée consacrée à Barcelonnette, mieux vaut résister à la tentation de repartir immédiatement en voiture. Le plaisir consiste précisément à rester dans la ville, à marcher, à entrer au musée, à déjeuner sur une terrasse et à reprendre ensuite la promenade.

Barcelonnette se découvre à une échelle humaine.

Que faire à Barcelonnette en Ubaye
La montagne Ubayenne depuis Barcelonnette

Comment venir à Barcelonnette ?

En voiture

L’isolement relatif de Barcelonnette fait partie de son charme, mais il impose un peu d’organisation.

La ville se trouve au cœur de la vallée de l’Ubaye, dans les Alpes-de-Haute-Provence, à distance des grandes infrastructures ferroviaires et autoroutières.

Depuis Gap, l’itinéraire rejoint la vallée de la Durance puis le secteur du lac de Serre-Ponçon avant de remonter vers l’Ubaye. Depuis Marseille et Aix-en-Provence, on gagne généralement la vallée par l’axe de la Durance.

L’été ouvre beaucoup plus de possibilités.

Les grands cols deviennent alors autant d’itinéraires panoramiques : la Cayolle permet de rejoindre les Alpes-Maritimes, le col d’Allos ouvre également vers le sud tandis que la Bonette relie la haute Ubaye à la vallée de la Tinée. Vers l’est, le col de Larche conduit à l’Italie ; vers le nord, le col de Vars rejoint le Guillestrois.

Ces routes sont cependant des routes de haute montagne et plusieurs ferment durant l’hiver.

Venir en train et en bus

Barcelonnette ne possède pas de gare ferroviaire.

Il est néanmoins possible de venir sans voiture en combinant train et autocar. Les gares de la vallée de la Durance, notamment Gap et Embrun, permettent de rejoindre ensuite l’Ubaye grâce aux lignes régionales de bus.

Des liaisons routières régionales permettent également de rejoindre Barcelonnette depuis les principales villes de Provence selon les périodes et les horaires.

Une fois arrivé, la découverte du centre et des villas mexicaines se fait très facilement à pied.

C’est même la meilleure manière de visiter la ville.

Quand visiter Barcelonnette ?

L’été, pour la ville la plus vivante

De juin à septembre, Barcelonnette connaît sa période la plus animée.

Les terrasses sont pleines, les cols sont normalement ouverts et les montagnes deviennent un immense terrain de randonnée et de cyclisme. Les longues journées permettent d’alterner promenade urbaine et excursions dans la vallée.

Le mois d’août possède une saveur particulière grâce aux Fêtes Latino-Mexicaines.

C’est le moment où l’histoire racontée par les villas semble soudain reprendre vie dans les rues.

Le printemps, pour la lumière et les contrastes

Au printemps, les prairies de la vallée reverdissent alors que les sommets restent enneigés.

La fréquentation est beaucoup plus faible et Barcelonnette retrouve un rythme très local. C’est une excellente période pour découvrir le patrimoine et profiter des premières randonnées de basse altitude, même si les grands cols restent généralement fermés.

L’automne, lorsque les Alpes du Sud deviennent dorées

L’automne est probablement la saison la plus esthétique.

Les mélèzes jaunissent sur les versants, les parcs des villas changent de couleur et la lumière plus basse accentue les reliefs des façades. Les rues sont redevenues tranquilles et les premières neiges peuvent déjà blanchir les sommets.

La promenade mexicaine prend alors une tonalité presque mélancolique qui lui va particulièrement bien.

L’hiver, une autre Barcelonnette

Sous la neige, les villas changent complètement de caractère.

Les grands arbres se couvrent de givre, les jardins deviennent silencieux et les façades colorées du centre contrastent avec les montagnes blanches. Les stations voisines apportent leur animation mais Barcelonnette conserve une véritable vie locale.

C’est une autre manière de découvrir la ville, plus intime et probablement plus proche de ce qu’elle est lorsqu’elle ne se met pas en scène pour les visiteurs.

Combien de temps prévoir pour visiter Barcelonnette ?

Une demi-journée permet de parcourir le centre et d’observer quelques villas.

Mais ce serait aller trop vite.

Prévoyez plutôt une journée entière pour suivre véritablement cette balade mexicaine : commencer dans le centre ancien, rejoindre le quartier des villas, visiter le Musée de la Vallée dans La Sapinière, observer la Villa Bleue, découvrir le cimetière historique puis terminer par la promenade du Verger.

Le rythme compte autant que l’itinéraire.

Car Barcelonnette n’est pas une ville où l’on coche une succession de monuments.

Elle se comprend progressivement.

À Barcelonnette, le voyage continue même lorsqu’on ne part pas

À la fin de la journée, revenez sur la place Manuel.

Les montagnes n’ont pas bougé.

Le Chapeau de Gendarme domine toujours la vallée. La lumière descend lentement sur les façades. Les terrasses s’animent avant le dîner et l’air devient plus frais dès que le soleil disparaît derrière les crêtes.

Pourtant, la ville ne ressemble plus tout à fait à celle que l’on avait découverte quelques heures auparavant.

Les grandes maisons aperçues derrière leurs grilles ont désormais une histoire.

On imagine les jeunes Ubayens quittant leurs villages, descendant vers Marseille avant de traverser l’Atlantique. On les retrouve derrière le comptoir d’un magasin de tissus à Mexico, puis à la tête d’entreprises considérables. On les imagine enfin revenant, des décennies plus tard, dans cette vallée qu’ils n’avaient jamais complètement quittée.

Ils auraient pu s’installer à Paris, à Nice ou sur la Côte d’Azur.

Beaucoup ont choisi Barcelonnette.

Ils ont planté des arbres, construit des villas et ramené dans leurs bagages un morceau d’Amérique.

Près de deux siècles après les premiers départs, les Alpes et le Mexique continuent ainsi de se rencontrer dans cette petite ville de l’Ubaye.

C’est ce qui rend Barcelonnette si singulière.

On vient y chercher la montagne.

Et l’on finit par traverser l’Atlantique.

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