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Il existe des lieux qui semblent avoir été créés pour ralentir le temps.

Stresa appartient à cette catégorie rare. Dès que l’on aperçoit les premières eaux du lac Majeur, quelque chose change imperceptiblement. Les montagnes se rapprochent du rivage, les palmiers côtoient les camélias, les façades Belle Époque se reflètent dans une eau tantôt bleu acier, tantôt argentée, tandis que les cloches des bateaux remplacent progressivement le bruit des voitures. Ici, le voyage ne commence pas lorsque l’on franchit la porte d’un monument. Il commence dès les premiers pas sur la promenade qui longe le lac.

Depuis plus de cent cinquante ans, Stresa accueille voyageurs, écrivains, artistes, aristocrates et familles venues chercher un luxe discret, celui du temps retrouvé. La ville fut longtemps l’une des destinations les plus prestigieuses d’Europe. Les grands hôtels qui bordent encore aujourd’hui le rivage rappellent cette époque où les trains internationaux déversaient chaque jour une clientèle venue de Paris, Londres, Bruxelles ou Vienne. On venait respirer l’air du lac, admirer les montagnes, se promener dans les jardins et profiter d’une douceur de vivre qui semble, ici, avoir traversé les siècles.

Située sur la rive piémontaise du lac Majeur (Lago Maggiore), au pied des premières pentes du Mottarone et face aux célèbres îles Borromées, Stresa bénéficie d’une situation exceptionnelle. En quelques minutes, on passe du bord de l’eau aux panoramas alpins, des ruelles anciennes aux palaces, des embarcadères aux villas historiques. La ville constitue également une base idéale pour découvrir les villages voisins comme Baveno, Belgirate, Verbania-Pallanza ou encore les îles qui émergent au large, véritables joyaux du lac. Nous les évoquerons ici sans les approfondir, tant chacun mérite un voyage à lui seul.

Mais avant de partir explorer les alentours, il faut prendre le temps de découvrir Stresa elle-même.

Car cette ville ne se visite pas.

Elle se savoure en la parcourant lentement, au rythme des reflets du lac, des terrasses animées et des jardins parfumés, avec cette sensation délicieuse d’être entré dans une Italie élégante où la montagne rencontre la dolce vita.

Une promenade entre lac et palaces

La Piazza Marconi, le cœur vivant de Stresa

Comme beaucoup de voyageurs, vous arriverez probablement à Stresa par la gare ou par la route qui longe le lac. Quelques minutes suffisent alors pour rejoindre la Piazza Guglielmo Marconi, véritable porte d’entrée de la ville.

Cette place n’a rien de monumental. Elle possède au contraire cette élégance discrète propre aux villes lacustres italiennes. Les terrasses débordent sur les trottoirs, les cafés servent les premiers expressos de la journée tandis que les habitants discutent encore avant de rejoindre leur travail. Quelques boutiques proposent des produits locaux, des librairies côtoient les glaciers, et les premiers hôtels annoncent déjà la vocation touristique de la ville.

Le regard est immédiatement attiré vers le lac.

Quelques dizaines de mètres plus loin apparaît soudain la grande promenade qui accompagne toute la façade de Stresa. Derrière elle se dessinent déjà les silhouettes des Isola Bella, Isola Madre et Isola dei Pescatori, que l’on distingue presque comme des décors de théâtre flottant sur l’eau.

La Piazza Marconi est aussi le point de convergence de la vie quotidienne. Les habitants viennent y faire leurs courses, les visiteurs y consultent les horaires des bateaux ou prennent un premier café avant de partir explorer les environs. On comprend rapidement que Stresa n’est pas une station artificielle née uniquement du tourisme. C’est une véritable petite ville piémontaise qui a conservé son rythme propre malgré sa renommée internationale.

À quelques pas seulement, les premiers embarcadères rappellent d’ailleurs que le lac constitue ici une véritable avenue. Les bateaux relient toute la journée les îles Borromées, Baveno, Pallanza, Verbania, Intra ou encore les villages plus éloignés du nord du lac. Les départs réguliers donnent à la promenade une animation permanente sans jamais lui enlever son élégance.

Le meilleur moment pour découvrir cette première partie de Stresa reste probablement le début de matinée. La lumière éclaire alors doucement les façades tandis que les montagnes du versant lombard se reflètent encore parfaitement dans une eau souvent immobile.

L’atmosphère est paisible.

On comprend déjà pourquoi tant de voyageurs choisissent Stresa comme point de départ de leur découverte du lac Majeur.

Dolce Vita à Stresa
Stresa et ses restaurants

La promenade du lac, l’une des plus élégantes d’Italie

S’il fallait résumer Stresa en une seule image, ce serait probablement celle-ci.

Une longue promenade plantée de palmiers, de magnolias et de camélias, longeant le lac sur plusieurs centaines de mètres, avec en toile de fond les îles Borromées et les Alpes.

La Lungolago constitue véritablement l’âme de Stresa.

On y marche sans objectif précis. On s’arrête régulièrement pour admirer un point de vue. On observe les bateaux qui quittent les embarcadères. On écoute les conversations mêlées en italien, en français, en allemand ou en anglais.

L’air transporte une légère odeur d’eau douce, de végétation méditerranéenne et parfois même le parfum des glycines qui débordent des jardins voisins.

La promenade est étonnamment large. Les bancs invitent à s’asseoir face au lac. Les arbres apportent une ombre appréciable pendant les journées estivales. Les pelouses parfaitement entretenues renforcent cette impression de raffinement qui caractérise toute la ville.

À mesure que l’on avance, les perspectives changent constamment. À gauche, les palaces apparaissent derrière leurs jardins. Devant soi, les îles semblent presque flotter dans la lumière. Au loin, les sommets du massif du Mottarone dominent discrètement tout le paysage. Puis le regard se tourne vers la rive lombarde où les montagnes plongent directement dans le lac.

Le lac Majeur possède une personnalité très différente de celle des grands lacs préalpins plus méridionaux. Ici, les reliefs sont plus proches, plus présents. La montagne accompagne constamment le regard sans jamais écraser le paysage. Cette rencontre entre climat presque méditerranéen et environnement alpin explique en grande partie le succès de Stresa depuis le XIXᵉ siècle.

En fin d’après-midi, lorsque la lumière devient plus chaude, la promenade prend une dimension presque cinématographique. Les façades des hôtels se teintent d’ocre, les terrasses se remplissent lentement et les bateaux rentrent progressivement vers les ports.

Le soir venu, il devient difficile de quitter les lieux.

La promenade n’est plus simplement un espace urbain.

Elle devient un véritable salon à ciel ouvert où chacun semble venu célébrer le coucher du soleil.

Grands hôtels le long du lac à Stresa
Les bords du lac à Stresa

Les grands hôtels Belle Époque, mémoire de la dolce vita

Impossible d’évoquer Stresa sans parler de ses palaces.

Ils racontent à eux seuls toute l’histoire de la ville.

Lorsque le chemin de fer du Simplon relia progressivement Paris, Londres, Milan et la Suisse au lac Majeur à la fin du XIXᵉ siècle, Stresa devint l’une des destinations les plus recherchées par l’aristocratie européenne. Les familles fortunées souhaitaient profiter du climat particulièrement doux du lac tout en conservant le confort auquel elles étaient habituées.

Les grands hôtels naquirent alors les uns après les autres.

Aujourd’hui encore, ils constituent l’une des signatures architecturales de Stresa.

Le plus célèbre est sans doute le Grand Hotel des Iles Borromées.

Inauguré en 1863 puis agrandi à plusieurs reprises, il demeure l’un des établissements les plus prestigieux d’Italie. Sa silhouette majestueuse domine le lac avec ses coupoles, ses terrasses et ses jardins. L’hôtel accueillit au fil des décennies des souverains européens, Ernest Hemingway, Charlie Chaplin, Arturo Toscanini ou encore Clark Gable. Hemingway y séjourna avant d’écrire une partie de L’Adieu aux armes, inspiré notamment par l’atmosphère du lac Majeur.

Quelques centaines de mètres plus loin apparaît le Regina Palace Hotel, autre chef-d’œuvre de l’architecture Belle Époque. Ses façades richement décorées, ses salons monumentaux, ses lustres et ses jardins évoquent immédiatement les grandes heures du tourisme aristocratique.

Le Grand Hotel Bristol, tourné vers les îles Borromées, complète cette remarquable succession de bâtiments historiques.

Ce qui frappe aujourd’hui n’est pas seulement leur beauté.

C’est le fait qu’ils continuent d’exercer leur fonction d’origine.

Contrairement à de nombreux palaces européens transformés en musées ou en bâtiments administratifs, ceux de Stresa accueillent toujours des voyageurs venus retrouver une certaine idée de l’art de vivre italien.

Même sans y séjourner, il est agréable d’en longer les jardins, d’admirer leurs façades ou de s’arrêter sur une terrasse pour imaginer l’ambiance qui régnait ici au début du XXᵉ siècle.

Les élégantes descendaient alors des trains vêtues de longues robes. Les portiers les accueillaient sous les marquises. Les orchestres jouaient dans les salons. Le soir, les lumières des hôtels se reflétaient déjà sur les eaux du lac Majeur.

Plus d’un siècle plus tard, cette atmosphère n’a pas totalement disparu.

Elle continue simplement de s’exprimer avec davantage de discrétion, dans un luxe devenu plus apaisé, où le véritable privilège consiste peut-être simplement à regarder le soleil se coucher sur les îles Borromées depuis la terrasse d’un palace historique.

Charme Belle Epoque à Stresa
Les grands hôtels d’époque à Stresa

Stresa, la ville où naquit le tourisme du lac Majeur

D’un paisible village de pêcheurs à la station la plus élégante du lac

Il est difficile d’imaginer qu’avant le XIXᵉ siècle, Stresa n’était qu’un modeste village vivant principalement de la pêche, de quelques cultures en terrasses et des échanges entre les différentes rives du lac Majeur.

Le lac Majeur constituait alors la véritable route de communication. Les embarcations transportaient hommes, marchandises, bois, pierre et produits agricoles bien plus facilement que les chemins escarpés qui contournaient les montagnes. Les habitants vivaient au rythme de l’eau. Les saisons dictaient les activités, les pêcheurs quittaient le rivage avant l’aube et les voyageurs faisaient halte dans quelques auberges avant de poursuivre leur route vers le Simplon ou Milan.

Le destin de Stresa change progressivement au cours du XIXᵉ siècle.

L’Europe découvre alors les Alpes. Les montagnes ne sont plus seulement perçues comme des obstacles mais deviennent des paysages admirés pour leur beauté. Les grands lacs italiens attirent une clientèle cultivée venue chercher un climat plus doux, des panoramas grandioses et une certaine idée de l’art de vivre italien.

Le véritable tournant intervient avec l’amélioration des voies de communication.

L’ouverture de la ligne ferroviaire du Simplon puis, au début du XXᵉ siècle, du tunnel du Simplon, rapproche considérablement Stresa des grandes capitales européennes. Paris, Londres, Bruxelles, Genève ou Milan ne sont plus qu’à quelques heures de train. Les voyageurs arrivent directement sur les rives du lac, sans les longs trajets en diligence qui rendaient autrefois ces paysages presque inaccessibles.

Très vite, les investisseurs comprennent le potentiel exceptionnel du site. Le petit village au bord du lac change:

  • Les premiers grands hôtels apparaissent.
  • Les jardins sont aménagés.
  • Les quais sont élargis.
  • Les villas se multiplient.
  • Stresa devient alors l’une des grandes stations climatiques européennes.

À la Belle Époque, séjourner ici est un signe de distinction. Les aristocrates russes, les familles royales européennes, les industriels milanais, les écrivains anglais et les artistes français se croisent sur la promenade du lac. Les orchestres jouent chaque soir dans les salons des hôtels. Les bateaux assurent un va-et-vient permanent vers les îles Borromées. Les premières automobiles commencent à gravir les routes du Mottarone, tandis que les élégantes déambulent sous les ombrelles le long du rivage.

Cette prospérité transforme profondément le village.

Pourtant, contrairement à d’autres stations balnéaires ou thermales entièrement reconstruites, Stresa conserve une échelle humaine. Les hôtels prestigieux s’intègrent entre les villas et les jardins sans masquer complètement le village ancien. Cette harmonie explique sans doute pourquoi la ville conserve aujourd’hui encore une atmosphère si particulière.

On y ressent toujours la présence de cette époque où voyager constituait déjà une expérience en soi.

Stresa au bord du lac Majeur
Panorama sur Stresa au bord du lac Majeur

Les Borromée, les véritables architectes du paysage

Impossible de comprendre Stresa sans évoquer la famille Borromée.

Depuis le XVᵉ siècle, cette puissante famille lombarde possède une grande partie des terres qui bordent le lac ainsi que les célèbres îles qui portent aujourd’hui son nom.

Leur influence dépasse largement la simple possession foncière.

Pendant plusieurs siècles, les Borromée façonnent progressivement l’identité du lac Majeur. Ils transforment des îles rocheuses en jardins extraordinaires, construisent des palais baroques, développent des villas et participent au rayonnement culturel de toute la région.

Même si les îles Borromées feront l’objet d’un article spécifique, leur présence accompagne constamment la découverte de Stresa.

Depuis la promenade, elles occupent presque tout l’horizon.

Leur silhouette donne immédiatement au paysage une élégance particulière.

On distingue facilement Isola Bella, avec son palais monumental et ses terrasses superposées. Plus au nord apparaît Isola Madre, largement recouverte de végétation. Enfin, Isola dei Pescatori conserve encore aujourd’hui son caractère de petit village lacustre.

Cette proximité explique largement le succès touristique de Stresa.

Les visiteurs peuvent rejoindre les îles en quelques minutes seulement grâce aux bateaux qui partent toute la journée des embarcadères.

Mais même sans y débarquer, leur simple présence transforme le paysage.

Le regard passe sans cesse des montagnes aux jardins, des palaces aux îles, des villages aux eaux du lac.

Peu d’endroits en Europe offrent une telle concentration de paysages différents dans un espace aussi réduit.

Cette harmonie n’est pourtant pas due au hasard.

Elle résulte de plusieurs siècles d’aménagements, de constructions, de plantations et de choix architecturaux qui ont progressivement façonné le visage actuel du lac Majeur.

Ernest Hemingway, Liszt et les voyageurs célèbres

Les murs des grands hôtels de Stresa pourraient raconter des milliers d’histoires.

Ils ont vu passer des souverains, des diplomates, des écrivains, des artistes, des scientifiques et quelques-unes des plus grandes fortunes européennes.

Parmi les visiteurs les plus célèbres figure Ernest Hemingway.

L’écrivain américain séjourne au Grand Hotel des Iles Borromées dans les années 1940. Mais c’est surtout son expérience de la Première Guerre mondiale dans la région qui nourrit une partie de son inspiration. Plusieurs scènes de L’Adieu aux armes se déroulent sur le lac Majeur, notamment la célèbre fuite nocturne en barque vers la Suisse.

Bien avant lui, Franz Liszt était déjà tombé sous le charme du lac.

Le compositeur hongrois appréciait particulièrement les paysages romantiques du Piémont et les jardins qui entouraient Stresa.

Au fil du temps, la ville accueille également la reine Victoria, Churchill, Charlie Chaplin, Toscanini, George Bernard Shaw, Clark Gable et bien d’autres personnalités qui contribuent à renforcer sa réputation internationale.

Cette clientèle prestigieuse façonne peu à peu l’image de Stresa. La ville devient synonyme d’élégance. On ne vient plus seulement admirer le paysage. On vient vivre une certaine idée du voyage. Aujourd’hui encore, il suffit d’entrer dans les halls des grands hôtels pour retrouver quelque chose de cette atmosphère.

Les escaliers monumentaux, les lustres, les salons, les verrières et les terrasses semblent attendre les voyageurs comme ils le faisaient il y a un siècle.

L’histoire n’est jamais loin.

Elle accompagne discrètement chaque promenade au bord du lac.

Stresa, un village coloré
Centre de Stresa

Flâner dans les rues de Stresa

Derrière le front de lac, une ville plus intime

La plupart des visiteurs restent naturellement attirés par la promenade qui longe le lac. Et il est vrai que le piazzale Lido avec son embarcadères, ses statues et son point de vue, peut occuper un long moment de repos. Pourtant, il suffit de s’éloigner de quelques dizaines de mètres pour découvrir une autre Stresa. Les rues deviennent plus étroites. Les façades se rapprochent. Les volets colorés remplacent progressivement les grandes baies vitrées des hôtels. Le bruit des bateaux laisse place aux conversations des habitants. On retrouve alors l’âme du village ancien. Quelques passages débouchent sur de petites places discrètes où les cafés accueillent davantage de Stresiens que de touristes. Des balcons débordent de géraniums. Les façades alternent crépis pastel, pierre apparente et anciennes demeures soigneusement restaurées.

L’atmosphère est différente, moins spectaculaire et plus authentique. C’est ici que l’on comprend que Stresa n’est pas uniquement une destination touristique. C’est une ville habitée toute l’année. Les commerces du quotidien côtoient les boutiques élégantes. Les enfants traversent les rues à vélo. Les habitants discutent devant les boulangeries tandis que les visiteurs poursuivent leur promenade vers le lac. Cette partie de Stresa mérite d’être découverte sans carte.

Les ruelles réservent régulièrement de petites surprises : une ancienne chapelle, un portail ouvrant sur un jardin, une cour fleurie ou simplement une fenêtre offrant soudain une échappée sur le lac. Le Corso Umberto I est lui-même un musée d’architecture Belle Époque à ciel ouvert. Entre les hôtels apparaissent d’élégantes villas Liberty (Art nouveau italien), souvent prolongées par des jardins descendant jusqu’au lac. Même lorsqu’elles sont privées, elles participent énormément à l’atmosphère de Stresa.

Villas historiques et jardins cachés

Les grands hôtels Belle Époque ne sont pas les seuls témoins du passé prestigieux de Stresa. En s’éloignant légèrement de la promenade du lac, on découvre une succession de villas entourées de vastes parcs où l’aristocratie européenne venait passer les beaux jours entre le XIXᵉ et le début du XXᵉ siècle. Certaines demeures restent aujourd’hui des résidences privées, d’autres ont été transformées en hôtels ou accueillent des institutions culturelles, mais toutes racontent cette époque où Stresa figurait parmi les destinations les plus élégantes d’Europe.

Parmi elles, Villa Pallavicino occupe une place à part. Construite en 1855 pour l’homme d’État napolitain Ruggero Bonghi, elle fut acquise quelques années plus tard par le marquis Ruggero Pallavicino, qui transforma profondément son domaine. Autour de la villa, il aménagea un vaste parc paysager d’environ 18 hectares, descendant en pente douce jusqu’aux rives du lac Majeur. Aujourd’hui géré par Terre Borromeo, le domaine est devenu l’un des plus beaux jardins du lac. Les allées serpentent entre les séquoias géants, les cèdres du Liban, les magnolias, les camélias, les rhododendrons et les azalées, tandis que de larges pelouses s’ouvrent régulièrement sur de magnifiques panoramas. L’ancienne propriété accueille également un parc animalier où vivent en semi-liberté daims, chèvres, lamas, zèbres, kangourous, flamants roses, paons et de nombreuses espèces d’oiseaux, ce qui en fait une promenade particulièrement appréciée des familles.

En poursuivant la balade le long du lac, le regard s’arrête aussi sur plusieurs demeures historiques qui rappellent le prestige de Stresa à la Belle Époque. La Villa Ducale, construite à la fin du XVIIIᵉ siècle, est considérée comme l’une des premières résidences de villégiature de la station. La Villa Aminta, aujourd’hui transformée en hôtel de luxe, perpétue cette tradition des grandes villas lacustres où l’architecture, les terrasses et les jardins étaient pensés comme un prolongement naturel du paysage. Plus discrètes, d’autres propriétés apparaissent derrière leurs grilles en fer forgé et leurs hauts camphriers, laissant deviner des jardins soigneusement entretenus où l’on retrouve les essences exotiques qui font la réputation du lac Majeur.

Car les jardins constituent ici bien davantage qu’un simple décor. Grâce au microclimat exceptionnel du Verbano, les botanistes ont pu acclimater depuis plus de deux siècles des espèces venues d’Asie, d’Amérique ou du bassin méditerranéen. Palmiers, magnolias, camphriers, cèdres de l’Himalaya, séquoias, camélias, azalées et rhododendrons prospèrent ainsi au pied des Alpes dans une étonnante harmonie. Au printemps, les floraisons se succèdent pendant plusieurs semaines ; en été, les grands arbres diffusent une ombre bienfaisante qui invite à la flânerie ; à l’automne enfin, les érables japonais embrasent les parcs de couleurs flamboyantes.

C’est peut-être dans ces jardins que l’on comprend le mieux l’identité de Stresa. On ne sait plus vraiment si l’on se trouve dans une station alpine ou sur une riviera méditerranéenne. Le parfum des fleurs accompagne le bruissement des feuilles, les montagnes se reflètent dans les eaux du lac, tandis que les villas apparaissent au détour des allées comme autant de souvenirs de la grande époque des voyages. Ici, la promenade devient une expérience sensorielle où le regard hésite sans cesse entre l’élégance des demeures, la richesse de la végétation et l’immensité du paysage. On part pour quelques minutes… et l’on se surprend, une heure plus tard, à poursuivre encore sa marche sans avoir vu le temps passer.

Panorama typique du lac Majeur
Vue d’Isola Bella et des Alpes depuis Stresa

Le lac Majeur vu depuis Stresa

Les plus beaux points de vue sur le lac

Stresa possède ce privilège rare de pouvoir être admirée autant qu’elle permet d’admirer le paysage.

Depuis la promenade, le regard est naturellement attiré vers les îles Borromées qui semblent flotter au milieu des eaux du lac Majeur. Mais en prenant un peu de hauteur, la ville révèle une toute autre personnalité.

Le premier belvédère est naturellement celui du Mottarone. Culminant à 1 491 mètres d’altitude, cette montagne domine simultanément le lac Majeur, le lac d’Orta et, par temps parfaitement dégagé, jusqu’à sept lacs du Piémont et de Lombardie. Depuis son sommet, Stresa paraît minuscule, posée au bord d’un immense miroir bleu que ferment les Alpes suisses au nord.

Même sans monter aussi haut, plusieurs promenades sur les premières pentes offrent déjà de magnifiques perspectives. Les villas disparaissent progressivement derrière les arbres tandis que le lac s’élargit. Les îles Borromées prennent alors leur véritable dimension et l’on comprend pourquoi elles furent choisies par la famille Borromée pour y bâtir leurs palais.

Le soir, le spectacle change encore.

Lorsque le soleil descend derrière les reliefs du Piémont, la lumière glisse lentement sur les façades des hôtels Belle Époque avant d’embraser les montagnes de la rive lombarde. Les eaux deviennent presque immobiles. Les derniers bateaux rejoignent les embarcadères. Les terrasses commencent à se remplir tandis que les éclairages des palaces apparaissent un à un.

C’est probablement à ce moment-là que Stresa mérite le plus son surnom de reine du lac Majeur.

Les plages et les plaisirs de l’eau

Le lac Majeur n’est pas seulement un décor.

Il se vit.

À Stresa, plusieurs espaces permettent de profiter directement de l’eau. Les plages alternent entre galets, petites pelouses et pontons aménagés. Durant les journées estivales, les habitants viennent s’y baigner dès la fin d’après-midi lorsque la chaleur devient plus douce.

La température de l’eau atteint généralement 22 à 25 °C en été, ce qui permet une baignade particulièrement agréable entre juin et septembre.

Pour ceux qui préfèrent rester à la surface, de nombreuses activités nautiques sont proposées : paddle, kayak, location de bateaux électriques ou promenades en vedette privée. Naviguer lentement devant les palaces ou autour des îles procure une sensation très différente de celle que l’on éprouve depuis la rive.

Le lac possède également une lumière particulière.

Le matin, les montagnes se reflètent presque parfaitement.

À midi, l’eau devient plus lumineuse, presque argentée.

En fin de journée, elle prend des nuances bleu profond puis orangées sous les derniers rayons du soleil.

Simplement s’asseoir sur un banc face au lac fait déjà partie du voyage.

Stresa, lieu de villégiature au bord du lac Majeur
Vue aérienne de Stresa dans la verdure

Les plaisirs gourmands de Stresa

Les terrasses au bord de l’eau

La douceur de vivre italienne s’exprime pleinement à Stresa.

Les terrasses qui bordent le lac invitent naturellement à ralentir. On s’y installe autant pour boire un café que pour observer les bateaux, lire un livre ou simplement regarder les montagnes changer de couleur au fil de la journée.

Le matin, les cafés servent les traditionnels cappuccinos accompagnés de viennoiseries italiennes. À l’heure de l’aperitivo, les tables se remplissent progressivement. Un verre de Nebbiolo, de Gattinara, un Spritz ou un Americano s’accompagnent de petits antipasti tandis que le soleil descend derrière les montagnes.

Ici, personne ne semble pressé.

Le repas devient un prolongement naturel de la promenade.

Les saveurs du lac et du Piémont

La cuisine de Stresa reflète parfaitement sa position géographique.

Le lac apporte ses poissons : perche, lavaret (corégone), truite ou encore omble chevalier figurent régulièrement à la carte des restaurants.

Les montagnes voisines fournissent fromages d’alpage, beurre, charcuteries et champignons.

Le Piémont complète l’ensemble avec ses célèbres vins, ses noisettes, ses risottos, ses pâtes fraîches et, selon la saison, les prestigieuses truffes blanches d’Alba.

Les desserts méritent eux aussi une halte.

Glaces artisanales, panna cotta, pâtisseries italiennes et spécialités locales accompagnent parfaitement une promenade digestive le long du lac.

Dormir dans un palace au bord du lac Majeur

Une expérience Belle Époque

Passer une nuit à Stresa ne signifie pas nécessairement séjourner dans un palace.

La ville propose une offre très variée allant des petites maisons d’hôtes familiales aux hôtels de prestige.

Mais il serait dommage de ne pas évoquer l’expérience unique que représentent les grands établissements historiques.

Dormir au Grand Hotel des Iles Borromées, au Regina Palace ou dans l’un des hôtels historiques de la promenade, c’est retrouver une partie de l’atmosphère de la Belle Époque.

Les grands escaliers, les salons décorés, les jardins parfaitement entretenus et les terrasses ouvertes sur le lac permettent d’imaginer les voyageurs qui arrivaient ici en train au début du XXᵉ siècle.

Même sans y passer la nuit, prendre un verre sur l’une de leurs terrasses reste un excellent moyen de goûter à cette élégance intemporelle.

Visiter la Villa Pallavicino à Stresa
Villa Pallavicino à Stresa

Quand visiter Stresa ?

Chaque saison révèle un visage différent de la ville.

Le printemps est sans doute la période la plus spectaculaire. Les camélias, azalées, rhododendrons et glycines fleurissent dans les jardins tandis que les montagnes conservent encore parfois quelques traces de neige.

L’été est la saison de la baignade, des longues soirées sur les terrasses et des promenades en bateau. L’animation est importante mais la ville conserve une élégance que beaucoup de stations balnéaires ont perdue.

L’automne apporte une lumière exceptionnelle. Les arbres prennent des couleurs dorées, les températures restent souvent très agréables et les visiteurs sont moins nombreux.

Même l’hiver possède son charme. Les montagnes voisines se couvrent de neige, les grands hôtels retrouvent une atmosphère plus feutrée et les promenades au bord du lac prennent une dimension presque romantique.

Comment venir à Stresa ?

En train

Stresa possède l’un des grands avantages des destinations italiennes : elle est facilement accessible en train.

La gare est située à moins de dix minutes à pied de la promenade du lac.

La ligne internationale du Simplon relie régulièrement Milan, Domodossola, Brigue (Brig) en Suisse et Genève grâce aux trains régionaux et internationaux.

Depuis Milan Centrale, il faut compter environ une heure de trajet direct.

Depuis Domodossola, une trentaine de minutes suffisent.

Cette excellente desserte explique pourquoi de nombreux visiteurs choisissent Stresa comme base pour découvrir le lac Majeur sans voiture.

En voiture

Depuis Milan, Stresa est accessible par l’autoroute A26 en environ 1 h 15.

Depuis Turin, comptez environ 1 h 45.

Depuis Genève, il faut prévoir environ 3 h 30, tandis que Lugano se rejoint en un peu plus d’une heure.

Plusieurs parkings publics sont disponibles à proximité du centre-ville, même si la circulation devient importante pendant les week-ends estivaux.

En bateau

L’un des grands plaisirs d’un séjour à Stresa consiste à utiliser le lac comme moyen de transport.

Les bateaux de la Navigazione Lago Maggiore relient quotidiennement Stresa aux îles Borromées, mais aussi à Baveno, Verbania, Pallanza, Intra, Laveno, Arona et de nombreuses autres localités.

Cette navigation régulière permet d’organiser facilement plusieurs journées d’excursion sans reprendre la voiture.

Les horaires varient selon les saisons. Entre le printemps et l’automne, les départs sont particulièrement fréquents.

Découvrez les îles Borromées
Isola Bella et Isola dei Pescatori depuis Stresa

Pourquoi visiter Stresa ?

Certaines destinations impressionnent tandis que d’autres divertissent. Stresa, elle, apaise.

On vient d’abord pour voir le lac Majeur et les îles Borromées.

Puis on découvre que le véritable spectacle se trouve peut-être ailleurs : dans cette promenade où les palaces racontent la Belle Époque, dans la lumière qui change sans cesse sur le lac, dans les jardins subtropicaux qui semblent défier les Alpes toutes proches, dans les terrasses où le temps paraît ralentir naturellement.

Stresa possède cette élégance qui ne cherche jamais à s’imposer.

Elle invite simplement à marcher, à contempler, à respirer et à retrouver le plaisir des voyages où l’on prend enfin le temps de regarder.

Autour d’elle, les villages de Baveno, Belgirate, Pallanza et Verbania, les pentes du Mottarone et les îles Borromées prolongent cette découverte du lac Majeur. Chacun possède son identité propre et mérite une visite approfondie, que nous explorerons dans les prochains articles.

Car Stresa n’est finalement pas seulement une destination. C’est une manière d’entrer sur le lac Majeur, et probablement la plus belle.

Crédit Photos:

Stresa d’en haut: Torsade de Pointes, CC0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/52/Stresa_Panorama.JPG

Isola Bella e Isola dei Pescatori :Gianni Careddu, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e3/Stresa%2C_isola_Bella_%2801%29.jpg

Stresa Vicoli: Alessandro Vecchi, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons// https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/76/Stresa_vicoli.jpg

Stresa lungolago: Alessandro Vecchi, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/74/Stresa_lungolago.jpg

Stresa lungolago 2: Torsade de Pointes, CC0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a5/Stresa_Lungolago_4.JPG

Stresa grands hotels: Torsade de Pointes, CC0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ea/Stresa_H%C3%B4tel_Regina_Palace_%26_Astoria.JPG

autres photos: Canva et photos @OlivierCiucci

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