Dites « Savoie » et les images viennent immédiatement : le mont Blanc, les clochers posés au milieu des alpages, les rives du lac d’Annecy, les hauts cols de Maurienne, les vignobles accrochés aux pentes au-dessus de Chambéry, les chalets du Beaufortain ou encore le Léman, immense étendue bleue bordée par les montagnes du Chablais. Pourtant, derrière ces paysages familiers se cache une question finalement assez difficile : qu’est-ce que la Savoie ?
Un département, bien sûr. Mais pas seulement.
Car il existe aussi une Haute-Savoie. Et lorsque l’on parle des Pays de Savoie, on réunit généralement les deux départements actuels, alors même qu’aucune région administrative ne porte ce nom. On rencontre encore l’expression « Savoie historique », qui déborde de nos représentations administratives contemporaines et renvoie à plusieurs siècles durant lesquels ce territoire appartenait à des États dont le centre politique finit par se trouver de l’autre côté des Alpes, à Turin.
La Savoie a été un comté, puis un duché. Elle a donné son nom à une dynastie qui régna sur des territoires allant, à certaines périodes, du Léman à la Méditerranée et jusqu’au Piémont, avant de devenir la maison royale qui conduisit l’unification de l’Italie. Elle fut française pendant la Révolution et l’Empire, redevint sarde en 1815, puis fut définitivement rattachée à la France en 1860.
Et pourtant, plus d’un siècle et demi après ce rattachement, l’idée de Savoie n’a pas disparu.
Elle survit dans une histoire commune, dans les paysages, les traditions, les langues, les architectures, les produits agricoles, la croix blanche sur fond rouge et surtout dans cette curieuse sensation d’appartenir à un territoire dont les frontières administratives actuelles ne suffisent pas tout à fait à raconter l’identité.
Pour comprendre les Pays de Savoie, il faut donc regarder une carte. Mais il faut aussi remonter le temps.
Les Pays de Savoie, qu’est-ce que c’est aujourd’hui ?
Commençons par le plus simple : les Pays de Savoie ne constituent pas une région administrative française.
Dans son acception contemporaine la plus courante, l’expression désigne l’ensemble formé par les deux départements de la Savoie (73) et de la Haute-Savoie (74). Larousse définit ainsi la Savoie comme une région historique du nord des Alpes françaises correspondant aux deux départements actuels.
Les deux départements appartiennent aujourd’hui à la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais ils conservent des géographies et des identités suffisamment fortes pour que l’expression Pays de Savoie continue d’avoir du sens. On dit aussi les « deux Savoie » ou « les Savoie », avec le mot Savoie au singulier bien sûr puisqu’il s’agit d’un nom propre.
Et il suffit de les traverser pour comprendre pourquoi le terme « pays » au pluriel de « pays de Savoie » est particulièrement approprié.
Au nord s’étend le Léman, vaste horizon presque maritime partagé avec la Suisse. Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains regardent directement vers Lausanne, tandis que Genève exerce une influence économique considérable sur une grande partie de la Haute-Savoie.
Plus au sud apparaissent les massifs du Chablais et du Faucigny, puis la vallée de l’Arve qui remonte jusqu’à Chamonix et au massif du Mont-Blanc.
Autour d’Annecy, le paysage change encore. Le lac, les Bauges, les Aravis et les Bornes dessinent une montagne plus ouverte, faite de falaises calcaires, de forêts et de villages d’alpage.
En Savoie, Chambéry occupe une position presque inverse. La ville se trouve à la rencontre des Préalpes et des grandes vallées intérieures. Vers l’ouest commencent l’Avant-Pays savoyard et le lac d’Aiguebelette ; au nord, le lac du Bourget s’étire jusqu’au Rhône ; à l’est, la vallée de l’Isère ouvre successivement le Beaufortain et la Tarentaise tandis que celle de l’Arc s’enfonce profondément dans la Maurienne.
Au bout de ces vallées apparaissent les grandes montagnes : Vanoise, les cols du Mont-Cenis, Iseran, et Galibier accessibles depuis la belle vallée de la Maurienne et les glaciers et sommets dépassant largement les 3 000 mètres.
Les Pays de Savoie forment donc moins un paysage unique qu’une extraordinaire succession de territoires alpins.
C’est d’ailleurs l’une des clés de leur histoire.

Pourquoi parle-t-on des « Pays de Savoie » au pluriel ?
Le pluriel permet d’abord d’éviter une confusion évidente entre la Savoie historique et l’actuel département de la Savoie.
Lorsqu’en 1860 l’ancien territoire savoyard est intégré à la France, il est partagé entre deux nouveaux départements : la Savoie, avec Chambéry pour préfecture, et la Haute-Savoie, avec Annecy.
Parler des « Pays de Savoie » permet donc de retrouver une unité qui précède cette séparation administrative.
Mais le pluriel possède également une signification géographique beaucoup plus profonde.
La Savoie a toujours été constituée de vallées et de pays fortement individualisés. Les déplacements étaient difficiles, particulièrement en hiver. Les échanges se faisaient naturellement le long des vallées et à travers les cols, créant des territoires possédant chacun leur économie, leurs habitudes, parfois leurs variantes linguistiques et une architecture adaptée à des conditions climatiques différentes.
Un habitant du Chablais tournait naturellement son regard vers le Léman. Un Mauriennais vivait le long d’un grand axe transalpin conduisant vers le Mont-Cenis. La Tarentaise suivait l’Isère jusqu’aux passages permettant de rejoindre le Val d’Aoste. Le Faucigny était structuré par la vallée de l’Arve. Chambéry contrôlait les routes venant de France et conduisant vers l’intérieur des Alpes.
Cette diversité demeure parfaitement visible aujourd’hui.
Il existe bien une identité savoyarde commune, mais on ne construit pas, on ne cultive pas et on ne vit pas de la même manière à Yvoire, Beaufort, Chambéry ou Bonneval-sur-Arc.
Pour comprendre cette mosaïque, il faut revenir aux origines de la Savoie.
Comment est née la Savoie ?
Avant la Savoie, un territoire au cœur des Alpes
L’histoire savoyarde ne commence évidemment pas avec les comtes de Savoie.
Dans l’Antiquité, une partie importante du territoire est occupée par les Allobroges, peuple gaulois dont l’espace s’étend bien au-delà des frontières actuelles de la Savoie. Rome conquiert progressivement la région à partir du IIe siècle avant notre ère. Après la période romaine viennent les Burgondes, puis les Francs ; le territoire passe ensuite dans différents ensembles issus du partage de l’Empire carolingien avant d’être rattaché au royaume de Bourgogne puis au Saint-Empire romain germanique au XIe siècle.
Mais dans cette Europe médiévale où l’autorité est morcelée entre seigneurs, évêques et familles aristocratiques, une dynastie va progressivement prendre une importance considérable.
Celle de Humbert aux Blanches Mains.
Humbert aux Blanches Mains et la naissance de la maison de Savoie
Au début du XIe siècle apparaît dans les documents un personnage nommé Humbert, que la tradition appellera plus tard Humbert aux Blanches Mains.
Il possède ou contrôle différents territoires autour des Alpes occidentales, en partant de son berceau en Maurienne et bénéficie de la confiance des souverains du royaume de Bourgogne puis du Saint-Empire. Ses possessions ne correspondent évidemment pas à la Savoie actuelle : elles forment un ensemble discontinu réparti autour des grands passages alpins.
Mais la stratégie qui fera la fortune de ses descendants est déjà perceptible.
Les Alpes ne sont pas seulement une barrière, mais aussi une route.
Contrôler les cols, les vallées qui y conduisent et les péages permettant de les franchir procure à la maison de Savoie une importance politique et économique considérable. Ses territoires se développent progressivement des deux côtés des Alpes.
C’est un élément fondamental pour comprendre toute l’histoire savoyarde : pendant des siècles, les Alpes ne constituent pas la frontière orientale de la Savoie. Elles en forment plutôt la colonne vertébrale.
Chambéry devient le cœur politique de la Savoie
La maison de Savoie renforce progressivement son implantation autour du lac du Bourget et de la cluse de Chambéry.
Au XIIIe siècle, Chambéry devient le principal centre politique des comtes. Son château, progressivement agrandi, devient une résidence dynastique et le siège d’une administration de plus en plus organisée. Les sources historiques situent au XIIIe siècle l’établissement de Chambéry comme capitale des États savoyards.
La situation de la ville est remarquable.
Depuis Chambéry, les routes partent vers Lyon et la France, Genève et le Léman, Grenoble et le Dauphiné, mais également vers la Maurienne et le Mont-Cenis, passage essentiel pour rejoindre le Piémont.
La géographie explique une nouvelle fois la politique.
Pendant plusieurs siècles, Chambéry devient ainsi une capitale située au cœur d’un État qui se construit progressivement autour des Alpes.

1416 : la Savoie devient un duché
Le personnage central de cette période est Amédée VIII.
Sous son règne, les possessions de la maison de Savoie connaissent une période de consolidation remarquable. En 1416, l’empereur Sigismond élève le comté de Savoie au rang de duché. Amédée VIII devient ainsi le premier duc de Savoie.
L’événement dépasse la simple question de titre. Il traduit l’importance prise par la dynastie au sein de l’Europe occidentale.
Les États de Savoie ne correspondent toujours pas à un pays homogène. Ils sont composés d’une multitude de territoires possédant leurs propres institutions, privilèges et traditions. Mais tous reconnaissent progressivement l’autorité d’une même maison souveraine.
Au cours des XIVe et XVe siècles, cette dernière étend également ses possessions vers le sud et l’est. L’acquisition de Nice en 1388 lui donne un accès à la Méditerranée. Le Piémont prend une importance croissante et est intégré aux États d’Amédée VIII au début du XVe siècle.
La Savoie devient alors le cœur occidental d’un ensemble politique beaucoup plus vaste.
Et c’est précisément cette extension qui va finir par déplacer son centre de gravité.
De Chambéry à Turin : quand le pouvoir traverse les Alpes
Au XVIe siècle, la situation géopolitique devient de plus en plus difficile pour les ducs de Savoie.
Leurs territoires se trouvent pris entre deux grandes puissances : la France à l’ouest et les Habsbourg à l’est. La Savoie est occupée par les Français pendant une grande partie du règne de Charles III.
Son fils, Emmanuel-Philibert, parvient à récupérer ses États après la victoire de Saint-Quentin et les traités du Cateau-Cambrésis en 1559.
Mais il en tire une conclusion stratégique.
Le centre de ses possessions ne doit plus se trouver à Chambéry, trop proche de la France et trop vulnérable.
Le pouvoir est transféré à Turin en 1563 — certaines sources retiennent 1562 pour le processus de transfert — et le destin des États de Savoie bascule progressivement vers le versant italien des Alpes.
Pour Chambéry, le changement est considérable.
La ville conserve un rôle administratif et symbolique important, mais elle n’est plus la capitale d’un État européen.
Pour comprendre aujourd’hui encore l’architecture, la culture et même certaines traditions savoyardes, il faut garder cette histoire en tête. La Savoie a vécu pendant plusieurs siècles dans un espace politique qui regardait vers Turin autant que vers la France.
C’est ce qui explique cette impression parfois italienne que l’on retrouve dans certaines rues de Chambéry, dans l’architecture religieuse baroque des hautes vallées ou dans de nombreux patronymes.
Du duché de Savoie au royaume de Sardaigne
L’ascension de la maison de Savoie ne s’arrête pas au titre ducal.
Au début du XVIIIe siècle, les grands conflits européens permettent à Victor-Amédée II d’obtenir une couronne royale. Le traité d’Utrecht de 1713 lui attribue la Sicile. Quelques années plus tard, celle-ci est échangée contre la Sardaigne.
À partir de 1720, le souverain de la maison de Savoie porte donc le titre de roi de Sardaigne en plus des autres titres de Duc de Savoie, Prince du Piémont, etc…
Le royaume comprend notamment la Savoie, le Piémont, Nice et la Sardaigne, avec Turin pour capitale politique.
La situation peut sembler paradoxale lorsqu’on regarde une carte française contemporaine : pendant plus d’un siècle avant son rattachement à la France, la Savoie appartient à un royaume dont le centre politique et économique se trouve en Italie. Mais il faut garder à l’esprit que ce qui est important en ce temps là c’est de contrôler les deux versants des montagnes.
C’est ce royaume de Sardaigne, dominé par le Piémont et dirigé par la maison de Savoie, qui jouera ensuite un rôle déterminant dans l’unification italienne.
Mais avant d’en arriver là, la Révolution française va bouleverser une première fois les frontières.
Les anciennes provinces de Savoie : six territoires pour comprendre le pays

source: https://www.guides-patrimoine-savoie-mont-blanc.fr/des-provinces-historiques/
dans l’ordre des blasons: Tarentaise, Maurienne, Savoie Propre, Genevois, Chablais, Faucigny.
Parler des « six provinces historiques » est pratique pour comprendre la géographie savoyarde, à condition d’ajouter une précaution : les divisions administratives de la Savoie ont évolué au cours des siècles. Les frontières, les appellations et même le nombre de provinces ne furent pas immuables.
On peut néanmoins distinguer six grands ensembles qui structurent encore très fortement notre représentation de la Savoie historique située aujourd’hui en France.
La Savoie Propre : autour de Chambéry
Son nom surprend parfois. Savoie Propre ne signifie évidemment pas que le reste de la Savoie serait « impropre » : l’expression désigne le cœur historique du territoire savoyard autour de Chambéry.
Elle comprend notamment la cluse chambérienne, l’avant pays savoyard et s’étend vers la Combe de Savoie jusqu’à Ugine, le Val d’Arly et le Beaufortain.
C’est la Savoie du château des ducs, des vignobles dominant la vallée, du lac du Bourget et des premiers contreforts des Bauges et de Chartreuse. Elle occupe surtout une position stratégique exceptionnelle à l’entrée des grandes vallées alpines.
Le Genevois : Annecy et son arrière-pays
Le nom pourrait laisser penser que sa capitale est Genève.
L’histoire est plus compliquée.
Le Genevois savoyard s’organise progressivement autour d’Annecy, notamment après l’affirmation politique et religieuse de Genève hors de l’orbite savoyarde. Annecy devient un centre majeur, particulièrement durant la Réforme et la Contre-Réforme.
Aujourd’hui encore, le Genevois présente une identité très différente des grandes vallées intérieures : paysages préalpins, lac d’Annecy, proximité de Genève et ouverture vers les Aravis et le Val d’Arly.
Le Chablais : entre Léman et montagnes
Le Chablais regarde naturellement vers le Léman.
Thonon-les-Bains, Évian-les-Bains, Yvoire et les villages de la rive française appartiennent à cet univers où le lac structure depuis toujours les communications, les échanges et les paysages.
Mais quelques kilomètres suffisent pour entrer dans un autre monde. Les vallées d’Abondance et d’Aulps s’enfoncent vers des montagnes profondément rurales où l’élevage et la fabrication fromagère ont façonné les paysages.
Le Chablais résume parfaitement la diversité savoyarde : presque lacustre sur ses rives, franchement alpin quelques kilomètres plus loin.
Le Faucigny : la vallée de l’Arve et le Mont-Blanc
Le Faucigny est profondément lié à l’Arve.
La rivière descend du massif du Mont-Blanc, traverse la vallée de Chamonix puis Sallanches, Cluses et Bonneville avant de rejoindre le Rhône près de Genève.
Pendant longtemps, cette vallée est à la fois un axe de circulation et un territoire industriel. Horlogerie, décolletage et activités mécaniques s’y développent parallèlement au tourisme alpin.
À son extrémité supérieure se trouve aujourd’hui l’un des paysages les plus connus de toute la Savoie historique : Chamonix et le massif du Mont-Blanc.
La Tarentaise : la grande vallée de l’Isère
La Tarentaise suit l’Isère depuis Albertville jusqu’aux hautes montagnes qui séparent la France de l’Italie.
Moûtiers en constitue le centre historique. L’ancienne cité épiscopale commande l’accès aux vallées qui conduisent vers Bourg-Saint-Maurice, le col du Petit-Saint-Bernard et la haute Tarentaise.
C’est aujourd’hui le territoire de quelques-uns des plus grands domaines skiables du monde : Les Trois Vallées, La Plagne, Les Arcs, Tignes ou Val-d’Isère.
Mais derrière cette puissance touristique subsiste une ancienne civilisation montagnarde faite d’alpages, de villages, de chapelles baroques et d’élevage.

La Maurienne : la vallée qui traverse les Alpes
Longue vallée parcourue par l’Arc, la Maurienne constitue depuis l’Antiquité l’une des grandes voies de franchissement des Alpes occidentales.
Son histoire est inséparable du Mont-Cenis.
Pèlerins, marchands, armées, souverains puis voyageurs ont utilisé ce passage pour circuler entre les deux versants des Alpes. Plus tard viendront la voie ferrée, le tunnel du Fréjus puis l’autoroute.
De Saint-Jean-de-Maurienne à Bonneval-sur-Arc, la vallée conserve pourtant une extraordinaire diversité de paysages et un patrimoine religieux remarquable.
Ces six territoires permettent de comprendre pourquoi parler des Pays de Savoie est finalement assez juste : l’identité commune n’a jamais effacé les identités locales.
1792 : la Savoie devient française une première fois
Lorsque la Révolution française éclate en 1789, la Savoie appartient toujours au royaume de Sardaigne.
Trois ans plus tard, en septembre 1792, les troupes françaises entrent en Savoie. Le territoire est annexé à la République et devient le département du Mont-Blanc.
Pour la première fois, la Savoie est donc intégrée à la France.
La période révolutionnaire bouleverse profondément la société. Les structures administratives sardes disparaissent, les privilèges sont supprimés et les biens religieux sont affectés par la politique révolutionnaire.
Les frontières administratives sont également modifiées à plusieurs reprises pendant la Révolution et l’Empire, notamment après l’annexion de Genève à la France.
Cette première période française dure jusqu’à la chute de Napoléon. Les traités de 1814 et surtout de 1815 rétablissent finalement l’autorité de la maison de Savoie sur l’ensemble du territoire savoyard. Les synthèses historiques situent ainsi la période d’annexion française entre 1792 et 1815.
La Savoie retourne donc dans le royaume de Sardaigne en 1815.
Mais l’Europe a changé.
De 1815 à 1860 : les dernières décennies de la Savoie sarde
Pendant les quarante-cinq années qui suivent, la Savoie demeure rattachée à Turin.
La frontière française se trouve aux portes du territoire et les relations avec Lyon, Grenoble et Genève sont naturellement importantes, mais politiquement les Savoyards sont sujets du roi de Sardaigne.
Pendant ce temps, le Piémont devient le moteur d’un mouvement qui va bouleverser la péninsule italienne : le Risorgimento.
Le roi Victor-Emmanuel II et son président du Conseil Camillo Cavour veulent unifier l’Italie autour du royaume de Piémont-Sardaigne. Pour chasser l’Autriche du nord de la péninsule, ils ont besoin d’un allié puissant.
Cet allié sera la France de Napoléon III.
Et c’est là que le destin de la Savoie change définitivement.
1860 : pourquoi la Savoie devient-elle française ?
En 1858, Cavour et Napoléon III se rencontrent secrètement à Plombières. L’année suivante, la France intervient aux côtés du Piémont-Sardaigne dans la guerre contre l’Autriche.
Les victoires de Magenta et de Solférino ouvrent la voie à de profonds changements territoriaux en Italie.
En contrepartie de l’aide française, la question de la cession de Nice et de la Savoie à la France revient au premier plan.
Le traité de Turin du 24 mars 1860 prévoit leur réunion à la France, sous réserve de l’adhésion des populations concernées.
Un vote est organisé en Savoie les 22 et 23 avril 1860. Le « oui » au rattachement l’emporte de manière écrasante. Le scrutin se déroule cependant dans le contexte politique du XIXe siècle, très éloigné des standards d’une consultation électorale contemporaine, et ses conditions ont fait l’objet de débats historiques et alimente les aspirations autonomistes de certains groupes politiques.
Le rattachement devient effectif en juin 1860.
Une histoire politique de plusieurs siècles s’achève. La dynastie qui porte le nom de Savoie poursuit, elle, un destin spectaculaire : dès 1861, Victor-Emmanuel II devient le premier roi d’Italie.
La Savoie, elle, est désormais française.

Pourquoi deux départements : Savoie et Haute-Savoie ?
La France choisit de ne pas conserver l’ancien territoire savoyard sous la forme d’un seul département.
Deux départements sont créés.
Au sud, le département de la Savoie, dont Chambéry devient la préfecture.
Au nord, le département de la Haute-Savoie, dont Annecy devient la préfecture.
Cette séparation administrative existe toujours plus de 160 ans plus tard.
Elle a progressivement produit deux réalités politiques et économiques distinctes. La Haute-Savoie est aujourd’hui profondément influencée par Genève, le bassin lémanique et le dynamisme de la vallée de l’Arve. La Savoie reste davantage structurée par Chambéry, Albertville et les grandes vallées de Tarentaise et Maurienne.
Pour autant, la frontière départementale n’a jamais effacé l’histoire commune.
Il suffit de regarder le drapeau.
La croix de Savoie : le symbole d’une histoire commune

Une croix blanche sur fond rouge.
Le symbole est d’une simplicité absolue et se rencontre partout : sur les bâtiments, les autocollants des voitures, les produits régionaux, les enseignes, les écussons sportifs ou les drapeaux accrochés aux chalets.
Cette croix est l’ancien emblème de la maison de Savoie.
Son origine exacte a donné naissance à plusieurs récits légendaires, notamment celui qui l’associe à une croisade et au secours apporté par un comte de Savoie à l’empereur. Les historiens sont beaucoup plus prudents sur ces récits construits tardivement.
Ce qui compte aujourd’hui est ailleurs.
La croix de Savoie est devenue le principal symbole visuel de l’identité savoyarde, bien au-delà de toute référence dynastique.
On la retrouve aussi naturellement en Haute-Savoie qu’en Savoie.
Une langue savoyarde existe-t-elle ?
L’identité savoyarde possède également une dimension linguistique souvent méconnue.
Avant la généralisation du français, les populations parlaient différentes variantes d’une langue aujourd’hui généralement désignée sous le nom de francoprovençal ou arpitan.
Il ne s’agit ni d’un dialecte du français ni de l’occitan.
Son aire historique dépasse largement la Savoie : elle englobe notamment une partie de la Suisse romande, le Val d’Aoste et différents territoires de l’est de la France.
Et surtout, il n’existait pas un unique « patois savoyard ».
Les variantes changeaient parfois fortement d’une vallée à l’autre. La géographie alpine favorisait ces particularismes et un parler de Maurienne pouvait différer sensiblement de celui du Chablais ou du Genevois.
Le français s’est progressivement imposé dans tous les usages, particulièrement avec la scolarisation et les transformations sociales des XIXe et XXe siècles.
L’arpitan demeure néanmoins présent dans le patrimoine, la toponymie, certaines expressions et grâce au travail d’associations qui continuent à le transmettre. La transcription phonétique de l’arpitan en français a donné lieu à la création des terminaisons en « z » ou en « x » qui servent en réalité de signe d’accentuation sur l’avant-dernière ou dernière syllabe. Cette accentuation est respectée dans la Vallée d’Aoste et en Suisse mais moins en France où on a du mal à savoir à l’avance comment prononcer les mots. Par exemple on dit Chamonix sans prononcer le x (Chamoni) mais on dit La Motte Servolex en prononçant le X. On dit l’Arcluse pour une graphie « arclusaz » mais on dit « La Clusa » pour un graphie La Clusaz… C’est à cela qu’on reconnait qui est savoyard et qui ne l’est pas !
Une culture façonnée par la montagne
Existe-t-il pour autant une « culture savoyarde » commune ?
Oui, à condition de ne pas la réduire à quelques images folkloriques.
La montagne a longtemps imposé ses contraintes aux habitants : pentes difficiles à cultiver, hivers longs, isolement saisonnier, nécessité de conserver les aliments et importance fondamentale de l’élevage.
De cette géographie est née une véritable civilisation agro-pastorale.
Les troupeaux montaient vers les alpages pendant l’été afin de libérer les prairies basses nécessaires à la production de foin. Le lait était transformé en fromages capables d’être conservés pendant plusieurs mois. Les forêts fournissaient bois de construction et combustible. Les maisons réunissaient souvent sous un même toit hommes, animaux et réserves nécessaires pour passer l’hiver.
Mais là encore, chaque vallée a développé ses propres réponses.
Dans le Beaufortain, l’abondance du bois se retrouve dans l’architecture des chalets. Dans les hautes vallées plus minérales de Maurienne, la pierre prend davantage d’importance. Les fermes du Chablais ne ressemblent pas exactement aux maisons de Tarentaise.
La Savoie est commune par ses contraintes et multiple dans ses solutions.
Beaufort, reblochon, abondance : le paysage se mange aussi
Peu de territoires français entretiennent une relation aussi évidente entre gastronomie et paysage.
Le beaufort raconte les alpages du Beaufortain, de Tarentaise et de Maurienne. L’abondance renvoie aux pâturages du Chablais. Le reblochon est intimement lié aux Aravis.
Ces fromages ne sont pas seulement des spécialités culinaires : leur production a contribué à maintenir des paysages ouverts qui seraient autrement progressivement gagnés par la forêt.
À plus basse altitude, une autre Savoie apparaît.
Autour de Montmélian, Apremont, Chignin ou Jongieux, les vignobles savoyards occupent les versants les mieux exposés. Jacquère, altesse, mondeuse et autres cépages racontent une montagne plus méridionale, faite de coteaux secs et ensoleillés.
La Savoie gastronomique est donc beaucoup plus diverse que l’image hivernale de la fondue et de la raclette pourrait le laisser penser.
Une architecture entre chalets, pierre et baroque
L’architecture constitue un autre excellent moyen de lire le territoire.
Dans les villages d’altitude, la forme des bâtiments répondait d’abord aux besoins agricoles et au climat. Grandes toitures, granges, étables et espaces de stockage occupaient souvent davantage de place que l’habitation elle-même.
Mais la Savoie possède aussi un patrimoine religieux particulièrement riche.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Contre-Réforme catholique favorise l’apparition d’un extraordinaire art baroque dans les vallées alpines. Derrière des façades parfois sobres se cachent des retables couverts de dorures, des colonnes torses, des anges et des saints aux couleurs éclatantes.
Tarentaise, Maurienne, Beaufortain et Val d’Arly en conservent de nombreux exemples.
Cette profusion peut surprendre dans de petits villages de montagne. Elle rappelle pourtant que ces vallées n’étaient pas isolées du monde : artisans, artistes et influences circulaient à travers les Alpes.
Une nouvelle fois, la montagne était autant un passage qu’une frontière.

La Savoie regarde-t-elle vers la France ou vers l’Italie ?
La réponse est évidemment : les deux.
Et il faudrait même ajouter la Suisse.
La situation géographique explique une grande partie de l’identité savoyarde contemporaine.
La Haute-Savoie est aujourd’hui étroitement intégrée à l’espace économique genevois. Le Léman crée une continuité naturelle avec la Suisse romande. Historiquement, les relations avec le Val d’Aoste et le Piémont furent tout aussi importantes.
En Maurienne, le Mont-Cenis a pendant des siècles conduit les voyageurs directement vers Turin.
En Tarentaise, le Petit-Saint-Bernard ouvrait la route du Val d’Aoste.
Dans le Chablais, le Léman permettait de rejoindre Lausanne et Genève.
Les frontières politiques ont changé, mais les passages sont restés.
C’est peut-être ce qui distingue le plus profondément la Savoie d’autres territoires français : son histoire s’est construite au centre des Alpes occidentales plutôt qu’à la périphérie de la France.
Les Pays de Savoie existent-ils encore en 2026 ?
La question mérite d’être posée car la réponse institutionnelle a changé récemment.
Après la création des deux départements en 1860, différentes formes de coopération ont naturellement existé entre eux. En 2001, les conseils généraux de Savoie et de Haute-Savoie avaient franchi une étape supplémentaire en créant l’Assemblée des Pays de Savoie, destinée à porter ensemble plusieurs politiques.
Elle devint ensuite le Conseil Savoie Mont Blanc.
Pendant plusieurs années, la logique commune fut poussée assez loin, notamment dans le tourisme avec une promotion partagée sous la marque Savoie Mont Blanc.
Mais cette période s’est achevée.
Les deux départements ont progressivement repris séparément plusieurs compétences précédemment mutualisées et la promotion touristique commune a disparu. En Savoie, un nouveau comité départemental du tourisme a ainsi été constitué ; le Département indiquait en juin 2025 lui attribuer 2,25 millions d’euros pour relancer la promotion touristique savoyarde « après la disparition de l’Agence Savoie Mont Blanc ». Aujourd’hui la marque Savoie Mont Blanc n’est plus l’institution commune représentant les deux départements.
Et cette évolution rend finalement la notion de Pays de Savoie encore plus intéressante.
Car elle permet de distinguer deux choses qui ne sont pas nécessairement identiques : l’institution et le territoire.
Deux départements, mais une histoire qui ne s’arrête pas à une frontière
Administrativement, Savoie et Haute-Savoie sont aujourd’hui deux départements distincts, possédant chacun son conseil départemental, ses politiques et ses stratégies territoriales. Le Département de la Savoie se présente ainsi comme une collectivité exerçant ses propres compétences en matière sociale, routière, environnementale, éducative, culturelle ou sportive.
Mais essayez de tracer mentalement la frontière entre les deux départements dans les Bauges.
Ou entre le Beaufortain et le Val d’Arly.
Regardez les déplacements entre Annecy, Aix-les-Bains et Chambéry, les liens entre les stations, les familles, les entreprises ou les pratiques culturelles.
L’histoire commune n’a évidemment pas disparu avec l’évolution des institutions.
Les Pays de Savoie existent donc moins comme une administration que comme un espace historique et culturel partagé, lui-même composé de territoires possédant des identités très affirmées.
Et c’est probablement la meilleure définition que l’on puisse en donner aujourd’hui.
Alors, qu’est-ce que les Pays de Savoie ?
Ce sont deux départements français, mais leur histoire commence bien avant leur création.
Ce sont des montagnes, mais aussi des villes, des vignobles et de grands lacs.
Ce sont Chambéry et Annecy, mais aussi le Chablais, le Faucigny, le Beaufortain, la Tarentaise et la Maurienne.
C’est une croix blanche sur fond rouge que l’on retrouve du Léman au Mont-Cenis.
C’est une langue historique appartenant au domaine francoprovençal, des traditions agricoles, des fromages, des vins, des architectures différentes d’une vallée à l’autre et une étonnante concentration d’art baroque au fond des montagnes.
C’est surtout un territoire dont l’histoire oblige à changer notre manière de regarder la carte.
Pendant des siècles, la Savoie n’était pas située au bout de la France. Elle était au milieu d’un État à cheval sur les Alpes. Chambéry fut sa capitale avant que le pouvoir ne passe à Turin. Les mêmes souverains furent successivement comtes de Savoie, ducs de Savoie puis rois de Sardaigne, avant que leur dynastie ne fournisse à l’Italie son premier roi. Les synthèses historiques retracent précisément cette progression, du comté médiéval au duché de 1416, puis aux États sardes et enfin à la cession de 1860.
Cette histoire explique pourquoi les frontières paraissent ici moins simples qu’ailleurs.
Le Léman rapproche autant qu’il ne sépare. Les cols ont fait circuler les hommes avant de devenir des frontières. Le Mont-Cenis conduit vers Turin, le Petit-Saint-Bernard vers le Val d’Aoste, tandis que Genève se trouve immédiatement aux portes de la Haute-Savoie.
Et peut-être est-ce justement cela, l’identité des Pays de Savoie.
Une appartenance commune suffisamment forte pour avoir traversé les changements de frontières et les réorganisations administratives, mais suffisamment diverse pour ne jamais avoir effacé les vallées et les pays qui la composent.
Il n’existe plus aujourd’hui d’institution politique représentant un ensemble unifié appelé « Pays de Savoie ».
Pourtant, lorsque l’on voyage du Léman à la Maurienne, d’Annecy à Chambéry ou du Mont-Blanc au Mont-Cenis, quelque chose relie encore ces paysages.
Une histoire.
Une culture.
Et surtout cette manière très savoyarde d’avoir toujours vécu des deux côtés de la montagne plutôt que d’un seul côté de la frontière.
Crédit Images:
Carte des Pays de Savoie: Flappiefh, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/54/Pays_de_Savoie_relief_location_map.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original
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Découvrez le Mont Revard, balcon naturel sur le lac du Bourget : panorama, ski nordique et alpin, randonnées, activités familiales et accès depuis Aix-les-Bains.
Barby, à la porte des Bauges, tout près de Chambéry
Découvrez Barby, petit village aux porte de Chambéry. Son paysage et son patrimoine en font un excellent cadre pour s’y reposer un instant ou y passer une vie.
Curienne, vivre au rythme de la montagne tout près de Chambéry
Goûtez à la vie de montagne à Curienne, à deux pas de Chambéry, aux portes des stations des Bauges.
Connaissez-vous les 8 fromages des Pays de Savoie?
Découvrez les 8 fromages emblématiques des Pays de Savoie et comment il sont fabriqués.
Le Revard : l’étonnante histoire de la montagne d’Aix-les-Bains
Découvrez l’étonnante histoire du Revard, cette station de montagne qui fut pionnière dans de nombreux domaines
Le Bourget-du-Lac : vivre entre eau, histoire et montagnes
Le Bourget du Lac permet de vivre au bord d’un lac au coeur des Alpes mais aussi au milieu du bassin d’emploi chambérien.
Quatre splendides gorges en Pays de Savoie pour trouver la fraîcheur
Retrouvez la fraîcheur au fond des plus belles gorges des Pays de Savoie: Pont du Diable, Diosaz, Fier et Sierroz
L’hippodrome d’Aix les Bains, cet amour des chevaux remontant à la Belle Epoque
Découvrez l’histoire de l’hippodrome de Marlioz, à Aix les Bains, seul hippodrome des Alpes où vous pouvez assister à des courses de chevaux.
Chignin, les vignobles à deux pas de Chambéry
Promenez-vous dans les sentiers autour de Chignin, d’une tour à l’autre, au milieu du vignoble savoyard, face aux montagnes.
Découvrir Tresserve, l’élégante qui veille sur le lac du Bourget
Découvrez Tresserve, perchée sur sa colline au-dessus du Lac du Bourget, un village romantique prisé par Lamartine.
A la découverte des Gorges du Fier, près d’Annecy
Tout près d’Annecy, découvrez les Gorges du Fier en pénétrant dans ses profondeurs et en admirant les formes façonnées par l’eau
Challes-les-Eaux : l’élégance d’une ville thermale aux portes de Chambéry
Découvrez Challes-les-Eaux, ancienne ville thermale, aux portes de Chambéry. Profitez des promenades et du cadre de vie unique de cette ville au pied des Bauges.
Saint Pierre d’Albigny, l’art de vivre entre lac, vignobles et montagnes
Découvrez Saint Pierre d’Albigny, au coeur de la Combe de Savoie. Un village pour poser ses valises l’instant d’une pause ou pour la vie.
4 randonnées inoubliables dans le Beaufortain
Découvrez ces quatre randonnées faciles dans le Beaufortain, le Mont Blanc en toile de fond, et admirez des panoramas à couper le souffle.
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Retrouvez ici tous les articles que j’ai rédigés sur l’histoire des Alpes et de la Maison de Savoie sur le média « Nos Alpes »
3 randonnées pour découvrir les paysages du Mont Blanc autour de Chamonix
Randonnez en découvrant les paysages du Mont Blanc, près des glaciers, avec des vues plongeantes sur la Vallée de Chamonix
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Découvrez les paysages du Chablais autour d’Avoriaz entre belvédères, crêtes, cascades, forêts et lacs. Nature sauvage et beaux paysages.
Cinq idées de balades faciles au cœur des Bauges
A travers les vallons boisés des Bauges ou le long de crêtes aux panoramas extraordinaires, invitation dans cette magnifique région alpine.
Les six sites les plus inspirants en Savoie
Découvrez six des plus inspirants sites de Savoie au coeur des montagnes, là où le travail des Hommes rejoint l’infini du ciel.
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Entre Mont-Cenis et Montgenèvre suivez une route millénaire entre cols stratégiques, forts oubliés et cités alpines chargées d’histoire.
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