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À l’ouest de Turin et de Cuneo, douze vallées remontent vers la frontière française, du col du Montgenèvre jusqu’aux Alpes ligures. Sur une carte politique, elles appartiennent sans ambiguïté au Piémont italien. Pourtant, lorsqu’on s’enfonce dans les villages de la haute vallée de Suse, du Val Chisone, des vallées Pellice, Maira ou Varaita, quelque chose brouille rapidement cette évidence. Des panneaux sont rédigés dans une langue qui ressemble à celle que l’on rencontre de l’autre côté des Alpes, des fêtes remettent à l’honneur musiques et danses occitanes, les noms des lieux possèdent parfois une sonorité étonnamment provençale et certains habitants parlent encore des variantes locales de la langue d’oc.

Bienvenue dans les vallées occitanes du Piémont, extrémité orientale d’un immense domaine linguistique qui s’étend depuis les vallées italiennes jusqu’aux Pyrénées en traversant tout le sud de la France.

Le voyage est passionnant parce qu’il oblige à oublier nos frontières contemporaines. Pendant des siècles, les Alpes occidentales n’ont pas constitué une muraille séparant nettement des peuples différents. Les cols reliaient les communautés autant qu’ils les séparaient : bergers, marchands, colporteurs, pèlerins et familles passaient d’une vallée à l’autre, tandis que langues, coutumes et savoir-faire circulaient avec eux. Ainsi, derrière une même crête, le Queyras français et la Valle Varaita italienne, l’Ubaye et la Valle Stura, ou encore le Briançonnais et la haute vallée de Suse ont longtemps appartenu à des espaces humains beaucoup plus continus que ne le suggère aujourd’hui la frontière.

Parcourir ces douze vallées permet donc de découvrir une autre Italie alpine, faite de villages de pierre, de hauts cols, de sanctuaires, de forteresses, de vallées vaudoises, d’anciens chemins muletiers et d’une culture occitane qui continue de donner une identité particulière à cette longue frange occidentale du Piémont. Certaines vallées revendiquent fortement cet héritage ; ailleurs, il devient plus diffus à mesure que l’on approche de la plaine ou de la Ligurie. Mais partout se pose la même question : comment ces vallées italiennes sont-elles devenues occitanes ?

Pourquoi trouve-t-on des vallées occitanes en Italie ?

En réalité, ces vallées ne sont pas « devenues » occitanes à la suite d’une conquête ou d’une migration venue récemment de France. La culture occitane est plus ancienne que les frontières nationales qui traversent aujourd’hui les Alpes. Au Moyen Âge, les parlers romans développés dans une grande partie du sud de l’ancienne Gaule et des Alpes occidentales formaient un vaste ensemble linguistique d’oc qui se prolongeait naturellement sur le versant oriental des montagnes. Les communautés des hautes vallées piémontaises partageaient donc davantage de liens linguistiques et culturels avec les populations des vallées voisines qu’avec les habitants de la plaine du Pô.

Leur histoire politique fut pourtant beaucoup plus mouvante. Certaines vallées dépendirent du Dauphiné — la haute vallée de Suse et le haut Val Chisone appartinrent même aux Escartons avant leur rattachement aux États de Savoie en 1713 — tandis que d’autres furent liées aux marquisats de Saluces, aux seigneuries piémontaises puis progressivement à la maison de Savoie. Ces changements de souveraineté n’effacèrent pas pour autant les langues parlées par les habitants. Être sujet du duc de Savoie ne signifiait pas parler « savoyard », pas plus que devenir piémontais ne faisait disparaître en quelques générations une culture façonnée pendant des siècles. C’est précisément cette superposition entre frontières politiques et continuités culturelles que l’on va retrouver, vallée après vallée, au cours de ce voyage.

Un article entier est dédié à la présence occitane dans les vallées piémontaises sur AlpAddict.

Le tour des 12 Vallées Occitanes

La haute vallée de Suse : l’Occitanie sur la grande route du Montgenèvre

De Bardonecchia à Oulx, une vallée qui regarde vers Briançon

La haute Val di Susa est probablement le meilleur endroit pour commencer, car elle montre immédiatement combien nos frontières contemporaines peuvent brouiller la lecture historique des Alpes.

Depuis Turin, l’autoroute et la voie ferrée remontent une vallée large jusqu’à Oulx, puis se divisent. Une branche gagne Bardonecchia et le tunnel du Fréjus ; l’autre monte vers Cesana, Claviere et le col du Montgenèvre, derrière lequel se trouve Briançon.

Aujourd’hui, le franchissement de la frontière paraît anodin.

Pendant des siècles, cette haute vallée a pourtant partagé une histoire étroite avec le Briançonnais. Oulx appartenait au Dauphiné et formait l’un des anciens Escartons, avant que le traité d’Utrecht de 1713 ne fasse passer une partie des vallées orientales sous l’autorité de la maison de Savoie. Cette histoire explique aussi la présence ancienne du français et de l’occitan dans un territoire devenu ensuite piémontais puis italien. La Région Piémont classe encore de nombreuses communes de la haute vallée parmi celles ayant déclaré leur appartenance à la minorité occitane au titre de la loi 482/1999.

Le paysage a beaucoup changé avec le chemin de fer, les tunnels et les stations de sports d’hiver de Bardonecchia, Sauze d’Oulx ou Sestriere. Pourtant, il suffit de quitter les grands axes pour retrouver les hameaux de pierre, les anciennes fontaines, les chapelles et les chemins muletiers qui racontent une montagne beaucoup plus ancienne.

Ici, la culture occitane s’est également superposée à d’autres influences : française, francoprovençale, piémontaise puis italienne. C’est précisément cette complexité qui la rend intéressante.

La haute Val Susa, une des vallées occitanes
La vallée de Suse, Valsusa

Val Chisone : de Pragelato à la plaine, entre Escartons et forteresses

Une vallée où l’histoire change de camp

Depuis Sestriere, la Val Chisone descend vers Pragelato puis Fenestrelle avant de rejoindre Pinerolo et la plaine piémontaise.

La haute vallée appartient pleinement à l’univers occitan. À Pragelato, l’identité est aujourd’hui encore revendiquée avec force : la commune rappelle son appartenance historique au Dauphiné puis aux Escartons et conserve des traces linguistiques, architecturales et symboliques de cette histoire. Le village est composé d’une constellation de hameaux posés dans une vallée très ouverte, où les prairies et les forêts de mélèzes prennent à l’automne des couleurs extraordinaires.

Puis apparaît Fenestrelle.

Sa gigantesque forteresse accrochée à la montagne montre brutalement que ces vallées n’ont pas toujours été un espace paisible de circulation culturelle. Lorsque le traité d’Utrecht modifie la frontière au début du XVIIIe siècle, la maison de Savoie transforme cette vallée nouvellement acquise en verrou militaire face à la France.

Cette superposition est typique des vallées occitanes piémontaises : la langue et les traditions traversent la montagne, tandis que les États construisent au contraire remparts, casernes et forts pour contrôler les passages.

La Val Chisone, territoire occitan bien défendu
Le fort de Fenestrelle

Val Germanasca : une vallée discrète où l’occitan rencontre l’histoire vaudoise

La Val Germanasca s’enfonce depuis le val Chisone vers Perrero et Prali. Plus étroite, plus secrète, elle possède une atmosphère différente des grandes vallées touristiques voisines.

Ici, l’identité occitane se mêle à une autre histoire fondamentale des Alpes occidentales : celle des Vaudois.

Comme dans la Val Pellice voisine, les communautés protestantes ont profondément marqué la vie religieuse, sociale et culturelle. L’usage historique du français y a été particulièrement important, en lien notamment avec les Églises réformées, sans faire disparaître les parlers occitans locaux. Les sources piémontaises insistent précisément sur ces chevauchements : une partie des communes s’est officiellement déclarée à la fois occitane et francophone dans le cadre de la législation sur les minorités.

Les villages s’étirent le long des torrents sous des versants boisés particulièrement raides. Plus haut, autour de Prali, le paysage s’ouvre vers les alpages et les cols conduisant directement vers le Queyras français. Ici encore, la frontière géographique est beaucoup moins nette que ne le suggère la carte.

Nature sauvage en Val Germanasca
La Val Germanasca

Val Pellice : une vallée occitane au cœur du pays vaudois

Torre Pellice, entre langue d’oc et mémoire protestante

La Val Pellice est probablement l’une des vallées culturellement les plus singulières de tout le Piémont.

Elle descend depuis les montagnes frontalières vers Torre Pellice et la plaine de Pinerolo. À mesure que l’on remonte vers Bobbio Pellice, les sommets se resserrent et les passages rejoignant le Queyras deviennent de plus en plus évidents.

La Chambra d’Òc la décrit à la fois comme une vallée occitanophone et comme le berceau historique de la présence vaudoise, avec un usage du français étroitement associé à cette tradition religieuse.

Cette coexistence suffit à démontrer pourquoi il faut renoncer à l’idée simpliste « une vallée = une langue = une identité ».

On peut être piémontais, appartenir historiquement aux États de Savoie, vivre dans une communauté vaudoise utilisant le français pour certains usages et parler localement une variété occitane.

Le paysage lui-même semble annoncer cette pluralité : villages agricoles, temples et églises, forêts profondes, alpages et hauts cols composent une vallée où les contacts avec le versant français furent constants.

La Val Pellice vallée protestante des alpes italiennes
Val Pellice

Valle Po : sous la pyramide du Monviso

Ostana, balcon contemporain de la culture occitane

À partir de la Valle Po, nous entrons dans les grandes vallées occitanes du Cuneese.

Et immédiatement apparaît l’une des montagnes les plus emblématiques de toute l’Occitanie alpine : le Monviso, immense pyramide de 3 841 mètres dominant la plaine piémontaise.

Le fleuve Po naît sous cette montagne avant de descendre vers Crissolo, Paesana et Saluzzo. Sur son versant ensoleillé, Ostana occupe une succession de petits hameaux face au Monviso.

Le village est devenu l’un des symboles contemporains du renouveau culturel occitan. Après une longue période de dépopulation, un remarquable travail de restauration architecturale a redonné vie aux anciens hameaux, tandis que le Premio Ostana – Scritture in Lingua Madre rassemble des auteurs écrivant dans des langues minoritaires du monde entier. Le Museo Civico Etnografico et l’Ecomuseo dell’Architettura e del Paesaggio Alpino racontent également cette volonté de ne pas transformer la tradition en décor figé, mais d’en faire la base d’un projet de montagne contemporain.

Dans les prés, les anciennes maisons sont massives, construites en pierre et en bois. Au-dessus, le Monviso semble occuper la moitié du ciel.

C’est un paysage qui explique parfaitement pourquoi la culture occitane alpine est indissociable d’une manière d’habiter la pente.

Pian della Regina au pied du Mont Viso
Pian della Regina au pied du Mont Viso

Valle Varaita : Chianale, Bellino et le passage du col Agnel

La Valle Varaita est l’une des plus belles vallées de l’arc occitan piémontais.

Depuis la plaine de Saluzzo, elle s’enfonce vers Sampeyre, Casteldelfino, Bellino et Pontechianale avant de se diviser sous les hautes montagnes. Tout au fond, la route grimpe vers le col Agnel, à 2 744 mètres, puis bascule vers le Queyras français.

Cette route résume presque toute l’histoire du territoire.Pendant une grande partie de l’année, la neige ferme le passage. En été, quelques kilomètres suffisent pour relier deux vallées partageant depuis des siècles traditions, pastoralisme, migrations et langue.

La partie supérieure de la vallée conserve plusieurs villages exceptionnels. Chianale aligne maisons de pierre, passages étroits et ponts dans un décor de haute montagne. À Bellino, les cadrans solaires rappellent l’importance de la mesure du temps dans une société agricole vivant au rythme du soleil, tout comme dans le Queyras voisin.

Entre Sampeyre, Casteldelfino et Pontechianale s’étend le Bosco dell’Alevé, vaste forêt de pins cembro dont le nom lui-même vient de la langue d’oc. Visit Cuneese présente la vallée comme profondément liée aux traditions occitanes, perceptibles dans l’architecture, la cuisine, les fêtes et les savoir-faire.

Et puis il y a les ravioles, petits gnocchis allongés qui accompagnent les repas de fête et rappellent que la culture se transmet aussi par les gestes de cuisine.

Ponte Chianale en Val Varaita
Ponte Chianale en Val Varaita

Valle Maira : l’une des vallées où l’Occitanie se ressent le plus fortement

Dronero, Elva et les chemins des anciens villages

Si l’on devait choisir une vallée pour comprendre immédiatement ce que signifie « Occitanie piémontaise », la Valle Maira serait une candidate évidente.

Depuis Dronero, petit village à l’empreinte médiévale, la route suit le torrent Maira en pénétrant progressivement dans une montagne de plus en plus sauvage. Les villages s’accrochent aux pentes : Macra, Stroppo, Elva, Prazzo, Acceglio. Partout apparaissent des hameaux parfois minuscules, reliés pendant des siècles par d’anciens chemins muletiers.

Les Percorsi Occitani, itinéraire de randonnée aujourd’hui célèbre, utilisent précisément ce réseau historique. Le parcours traverse des villages où l’architecture romane et gothique témoigne notamment de la période du marquisat de Saluzzo, tandis que la langue et les traditions occitanes sont encore fortement mises en valeur.

À Elva, l’église paroissiale conserve les extraordinaires peintures de Hans Clemer, artiste actif à la fin du XVe siècle dans le marquisat de Saluzzo. Les fresques semblent presque incongrues dans un hameau aussi isolé et rappellent une nouvelle fois que ces vallées n’étaient nullement coupées des grands courants artistiques européens.

La vallée possède aussi une étonnante tradition d’acciugai, les marchands d’anchois qui quittaient la montagne pour vendre leurs produits loin de chez eux. Cette culture de la mobilité rapproche une nouvelle fois les versants alpins du monde méditerranéen.

Mais le grand lieu pour comprendre l’Occitanie contemporaine se trouve à l’entrée de la vallée.

À Dronero, l’Espaci Occitan et son Museo Sòn de Lenga proposent un parcours consacré à la langue, à la littérature, à la musique, à l’histoire et à la vie matérielle de l’ensemble occitan.

Val Maira, la plus occitane des vallées italiennes
Val Maira, la plus occitane des vallées italiennes

Valle Grana : alpages, sanctuaire et fromage Castelmagno

La Valle Grana est beaucoup plus courte que la Maira ou la Stura et c’est précisément ce qui fait son charme.

Depuis Caraglio, la route remonte vers Pradleves puis Castelmagno, avant de finir dans un vaste cirque d’alpages dominé par le sanctuaire de San Magno, installé à environ 1 800 mètres d’altitude.

Ici, la culture occitane se lit d’abord dans le paysage pastoral.

Les troupeaux montent encore vers les pâturages pendant l’été. Le lait produit en altitude donne naissance au célèbre Castelmagno DOP, fromage puissant dont le nom est devenu plus célèbre que celui de la vallée elle-même.

Les villages sont petits, les pentes très présentes et les communications avec la Valle Maira au nord ou la Valle Stura au sud ont longtemps emprunté chemins et passages d’altitude plutôt que la plaine.

La langue, elle aussi, conserve ses particularités. Les études dialectales de la Chambra d’Òc montrent combien les variantes occitanes peuvent changer d’une vallée à l’autre sans cesser pour autant d’appartenir au même ensemble linguistique.

La Val Grana, sauvage et occitane
Vue de la Val Grana du côté de Castelmagno

Valle Stura : la grande route vers le col de Larche

Demonte, Vinadio et les passages vers l’Ubaye

La Valle Stura di Demonte est très différente. Plus longue, plus ouverte, elle constitue depuis toujours un grand axe de passage vers les Alpes françaises. La route remonte depuis Borgo San Dalmazzo vers Demonte, Vinadio et Argentera avant d’atteindre le col de Larche / Colle della Maddalena, qui bascule vers l’Ubaye.

L’histoire de Demonte rappelle l’ancienneté de ces échanges : le site était déjà un lieu de passage à l’époque romaine et la maison de Savoie y développa par la suite une importante fonction militaire. À Vinadio, le gigantesque fort Albertino rappelle encore le rôle stratégique de la vallée.

Mais derrière l’histoire militaire se déploie une culture de montagne profondément occitane.

Le grand itinéraire de randonnée Lou Viage — « le voyage » en occitan — parcourt 236 kilomètres à travers les quatorze communes de la vallée. Rien que son nom montre combien la langue est aujourd’hui utilisée comme un marqueur vivant du territoire et non simplement comme une curiosité savante.

Plus haut, les paysages deviennent austères et lumineux, dominés par les Alpes maritimes et les sommets frontaliers. La route vers la France paraît presque évidente. Et c’est précisément cette proximité permanente avec l’Ubaye et le monde occitan français qui explique la continuité culturelle de la vallée.

Les sommets de la Valle  Stura
Les sommets de la Valle Stura

Valle Gesso : l’Occitanie aux portes des Alpes Maritimes

La Valle Gesso s’enfonce au sud-ouest de Cuneo vers Valdieri et Entracque.

Le paysage change de nouveau. Les sommets deviennent plus massifs, les vallées latérales plus sauvages et la haute montagne appartient désormais pleinement au massif des Alpes Maritimes. Une grande partie du territoire est protégée par les Aree Protette Alpi Marittime.

Autour de Entracque, les maisons de pierre se serrent au pied de montagnes spectaculaires. Plus haut, le vallon de Valasco conduit vers l’ancien pavillon de chasse des souverains de Savoie et vers des lacs d’altitude. La présence historique savoyarde est donc très visible. Et pourtant, cela n’a jamais transformé la langue locale en langue « savoyarde ».

Cette vallée permet précisément de comprendre le principe essentiel de tout l’article : une dynastie peut administrer un territoire sans effacer la culture linguistique qui l’a précédée.

Les études linguistiques de la Chambra d’Òc classent d’ailleurs la Valle Gesso parmi les hautes vallées méridionales où certaines caractéristiques anciennes de l’occitan alpin se sont particulièrement bien conservées.

Que voir à Entracque?
Entracque centre du village

Valle Vermenagna : de Cuneo au col de Tende

La Valle Vermenagna suit l’un des autres grands passages historiques entre Piémont et Méditerranée.

Depuis Borgo San Dalmazzo, elle monte vers Vernante puis Limone Piemonte, avant de gagner le col de Tende et la vallée de la Roya dans les Alpes Maritimes françaises.

Le paysage est déjà plus méridional. Les Alpes semblent s’ouvrir vers la mer tandis que les influences ligures et provençales deviennent plus perceptibles. Vernante est connue pour ses peintures murales consacrées à Pinocchio, tandis que Limone est devenue une importante station de montagne. Mais sous cette activité touristique demeure un ancien axe de circulation reliant Turin et Cuneo à Nice.

Les inventaires patrimoniaux régionaux rappellent l’importance de la route du col de Tende, longtemps considérée comme l’une des grandes routes royales entre le Piémont et la Méditerranée.

La langue occitane s’inscrit ici dans un espace de transition extrêmement complexe où influences piémontaises, ligures, provençales et alpines se rencontrent. C’est la limite méridionale où l’Occitanie piémontaise commence presque à regarder la mer.

que faire à Limone Piemonte
Limone Piemonte

Les vallées du Monregalese : la frange méridionale de l’Occitanie piémontaise

Au sud-est de Cuneo, les Valli Monregalesi forment un ensemble beaucoup plus fragmenté.

Depuis la plaine de Mondovì, plusieurs vallées s’ouvrent en éventail vers les Alpes ligures : Ellero, Corsaglia, Maudagna et les vallées voisines. Le paysage est moins uniformément alpin que dans la Maira ou la Varaita : forêts, pâturages, reliefs calcaires et grottes se succèdent tandis que l’influence de la Ligurie devient perceptible.

On décrit justement les vallées monregalaises comme une « main ouverte » dont plusieurs vallées principales se déploient vers les montagnes.

La présence occitane y est plus diffuse et les zones linguistiques sont parfois plus difficiles à tracer précisément. C’est pourtant ici que se situe traditionnellement l’extrémité orientale des vallées occitanes piémontaises dans la classification de la Chambra d’Òc.

Ce caractère de marge est passionnant. Une langue ne s’arrête presque jamais au dernier village comme une couleur sur une carte. Elle se dilue, se mélange, emprunte des mots aux parlers voisins. Les Valli Monregalesi rappellent que l’Occitanie est d’abord un continuum culturel, pas une frontière politique.

Des vallées italiennes qui regardent aussi vers l’Occitanie

Parcourir les douze vallées occitanes du Piémont, c’est finalement découvrir que les Alpes séparent moins qu’on ne l’imagine. Du Montgenèvre aux Alpes ligures, chaque vallée possède son paysage, son histoire et sa manière particulière d’avoir conservé cet héritage, parfois très vivant, parfois plus discret. Mais toutes racontent la même réalité : les frontières ont changé plus vite que les cultures.

Aujourd’hui italiennes et profondément piémontaises, ces vallées n’en continuent pas moins de regarder vers les cols qui les relient au Queyras, à l’Ubaye ou au Briançonnais. Il suffit de suivre leurs routes jusqu’aux derniers villages pour comprendre que l’Occitanie alpine n’est pas seulement une affaire de langue : elle se lit encore dans les maisons, les fêtes, les chemins, les paysages et cette vieille habitude montagnarde de considérer le col non comme une frontière, mais comme un passage.

Crédit Photos:

Fenestrelle: Domeian, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/38/Fenestrelle_-_Forte_di_Fenestrelle_-_2023-09-27_23-06-00_001.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Haute Valsusa (vers Bardonecchia): Franco56, CC BY-SA 3.0 <http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3b/Alta_val_di_Susa.JPG?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Perlà en Val Pellice: Ivan Ruggiero, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9b/Perl%C3%A0.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Val Germanasca nature : Tolmachova1981, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/dd/Prali%2C_Val_Germanasca%2C_Piemonte.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Pian della Regina: Elena cischino, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/70/Tripudio_di_tarassaco_a_Pian_della_Regina.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Paesana et Monviso

Supermferdi, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/92/Il_Monviso_visto_da_via_Crissolo_a_Paesana.JPG?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Castelmagno: Marco Plassio, Wikimedia Commons, casalpinaceva.it, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f4/Castelmagno-S.MagnoReina.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Chiappera: paebi, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7e/Chiappera04.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Pontechianale et Val Varaita: Gabygaiffe, CC BY 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by/3.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5f/Chianale_%28Pontechianale%29.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Uja di Ciamarella : Erik Orlandi, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons// https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ae/Valle_di_Ala_di_Stura_%2C_Uja_Ciamarella_da_Pian_Saulera.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Entracque: André Payan-Passeron, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/20/Edifici_e_chiesa_di_Sant%27Antonino_Martire%2C_Entracque%2C_Italia.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Entracque village: André Payan-Passeron, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f8/Entracque100%283%29.JPG?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Limone centre : WikiEgo7, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f8/Limone_Piemonte_-_Comune_di_Limone_Piemonte_-_2024-09-13_18-42-45_001.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

Limone panorama: Stefano59Rivara, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons// https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/22/Limone_dall%27alto.JPG?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

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