Sélectionner une page

Avant de découvrir Bormio, au cœur des Alpes rhétiques, il faut l’atteindre. Nous sommes dans les Alpes Lombardes et l’accés le plus simple débute à Milan. La route longe le lac de Côme et pénètre ensuite dans le long couloir de la Valtellina, large vallée orientée est-ouest, où l’influence méditerranéenne résiste encore à l’altitude. Les coteaux sont couverts de vignes en terrasses, soutenues par des kilomètres de murs en pierre sèche, témoignage spectaculaire d’un travail agricole séculaire. Ici, le vin raconte déjà une montagne habitée, façonnée, jamais sauvage au sens brut.

À mesure que l’on dépasse Sondrio puis Tirano, la vallée se resserre. Les villages deviennent plus compacts, les clochers plus trapus. L’architecture aussi change et devient plus alpine. Après Sondalo, la rupture est nette : la route s’élève, la lumière change, l’air devient plus sec. On entre dans la Haute Valtellina, territoire frontalier, longtemps stratégique.

L’arrivée à Bormio, à 1 225 mètres d’altitude, donne une impression singulière : celle d’une ville de montagne complète, pas d’une station posée artificiellement. Les sommets ferment l’horizon, mais la vallée reste ample et accueillante. On comprend immédiatement pourquoi Bormio fut pendant des siècles un carrefour commercial et politique, contrôlant les accès vers le Tyrol, l’Engadine et le val Müstair.

Bormio en hiver
Bormio en hiver

Bormio, un vrai village alpin

Avant d’être une destination touristique, Bormio fut une cité autonome, dotée de privilèges politiques et économiques rares en milieu alpin. Dès le Moyen Âge, elle s’organise en communauté libre, la Magnifica Terra, administrant ses terres, ses alpages et ses ressources sans dépendre directement d’un seigneur extérieur. Cette tradition d’autogouvernance a laissé des traces profondes dans l’urbanisme, les fêtes et la mentalité locale.

Le centre historique de Bormio se découvre idéalement à pied, comme un livre que l’on feuillette lentement. On s’engage dans un lacis de ruelles étroites, bordées de maisons en pierre aux balcons de bois sombre, parfois ornées de fresques discrètes, presque effacées par le temps. Tout ici raconte une ville de montagne qui s’est construite pour durer.

Le cœur symbolique de Bormio bat autour du Kuerc, édifice civique majeur de la cité. Cette loggia médiévale, ouverte sur la place centrale, fut pendant des siècles le lieu où s’exerçait le pouvoir de la Magnifica Terra di Bormio. On s’y réunissait pour débattre, rendre la justice, proclamer les décisions collectives. Le Kuerc n’était pas un palais fermé, mais un espace public : une architecture de la parole et de la responsabilité partagée, emblématique de l’autonomie politique dont Bormio jouissait au cœur des Alpes.

À quelques pas, la Tour Alberti, ancienne tour de guet et symbole du pouvoir civil, rappelle la dimension défensive de la ville, carrefour stratégique entre mondes lombard, tyrolien et rhétique. Plus loin, le Palazzo De Simoni, aujourd’hui musée civique, permet d’entrer dans l’intimité de la société de Bormio : objets du quotidien, costumes traditionnels, outils agricoles et documents administratifs y racontent une communauté montagnarde organisée, consciente de ses ressources et de ses limites.

Les édifices religieux dévoilent une autre facette de l’identité locale. Les églises de San Vitale au clocher élancé, Santo Spirito et ses magnifiques fresques au plafond ou Sant’Ignazio et sa décoration baroque ou la très colorée Sant’Antonio (o del Crocifisso) abritent de beaux exemples d’art sacré de montagne.

Les traditions sont encore très vivantes. La plus spectaculaire reste la Fête des Pasquali, célébrée à Pâques : des chars monumentaux, portés à dos d’homme, décorés de fleurs, de symboles religieux et de scènes bibliques, défilent dans les rues. Chaque quartier rivalise de créativité et de ferveur. En hiver, le Carnaval de Mat inverse les rôles sociaux (les jeunes prennent le pouvoir) dans une tradition burlesque héritée des temps anciens. Ces fêtes ne sont pas des reconstitutions touristiques : elles structurent encore le calendrier et perpétuent l’identité locale.

Centre ville médiéval de Bormio
Centre ville médiéval de Bormio

Le ski à Bormio, une grande tradition

La réputation internationale de Bormio repose la tradition du ski. Il y est exigeant, parfois brutal, mais toujours inscrit dans un paysage magnifique. La mythique piste Stelvio, qui accueille régulièrement les épreuves de Coupe du monde, est l’une des plus redoutées du circuit : forte pente, changements de rythme, passages techniques. Elle incarne une vision ancienne du ski, où la montagne impose ses règles.

Mais le domaine skiable de Bormio ne se limite pas à la seule image spectaculaire de la Stelvio, piste de légende accrochée aux pentes abruptes du Vallecetta. Il s’inscrit dans un ensemble montagnard cohérent, déployé principalement sur les flancs du Monte Vallecetta (3148 m)   juste au-dessus de la ville, entre 1 225 mètres et les 3 000 mètres d’altitude de Cima Bianca. Cette proximité immédiate avec le centre historique, les remontées se trouvent à la sortie immédiate du village, est l’une des singularités de Bormio : en quelques minutes, on quitte les ruelles médiévales pour se retrouver au cœur d’un paysage alpin d’altitude.

Le domaine skiable principal de Bormio compte environ 50 kilomètres de pistes, desservies par une quinzaine de remontées mécaniques dont le centre névralgique se trouve à Bormio 2000.  Les tracés alternent de grandes pentes ouvertes, des  couloirs plus techniques et de longues descentes en forêt, ce qui donne au ski ici une vraie diversité de sensations. Si la Stelvio concentre l’attention par sa raideur et son histoire, elle accueille régulièrement les épreuves masculines de Coupe du monde, le reste du domaine offre un ski plus progressif, souvent plus intime. Les pistes serpentent entre forêts de mélèzes et d’épicéas, protégées du vent, baignées d’une lumière hivernale douce, idéale pour les familles et les skieurs intermédiaires.

Ce qui frappe à Bormio, c’est la continuité entre la pratique sportive et la vie locale. Les refuges et restaurants d’altitude ne sont pas de simples haltes standardisées : on y sert des plats enracinés dans la tradition valtellinoise, pizzoccheri, polenta, fromages d’alpage, dans une atmosphère où l’on croise autant d’habitants que de visiteurs. Les remontées mécaniques, relativement discrètes, suivent les lignes naturelles du terrain et ne défigurent jamais le paysage. Ici, le ski s’est greffé sur une montagne vécue et habitée.

À cette offre s’ajoute naturellement le domaine  skiable de Valdidentro, dans le secteur d’Isolaccia-Cima Piazzi, à quelques minutes de route de Bormio. Plus doux, plus ensoleillé, ce domaine culmine autour de 2 600 mètres et propose une trentaine de kilomètres de pistes larges, idéales pour l’apprentissage, le ski familial et les journées plus calmes. Le panorama y est également grandiose : on skie face aux grandes étendues blanches qui annoncent déjà les hautes altitudes du parc national du Stelvio.

Enfin, Bormio regarde aussi vers le ciel, jusque sur les glaciers du Stelvio, où le ski d’été prolonge la saison bien au-delà du calendrier habituel. Sur les pentes glaciaires du Monte Cristallo et du Geisterspize (montagne des Esprits), entre le col à 2 760 m et 3 450 mètres, on skie en plein été, de juin à fin octobre, période d’ouverture du col routier, dans une lumière presque irréelle, entouré de moraines, de séracs et de vastes horizons minéraux. Ce ski est différent, souvent réservé aux passionnés et aux équipes d’entraînement.

Les jeux Olympiques d’hiver en 2026 à Bormio

À l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026 (du 6 au 22 février 2026), Bormio redevient une scène majeure de l’histoire du ski, parce que tout ici est déjà écrit “dans la pente” : une vallée serrée, un village ancien, et surtout une piste, la Stelvio, qui a façonné la réputation sportive du lieu depuis des décennies. Mille mètres de dénivelé !
En 2026, Bormio doit accueillir les épreuves masculines de ski alpin : c’est le retour, en version olympique, de ce théâtre naturel où l’on a appris à aimer le ski “à l’italienne” : raide mais élégant, spectaculaire sans être artificiel, avec ces longues lignes qui plongent vers la vallée comme un récit qui s’accélère.

Ce choix n’est pas un hasard : Bormio est une référence internationale grâce à sa piste Stelvio, hôte régulière de la Coupe du monde, et la ville a déjà porté de grands rendez-vous, notamment les Championnats du monde de ski alpin 1985 et 2005. Autrement dit, le décor olympique n’est pas “posé” sur la montagne : il prolonge une tradition réelle, un savoir-faire local et une culture du ski de compétition enracinée.

Enfin, Bormio est aussi au cœur d’une nouveauté historique : le ski-alpinisme fait son entrée au programme olympique de 2026, et la Haute Valtellina s’apprête à vivre cette première avec l’intensité d’un sport né dans les vallées, là où l’hiver n’a jamais été seulement un loisir, mais une manière de se déplacer, de survivre, puis de se dépasser.

La piste de ski Stelvio a Bormio
La piste de ski Stelvio a Bormio

Le thermalisme et le Bien-Être à Bormio

Après l’effort vient naturellement le temps du soin, et à Bormio ce soin est inscrit dans la pierre (et l’eau !) depuis plus de deux mille ans. Les sources thermales jaillissent ici à une température comprise entre 36 et 41 °C, riches en minéraux, et étaient déjà exploitées à l’époque romaine, lorsque Bormio, alors Bormio ad fontes, constituait une halte précieuse sur les routes alpines reliant la plaine lombarde au col de l’Umbrail, et en moindre importance celui du Stelvio. Cette tradition thermale ne s’est jamais interrompue : elle structure encore aujourd’hui le paysage, l’histoire et même la géographie intime de la ville.

Bormio possède une singularité rare dans les Alpes : trois établissements thermaux distincts, répartis sur un même versant, tous alimentés par les mêmes sources, mais offrant des expériences très différentes. L’établissement thermal en centre-ville est aujourd’hui géré par le groupe Bormio Terme S.p.A., et les Bagni (Vecchi e Nuovi) sont gérés par QC Terme.

Le plus emblématique est sans doute Bagni Vecchi, perché à environ 3 kilomètres au-dessus du centre historique, sur la route qui monte vers le col du Stelvio. On y accède en voiture, par navette depuis Bormio, ou à pied pour les marcheurs motivés, via un ancien chemin muletier qui grimpe doucement dans la forêt. L’arrivée est déjà une expérience : terrasses en pierre, bâtiments imbriqués dans la pente, murs épais chargés d’histoire. Un bassin extérieur, suspendu au-dessus de la vallée, dégage une sensation presque initiatique. La vapeur s’élève dans l’air froid, le regard plonge sur les toits de Bormio et les sommets de la Haute Valtellina. Certains bassins occupent d’anciennes structures romaines ou médiévales, rappelant que se baigner ici, c’est répéter un geste millénaire.

Un peu plus bas, à environ 1,5 kilomètre du centre, se trouvent les Bagni Nuovi, installés dans un vaste parc paysager. Plus contemporains dans leur conception, ils offrent une lecture différente du thermalisme : grands bassins extérieurs ouverts sur les montagnes, espaces de détente lumineux, saunas panoramiques et soins modernes. Ici, la relation au paysage est plus horizontale, plus ouverte, presque contemplative. On y vient pour une journée entière, souvent en complément d’un séjour actif, pour récupérer en douceur après le ski ou la randonnée.

Enfin, au cœur même de la ville, à deux pas du centre historique, se situe Bormio Terme, le troisième site thermal. Plus urbain, plus accessible, il est particulièrement apprécié des familles et des habitants. On peut y venir à pied, presque comme on irait à la piscine municipale, mais l’eau reste la même : chaude, minérale, profondément réparatrice. Les grands bassins invitent à la relaxation. C’est aussi là que s’exprime le mieux la continuité entre la vie quotidienne de Bormio et son héritage thermal.

Entre ces trois sites, il existe une véritable promenade thermale, en pleine. À pied, un réseau de sentiers et de petites routes secondaires permet de relier Bormio Terme aux Bagni Nuovi, puis aux Bagni Vecchi, en longeant les versants boisés et les anciennes terrasses agricoles. Cette marche, réalisable en une demi-journée tranquille, offre de beaux points de vue sur la vallée et permet de comprendre comment le thermalisme s’inscrit physiquement dans le territoire. En hiver, certaines sections sont praticables en raquettes lorsque la neige recouvre la vallée ; en été, elles deviennent de véritables balades patrimoniales.

À Bormio, le thermalisme est un fil conducteur qui relie la ville, la montagne et le corps. On skie, on marche, on grimpe, puis on descend vers l’eau chaude, comme les voyageurs l’ont toujours fait ici. Et dans ce va-et-vient entre effort et relâchement, Bormio révèle l’une de ses plus belles singularités : celle d’une montagne qui soigne autant qu’elle éprouve.

Cette alliance entre ski et thermalisme n’est pas un hasard. Elle traduit une philosophie alpine ancienne : le corps est un outil, qu’il faut réparer, respecter, accompagner. À Bormio, on ne consomme pas la montagne : on la traverse, puis on s’y régénère.

La route du col du Stelvio
La route du col du Stelvio

Le Stelvio, un parc national et un col mythique

Depuis Bormio, vous n’êtes pas “au bord” du Parc national du Stelvio : vous êtes déjà dedans. Il suffit de quitter les dernières maisons pour sentir le changement de rythme. Le bruit s’éteint, les espaces s’ouvrent, et la montagne impose son tempo. Créé en 1935, ce vaste territoire protégé, l’un des plus grands d’Europe, a été pensé très tôt comme un rempart contre la surexploitation des forêts et des alpages, mais aussi comme un sanctuaire pour une faune alpine qu’on avait commencé à perdre. Ce choix se lit encore dans l’atmosphère : ici, la nature n’est pas décorative, elle est structurante.

Le parc se découvre par paliers. D’abord, une ceinture de mélèzes et d’épicéas, parcourue par des chemins faciles, parfaits pour une première immersion. Le sentiero della Decauville, ancien tracé militaire de la Première Guerre mondiale, est l’une des promenades les plus accessibles : large, peu pentu, il déroule des vues ouvertes sur la Valdidentro. Plus haut, les bois s’ouvrent sur des alpages ponctués de baite en pierre, puis viennent moraines, éboulis, langues glaciaires. La Valle dei Forni, au départ de Santa Caterina, mène sans brutalité vers le rifugio Branca : l’approche est douce, mais le décor, lui, devient monumental. Et partout, l’impression de vivre un territoire habité par le vivant : cerfs à l’aube, chamois sur les pentes, marmottes au soleil, aigles royaux et parfois gypaète, si vous acceptez de ralentir assez longtemps pour voir.

La route du col du Stelvio est spectaculaire. Elle traverse le Parc National et met en communication le Südtirol et la Lombardie, par une voie hautement stratégique voulue par le pouvoir impérial autrichien qui avait récupéré le Royaume de Lombardie après la défaite de Napoléon. Une alternative à la route de l’Umbrail qui connecte Bormio à la Val Müstair, en Suisse. Ce n’est pas seulement une “belle montée” : c’est une mise en scène progressive de l’altitude. En quittant Bormio, vous grimpez d’abord dans une montagne encore habitée : forêts de conifères, clairières, odeur de résine, hameaux épars. Puis, au fil des kilomètres, la route se dépouille comme si elle vous préparait à autre chose. Les arbres se font plus rares, les alpages s’ouvrent, l’air devient plus sec, et la vallée se met à reculer derrière vous. Arrive alors le moment où l’on comprend vraiment le Stelvio : la série des 48 lacets côté Bormio n’est pas qu’un chiffre mythique, c’est un rythme. Chaque virage est un palier, un nouveau cadrage, un balcon différent sur les pentes, les ravins, les crêtes. Même sans viser le sommet, il y a des points où l’on s’arrête presque malgré soi : pour regarder la route se dessiner en ruban au-dessus de vous, pour écouter le vent qui prend de l’assurance, pour sentir la température basculer. Plus vous montez, plus la montagne se minéralise : la roche domine, la végétation se rabougrit, et l’altitude “simplifie” le paysage comme elle simplifie les pensées. Là-haut, le Stelvio n’est plus une vallée : c’est un monde de pierres, de lumière crue, de pentes nues, un endroit où l’on mesure physiquement ce que signifie franchir les Alpes. Et si vous poussez jusqu’aux derniers lacets, vous arrivez au seuil d’un carrefour d’altitude : en quelques minutes, vous basculez vers d’autres versants, d’autres cultures, d’autres lumières , la sensation rare d’être au sommet d’un passage qui n’est pas une frontière, mais une porte monumentale.

Vous avez ici un choix : le ski d’été sur le glacier du Stelvio ou la redescente par une quarantaine de lacets vers la val Venosta / Vinschgau dans le Südtirol.

Bormio en été
Bormio en été

Les vallées autour de Bormio

Un article entier est dédié à ces magnifiques vallées. Pour le lire, cliquez sur ce lien.

Vers le sud-est, la Valfurva remonte comme un couloir naturel vers la haute montagne : route en balcon, torrent vif, villages d’altitude, et surtout cette impression de s’enfoncer dans le cœur glaciaire du parc. Autour de Santa Caterina, les itinéraires familiaux en fond de vallée côtoient des points de vue beaucoup plus “haute montagne” : ici, même une balade courte a une densité d’altitude. Plus loin, l’accès à la Valle dei Forni vous fait basculer dans un décor de moraines et de glaciers, spectaculaire sans être réservé aux seuls experts.

À l’ouest, la Valdidentro ouvre un tout autre chapitre : plus large, plus lumineuse, presque nordique par endroits. Les lacs de Cancano et les Torri di Fraele en sont le symbole : l’eau y devient paysage, et les chemins autour des rives offrent des boucles faciles, idéales en famille, avec une sensation d’espace rare. Au bout de la vallée, la route franchit un seuil vers Livigno par deux cols maintenus ouverts tout l’hiver : le Passo del Foscagno (2 291 m) puis le Passo d’Eira (2 208 m). Entre les deux, Trepalle rappelle ce que signifie “vivre haut”, perché à plus de 2 000 mètres, comme un hameau-promenade suspendu.

Enfin, entre Sondalo et Bormio, la Valdisotto se révèle à ceux qui prennent le temps : coteaux ensoleillés, hameaux perchés, vieux chemins muletiers et points de vue discrets sur la cuvette de Bormio. Moins spectaculaire, mais parfaite pour “marcher la montagne” sans effort excessif, et comprendre, à hauteur d’homme, l’équilibre entre villages, alpages et relief.

Bien manger à Bormio

En Haute Valtellina, la gastronomie n’est ni folklorique ni décorative : elle est une mémoire comestible du territoire. Chaque plat est né d’une contrainte, le froid, l’altitude, l’isolement, et s’est transformé, au fil du temps, en marqueur identitaire fort. Ici, on mange pour tenir, pour se réchauffer, pour réparer le corps après l’effort. Et cette logique, loin d’avoir disparu, continue de structurer les tables d’aujourd’hui.

Les pizzoccheri en sont l’exemple le plus emblématique. Ces tagliatelles courtes à base de farine de sarrasin, céréale rustique adaptée aux climats montagnards d’altitude, sont mêlées à des pommes de terre, du chou ou des blettes, puis liées par un beurre fondu généreux et surtout par les fromages locaux, au premier rang desquels le Bitto et le Casera DOP. Ce n’est pas un plat léger, et il ne cherche pas à l’être. Il est pensé pour nourrir durablement, pour accompagner une journée de travail ou de marche en altitude. Dans les refuges comme dans les trattorie de Bormio, il arrive fumant, presque solennel, et impose son rythme : on mange lentement, on se tait souvent.

Les sciatt, ces beignets de fromage frits à la coque croustillante et au cœur fondant, racontent une autre facette de la convivialité alpine. Servis brûlants, accompagnés d’une salade légèrement amère, ils sont souvent partagés en début de repas, comme une mise en bouche rustique et joyeuse. Leur nom même, issu du dialecte local, évoque quelque chose de vif, presque espiègle, une gourmandise née de la simplicité.

Mais la cuisine de Haute Valtellina ne se limite pas à ces icônes. Elle s’appuie sur une culture de la conservation très ancienne : viandes séchées, salaisons, fromages d’alpage affinés lentement dans des caves fraîches. La bresaola de la Valtellina, maigre, parfumée, est l’un des produits les plus connus, mais elle prend ici une dimension particulière : tranchée finement, arrosée d’un filet d’huile, parfois accompagnée de pain noir ou de pommes de terre, elle devient un plat à part entière, presque une pause avant l’effort.

Les soupes épaisses, les polentas, les plats à base de gibier ou de champignons à l’automne prolongent cette cuisine de saison, étroitement liée au calendrier montagnard. Rien n’est hors-sol : ce que l’on mange correspond à ce que la montagne donne, à ce moment précis de l’année.

Pizzoccheri alla valtellinese
Pizzoccheri alla valtellinese

Accéder à Bormio et à la Haute Valtellina : trains, bus et navettes depuis Milan

Rejoindre Bormio et la Haute Valtellina depuis Milan est plus simple qu’on ne l’imagine, même sans voiture. Certes, la montagne se mérite, mais elle se laisse approcher progressivement, par une combinaison de train, de bus et de routes panoramiques qui font déjà partie du voyage.

En train jusqu’à Tirano : une montée en douceur vers les Alpes

Si vous choisissez le train, l’itinéraire le plus logique commence à la gare de Milano Centrale. Des trains régionaux réguliers vous conduisent jusqu’à Tirano en environ 2h30 à 3h, en traversant la Lombardie du sud au nord. Le paysage change peu à peu : la plaine s’efface, les reliefs apparaissent, et l’on devine déjà les Alpes au loin.

Tirano n’est pas une gare anodine. C’est ici que s’arrête la ligne ferroviaire classique, mais aussi le point de départ du célèbre Bernina Express vers l’Engadine en Suisse. À la sortie de la gare, les bus pour Bormio sont immédiatement accessibles : la correspondance est pensée pour les voyageurs. Le trajet en bus jusqu’à Bormio dure environ 1h à 1h30, en remontant toute la vallée de la Valtellina, avec des paysages de plus en plus alpins au fil des kilomètres.

Ce mode d’accès a un avantage évident : il permet d’arriver à Bormio sans stress, sans conduite en montagne, tout en profitant d’un véritable voyage de transition entre la ville et l’altitude.

Bus directs depuis Milan et les aéroports

Si vous préférez un trajet sans correspondance, des bus directs relient Milan à Bormio, en particulier durant la saison hivernale, lorsque la station est la plus fréquentée. Le départ peut se faire depuis le centre de Milan, mais aussi depuis les aéroports de Milan Malpensa, Linate ou Bergame-Orio al Serio, ce qui est particulièrement pratique après un vol.

Le trajet dure en moyenne 3h30 à 4h30, selon le point de départ et les conditions de circulation. Ces bus modernes offrent généralement un bon niveau de confort et vous déposent directement à Bormio ou à proximité immédiate de votre hébergement. C’est une solution appréciée en hiver, notamment si vous voyagez avec du matériel de ski.

Crédit photos

Bormio hiver : Sauro Sisti, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons / https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c9/BORMIO_panoramica.jpg

Bormio été: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/16/Bormio_da_Villa_Feleit_-_panoramio.jpg /silvio alaimo sj, CC BY 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by/3.0>, via Wikimedia Commons

Bormio vignette: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fb/La_Conca_di_Bormio.jpg /Maurizio Moro5153, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

Bormio Piazza Cavour: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/13/Piazza_Cavour%2C_Bormio.jpg /Jussarian, CC BY-SA 2.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0>, via Wikimedia Commons

Stelvio: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/95/Stelvio_Pass_Bolzano_side_2.jpg / kallerna, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

Pizzoccheri: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fc/Esno4Wkmana_jul_2014_Cassnam_066.jpg / Cassinam, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

Ces articles pourraient aussi vous intéresser:

Découvrir le Val Müstair en hiver

Découvrir le Val Müstair en hiver

Le Val Müstair. On y parle encore le romanche, on y accède par un col en venant de la Suisse. Il est aux portes de l’Italie. Art, Histoire et Nature se donnent rendez-vous dans cette vallée. AlpAddict vous la fait découvrir.