Il suffit parfois de quelques kilomètres pour changer de monde.
Depuis le centre de Chambéry, moins de dix minutes de route suffisent pour rejoindre Barby. La circulation se fait plus calme, les immeubles s’espacent et le regard est immédiatement attiré par les premières pentes boisées du massif des Bauges. Ici, la ville et la montagne se touchent presque. D’ailleurs, les maisons grimpent aussi à flanc de montagne dans une compétition pour celle qui aura le dernier rayon de soleil du couchant. D’un côté, l’agglomération chambérienne et tous ses services ; de l’autre, des forêts, des sentiers anciens, des chemins de randonnée et des panoramas qui ouvrent déjà vers les Alpes.
Avec un peu plus de 3 500 habitants, Barby est aujourd’hui l’une des communes résidentielles les plus agréables de la première couronne de Chambéry. Située entre 292 et 655 mètres d’altitude, elle occupe une position privilégiée au débouché des Bauges, dont les premiers sommets du Nivolet et du Peney dominent la commune au Nord.
Mais derrière cette commune paisible se cache une histoire beaucoup plus riche qu’il n’y paraît.
Un village né entre eau et montagne
Le nom de Barby apparaît dès le Moyen Âge sous la forme Balbiacus. Pourtant, pendant des siècles, le paysage n’avait rien de celui que l’on connaît aujourd’hui.
Le quartier du Prédé, aujourd’hui parfaitement intégré au tissu urbain, était encore au XVIIIᵉ siècle un vaste espace humide. Le cadastre de 1730 mentionne un simple « pré d’Aisse ». Il n’y avait là qu’une grange, entourée de terrains régulièrement inondés par les eaux des torrents.
En se promenant aujourd’hui dans ce secteur calme et résidentiel, il est difficile d’imaginer qu’il s’agissait autrefois d’une zone marécageuse.
Au début du XIXᵉ siècle, les terrains sont asséchés afin d’améliorer leur rendement agricole. Georges Besson, puis son fils Henri, avocat et magistrat chambérien, y font construire une maison de maître et plusieurs fermes destinées à loger les familles de fermiers. La demeure deviendra longtemps la « Maison Game », du nom de la famille qui l’occupa jusqu’au début du XXIᵉ siècle.
Cette histoire dit beaucoup de Barby : un village qui a toujours su transformer les contraintes naturelles en opportunités humaines.

Une ancienne route romaine aux portes de la ville
Barby occupe depuis des siècles une position stratégique.
Au-dessus du village passe l’un des plus anciens axes de circulation de la région. Une voie romaine reliait autrefois la Combe de Savoie à Aix et Seyssel en passant par Chambéry. Pendant des siècles, marchands, voyageurs, pèlerins et soldats ont emprunté ces chemins pour traverser la Savoie en direction de l’Italie.
Aujourd’hui encore, certains tronçons demeurent parfaitement lisibles dans la forêt des Chavonnes.
Lorsque l’on marche sur ces sentiers bordés de vieux buis, de chênes pubescents et de charmes, on a presque l’impression de suivre les traces de tous ceux qui sont passés ici avant nous.
Le silence de la forêt contraste avec la proximité immédiate de Chambéry. C’est probablement l’une des grandes surprises de Barby : quelques minutes de marche suffisent pour se retrouver dans un décor qui semble appartenir à une autre époque.
Le château de la Bâtie, gardien de la vallée
Au sommet du village, apparaît soudain le château de la Bâtie.
Posé sur son éperon rocheux surmonté par le mont Peney, il domine depuis plus de sept siècles la vallée de Chambéry. La vue est exceptionnelle. On embrasse d’un regard la Leysse, la cluse de Chambéry, les premiers reliefs de Chartreuse et les montagnes de Belledonne. Et à l’heure du coucher de soleil on profite de ses rayons doux devant ce paysage magique.
La forteresse avait précisément été construite pour dominer tout ce territoire et en observer les passages.
Dès le Moyen Âge, les seigneurs de Seyssel surveillaient depuis ses tours l’ancienne voie romaine et les passages entre la Combe de Savoie, Aix-les-Bains et le val du Bourget. La Bâtie constituait alors l’un des verrous défensifs de la région.
Le château actuel conserve ses cinq tours, ses enceintes successives et une partie de ses bâtiments restaurés dans l’esprit du XVᵉ siècle. Une chapelle médiévale abrite même des mosaïques gallo-romaines découvertes dans la région.
Le château est privé et ne se visite pas, mais il demeure l’un des plus beaux éléments du patrimoine médiéval savoyard.
Et surtout, il donne à Barby une silhouette immédiatement reconnaissable.

La Colombière, une ferme devenue maison de maître
Tout près de l’église se trouve un autre témoin du passé de Barby.
La Colombière était à l’origine une importante maison forte dépendant du château de la Bâtie. Son nom provient probablement du pigeonnier qui occupait autrefois sa tour semi-circulaire.
L’édifice présente encore une magnifique grange aux grandes ouvertures en forme d’yeux-de-bœuf.
En 1810, la propriété est vendue à Georges Besson. Son fils Pierre-Louis Besson, architecte du Palais de Justice de Chambéry et maire de Barby pendant près d’un demi-siècle, y établit sa résidence.
L’histoire de la Colombière résume à elle seule l’évolution de Barby : un ancien village agricole progressivement transformé en lieu de résidence apprécié des notables chambériens.
Le parc Malatray, un havre de paix inattendu
Le parc Malatray est probablement le lieu le plus attachant de la commune.
Au premier regard, il ressemble à un simple parc public. Pourtant, son histoire est étonnante.
Cette propriété appartenait autrefois à Valentin Claraz, maire de Barby de 1860 à 1890. Son père, le docteur Balthazard Claraz, est passé à la postérité pour avoir sauvé la vie du pape Pie VII au col du Mont-Cenis en 1812, lors du transfert du souverain pontife, prisonnier de Napoléon.
Au XIXᵉ siècle, la propriété possédait une élégante demeure bourgeoise entourée d’un vaste parc paysager.
Aujourd’hui, le parc couvre près de trois hectares. On y trouve un bassin, de grands arbres remarquables, un chemin botanique, des espaces de pique-nique et des jeux pour enfants.
Mais ce qui frappe surtout, c’est l’atmosphère.
Les grands cèdres et les arbres centenaires absorbent les bruits de la ville. Quelques bancs sont installés à l’ombre. Des écureuils traversent parfois les pelouses.
Dans le silence, on oublie presque que Chambéry est à moins de cinq kilomètres.

Une église discrète mais riche d’histoire
L’église Saint-Jean ne cherche pas à impressionner.
Elle est pourtant l’un des cœurs historiques de Barby.
Les premières visites pastorales du XVIIIᵉ siècle décrivent un édifice déjà ancien et fortement dégradé. De grands travaux sont entrepris au XIXᵉ siècle. Un clocher est construit en 1820 grâce au financement de Georges Besson, avant que l’église ne soit presque entièrement reconstruite entre 1867 et 1870.
Sa particularité est son clocher latéral, assez rare en Savoie.
À l’intérieur, on découvre trois beaux vitraux représentant la Vierge, saint Jean et saint Joseph, ainsi qu’un tableau de la Vierge de Pitié attribué au peintre flamand Jan van Niveal et un Christ en croix sculpté datant des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles.
Avant la Révolution, l’église dépendait du prieuré de Saint-Geoire, lui-même rattaché à l’abbaye de Thonon.
Et comme dans tous les villages de Savoie, l’église et sa place n’étaient pas uniquement des lieux religieux : c’était ici que l’on annonçait les décisions importantes, les nouvelles du village et les proclamations officielles.

Une autre manière de vivre près de Chambéry
Barby ne possède ni la renommée touristique d’Aix-les-Bains ni le prestige résidentiel de certaines communes du lac du Bourget.
Et pourtant, la qualité de vie y est remarquable.
Les écoles, les équipements sportifs, les commerces de proximité, la vie associative et les transports du réseau Synchro permettent de vivre ici sans dépendre totalement de la voiture. La gare de Chambéry est à moins de dix minutes et l’autoroute A43 ouvre rapidement les directions de Lyon, Grenoble ou Albertville.
Mais le véritable luxe est ailleurs.
Le matin, on voit le soleil se lever derrière les Bauges. En quelques minutes, on peut partir courir dans les bois des Chavonnes ou monter vers le château de la Bâtie. Le week-end, les stations des Bauges, le lac du Bourget ou les premiers cols alpins sont à portée de main.
Barby est finalement une commune de transition.
On y vit en ville, mais avec la montagne comme horizon quotidien.
Et c’est peut-être cette proximité permanente avec la nature, l’histoire et les grands paysages savoyards qui donne à cette petite commune son caractère si particulier.

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