Le bateau quitte lentement l’embarcadère de Stresa. Derrière vous, les façades Belle Époque des grands hôtels s’éloignent doucement tandis que le lac Majeur retrouve peu à peu son silence. Devant l’étrave, trois silhouettes semblent flotter entre le ciel et les eaux bleu profond. D’abord apparaît un palais monumental posé sur un jardin en terrasses qui semble surgir directement du lac. Un peu plus loin, une île disparaît presque sous une végétation luxuriante où émergent seulement quelques façades couleur miel. Enfin, une troisième révèle un clocher, quelques maisons serrées les unes contre les autres et un petit port où tanguent encore des barques de pêche.
Ces trois îles forment les îles Borromées, sans doute le site le plus célèbre du lac Majeur et l’un des ensembles paysagers les plus remarquables d’Italie à ne rater pour rien au monde lors d’une visite des grands lacs.
Beaucoup de voyageurs les visitent en une journée.
Ils admirent les jardins, photographient les paons blancs, parcourent les salons des palais puis reprennent le bateau vers Stresa.
Pourtant, les îles Borromées méritent bien davantage qu’une simple excursion.
Elles racontent près de six siècles d’histoire italienne. Elles évoquent l’ascension d’une grande famille lombarde devenue l’une des plus puissantes d’Europe. Elles témoignent du génie de jardiniers capables d’acclimater des espèces venues du Japon ou de l’Himalaya au pied des Alpes. Elles racontent aussi la vie des pêcheurs qui continuent d’habiter une petite île où le temps semble s’être arrêté.
Comprendre les îles Borromées, c’est comprendre pourquoi quelques îlots rocheux sont devenus l’un des plus extraordinaires décors d’Europe.
Avant d’en pousser les portes, il faut donc commencer par ceux qui leur ont donné leur nom.
Qui sont les Borromée ? L’histoire d’une famille qui transforma un lac en œuvre d’art
Une ascension fulgurante au cœur de la Lombardie
Bien avant de devenir les propriétaires des îles, les Borromeo sont avant tout une famille de marchands installée autour de Milan.
À partir du XIVᵉ siècle, leurs activités bancaires et commerciales leur permettent d’accumuler une fortune considérable. Les alliances politiques avec les grandes familles lombardes, puis leur proximité avec les puissants ducs de Milan, accélèrent encore leur ascension. Quelques générations suffisent pour faire des Borromée l’une des familles aristocratiques les plus influentes de la péninsule italienne.
Leur histoire ne se limite pourtant pas au pouvoir ou à la richesse.
Les Borromée deviennent également de grands mécènes. Ils financent artistes, architectes, religieux et intellectuels. Plusieurs membres de la famille occupent des fonctions diplomatiques majeures tandis que saint Charles Borromée, archevêque de Milan au XVIᵉ siècle, demeure aujourd’hui encore l’une des grandes figures spirituelles de la Contre-Réforme.
C’est à cette époque que leur destin croise définitivement celui du lac Majeur.
Au cours du XVe siècle, la famille acquiert progressivement plusieurs territoires sur les rives du Verbano ainsi que les trois principales îles situées dans le golfe de Stresa. Elles ne présentent alors aucun caractère exceptionnel. Quelques maisons, des terres cultivées, des pêcheurs et des bergers occupent ces modestes îlots rocheux.
Pour beaucoup, elles n’auraient constitué que de simples propriétés rurales. Les Borromée, eux, y voient un immense potentiel. Ils comprennent immédiatement que le cadre exceptionnel du lac peut devenir le théâtre d’une réalisation sans équivalent.
Comment transformer trois îlots en l’un des plus beaux paysages d’Europe
Lorsque Vitaliano VI Borromeo décide, au milieu du XVIIᵉ siècle, de transformer Isola Bella, son projet paraît presque irréaliste.
L’île est minuscule. Elle offre peu d’espace constructible. Son relief est irrégulier. Pourtant, les architectes imaginent une réalisation totalement inédite. Le palais ne devra pas simplement être construit sur l’île: l’île entière devra devenir le palais.
Pendant des décennies, des centaines d’ouvriers acheminent par bateau des blocs de granit, du marbre, des terres fertiles, des arbres adultes et des matériaux venus de toute l’Italie. Les travaux mobilisent sculpteurs, jardiniers, hydrauliciens et architectes. Les ingénieurs édifient d’immenses murs de soutènement afin de créer dix terrasses superposées capables de supporter plusieurs milliers de tonnes de terre végétale.
Peu à peu, l’ancien rocher disparaît et à sa place naît une composition baroque où architecture et paysage deviennent indissociables.Les visiteurs ignorent souvent que la plupart des terrasses sur lesquelles ils se promènent sont entièrement artificielles. Chaque escalier, chaque bassin, chaque alignement de statues et chaque perspective sur le lac répondent à une intention précise.
Les historiens de l’art considèrent aujourd’hui Isola Bella comme l’un des plus remarquables exemples de jardin baroque italien, au même titre que certaines réalisations romaines ou toscanes.
Le plus étonnant reste sans doute que cette œuvre n’a jamais été figée.
Depuis près de quatre siècles, les descendants de la famille Borromée poursuivent l’entretien des jardins, restaurent les palais et enrichissent les collections. Les îles restent aujourd’hui encore leur propriété, ce qui explique l’extraordinaire état de conservation de l’ensemble.
Visiter les îles Borromées, ce n’est donc pas découvrir un musée.
C’est entrer dans une histoire familiale qui continue de s’écrire.

Isola Bella, le palais qui semble surgir des eaux du lac
Une arrivée qui demeure l’un des plus beaux spectacles du lac Majeur
À mesure que le bateau s’approche d’Isola Bella, les proportions deviennent de plus en plus saisissantes.
Depuis Stresa, l’île paraissait presque délicate. Vue de près, elle révèle toute son ambition.
Le palais occupe pratiquement toute sa longueur tandis que les jardins s’élèvent en une spectaculaire pyramide végétale dominant le lac. Les statues blanches semblent surveiller les embarcations qui approchent. Derrière elles, les montagnes du Piémont ferment majestueusement l’horizon.
L’impression est étonnante.
On ne distingue plus vraiment où s’arrête l’architecture et où commence le paysage.
Les architectes avaient imaginé l’île comme un immense vaisseau baroque. Le palais représente la proue. Les jardins figurent les ponts successifs qui montent progressivement vers la poupe. Même aujourd’hui, lorsque l’on observe Isola Bella depuis le large, cette comparaison apparaît comme une évidence.
Dès les premiers pas sur l’île, une autre surprise attend le visiteur.
Avant même d’atteindre le palais, une petite rue bordée de maisons anciennes accueille cafés, boutiques artisanales et échoppes familiales. Cette animation contraste avec la monumentalité des jardins. Elle rappelle qu’Isola Bella n’a jamais été uniquement un palais, mais également un lieu où vécurent longtemps jardiniers, domestiques, artisans et pêcheurs.
Puis apparaît enfin la façade principale.
Large, parfaitement symétrique, elle annonce immédiatement le faste des salons intérieurs.
Pourtant, ce sont souvent les pièces les plus inattendues qui marquent les visiteurs.
Les célèbres grottes du palais constituent sans doute l’exemple le plus spectaculaire. Revêtues de galets, de coquillages, de tuf et de mosaïques minérales, elles étaient conçues pour offrir fraîcheur et émerveillement durant les chaleurs estivales. La lumière y pénètre discrètement, créant une atmosphère presque irréelle où les murs semblent appartenir davantage au monde marin qu’à un palais aristocratique.
En poursuivant la visite, les grands salons dévoilent tapisseries flamandes, plafonds peints, lustres de cristal, meubles précieux et tableaux accumulés au fil des siècles.
L’histoire de l’Europe s’y invite naturellement.
En 1797, Napoléon Bonaparte et Joséphine de Beauharnais séjournent sur Isola Bella pendant la campagne d’Italie. Les pièces qu’ils occupèrent peuvent encore être visitées aujourd’hui et rappellent combien le lac Majeur constituait déjà un lieu de prestige fréquenté par les grandes figures de son époque.
Mais si le palais impressionne, ce sont les jardins qui rendent véritablement Isola Bella unique.

Les jardins d’Isola Bella, le chef d’oeuvre des îles Borromées.
Il suffit de franchir les premières marches qui conduisent vers les jardins pour comprendre que les Borromée ne souhaitaient pas seulement aménager un parc autour de leur résidence. Leur ambition était bien plus vaste : créer une œuvre d’art où la nature, l’architecture et le paysage dialogueraient en permanence.
Le jardin s’élève sur dix terrasses superposées, construites les unes au-dessus des autres grâce à un impressionnant système de murs de soutènement. Vu depuis le lac, cet ensemble évoque immédiatement la poupe d’un immense navire de pierre naviguant sur les eaux du Verbano. Cette comparaison n’est pas une simple image littéraire : les architectes baroques ont véritablement conçu l’île comme un vaisseau symbolique, où le palais représenterait la proue et les jardins la partie la plus élevée.
Lorsque l’on gravit lentement les escaliers, le paysage change à chaque niveau.
Les premières terrasses sont bordées de haies de buis parfaitement taillées, de bassins et de statues allégoriques représentant les saisons, les vents ou les grandes vertus. Plus haut apparaissent les citronniers, les orangers et les camélias. Les pergolas couvertes de glycines offrent quelques instants d’ombre avant que le regard ne s’échappe de nouveau vers le lac.
Chaque terrasse possède sa propre personnalité.
Aucune n’est conçue pour être admirée isolément. Elles composent un parcours où les perspectives changent sans cesse. À un moment, l’œil est attiré vers les montagnes enneigées du massif du Mont Rose. Quelques mètres plus loin, il plonge vers les eaux du lac où les bateaux semblent glisser au ralenti entre les îles. Puis le regard revient naturellement vers le palais dont les façades disparaissent peu à peu derrière les arbres.
L’effet recherché est celui d’une promenade théâtrale.
Les visiteurs deviennent les acteurs d’une mise en scène imaginée il y a près de quatre siècles.
L’élément le plus spectaculaire demeure sans doute le Teatro Massimo, vaste terrasse culminant au sommet du jardin. Cette construction monumentale est ornée de statues, d’obélisques et de niches qui composent une véritable façade sculptée ouverte sur le ciel. Depuis ce belvédère, la vue embrasse presque tout le golfe Borromée : Stresa, Baveno, Pallanza, les montagnes piémontaises et les eaux changeantes du lac Majeur composent un panorama d’une rare élégance.
C’est également ici que vivent les célèbres paons blancs, devenus au fil des décennies l’un des symboles d’Isola Bella. Leur présence surprend toujours. On les aperçoit déambulant librement entre les statues, déployant parfois leur immense queue immaculée dans un décor qui semble avoir été créé pour eux. Leur blancheur contraste avec le vert profond des cyprès, le bleu du lac et la pierre blonde des terrasses.
Peu de visiteurs savent pourtant que ces paons ne sont pas une attraction récente. Ils appartiennent depuis longtemps à l’identité des jardins et participent pleinement à cette volonté des Borromée de créer un lieu où la nature elle-même deviendrait spectacle.
En prenant le temps de s’asseoir quelques minutes sur l’un des bancs des terrasses supérieures, on comprend alors toute la subtilité du projet. Les jardins ne cherchent jamais à rivaliser avec le paysage. Au contraire, ils l’accompagnent, le mettent en valeur et l’intègrent dans chaque perspective. Les montagnes, le lac, les palais et la végétation ne forment plus qu’un seul ensemble.
C’est probablement cette harmonie qui fait d’Isola Bella l’un des plus beaux jardins baroques d’Europe.

Isola Madre, le jardin secret des Borromée où la nature est devenue une œuvre d’art
Contrairement à Isola Bella, qui impressionne immédiatement par son palais monumental et ses terrasses baroques, Isola Madre séduit presque à voix basse. Le bateau ralentit, contourne quelques grands arbres dont les branches semblent plonger dans le lac, puis accoste devant une rive discrète où rien ne cherche véritablement à attirer l’attention.
L’île paraît plus sauvage, plus intime et plus mystérieuse aussi.
Les façades du palais apparaissent à peine derrière les feuillages. Les grands arbres dominent largement les bâtiments, comme si la nature avait progressivement repris ses droits sur l’œuvre des hommes.
C’est précisément ce qui fait tout le charme d’Isola Madre.
Ici, les Borromée n’ont jamais voulu démontrer leur puissance.
Ils ont cherché à créer un lieu de contemplation.
Pendant plusieurs siècles, cette île fut d’ailleurs la résidence privée de la famille durant les beaux jours. On venait y vivre loin des cérémonies officielles, des réceptions diplomatiques et du faste d’Isola Bella. On y retrouvait le silence, les jardins et une douceur de vivre qui correspond encore aujourd’hui parfaitement à l’esprit du lac Majeur.
Un palais discret qui raconte la vie quotidienne des Borromée
L’histoire d’Isola Madre commence bien avant celle d’Isola Bella.
Au début du XVIᵉ siècle, Lancillotto Borromeo transforme cette ancienne île agricole en résidence de campagne. À cette époque, quelques vignes, des oliviers, des vergers et des potagers occupent encore une grande partie de la surface. Peu à peu, les cultures laissent place à un élégant palais Renaissance entouré de jardins.
Contrairement au palais spectaculaire d’Isola Bella, celui d’Isola Madre conserve une dimension beaucoup plus domestique.
Les salons sont lumineux sans être ostentatoires.
Les plafonds peints, les meubles anciens et les tapisseries racontent davantage l’intimité d’une grande famille aristocratique que son pouvoir politique.
On y découvre notamment une remarquable collection de marionnettes, de théâtres miniatures et de décors de scène datant du XVIIIᵉ siècle, témoignage raffiné des divertissements que les Borromée organisaient pour leurs invités. Les bibliothèques, les chambres et les appartements privés permettent également d’imaginer la vie quotidienne sur cette île lorsque les familles aristocratiques venaient passer plusieurs semaines au bord du lac.
En parcourant les différentes pièces, on remarque surtout combien les fenêtres ont été pensées comme de véritables tableaux.
Partout, le regard est attiré vers les jardins.
Le palais semble avoir été construit pour ne jamais faire oublier le paysage.

Le plus extraordinaire jardin botanique du lac Majeur
Si les visiteurs viennent jusqu’à Isola Madre, c’est avant tout pour découvrir l’un des plus célèbres jardins botaniques d’Europe.
La promenade débute presque immédiatement après avoir quitté le débarcadère. Les allées montent doucement vers le cœur de l’île en traversant une végétation dont la diversité surprend à chaque instant.
Grâce au microclimat exceptionnel du lac Majeur, les Borromée purent acclimater ici des espèces venues de presque tous les continents.
Les immenses cyprès du Cachemire, parmi les plus anciens d’Europe, côtoient des séquoias géants, des ginkgos biloba, des cèdres de l’Himalaya, des camphriers, des magnolias d’Asie, des liquidambars américains, des érables japonais, des palmiers, des bambous et une impressionnante collection de camélias dont certaines variétés fleurissent dès la fin de l’hiver.
La promenade ne ressemble jamais à celle d’un jardin classique. Les perspectives changent sans cesse. Une clairière s’ouvre soudain sur le lac. Quelques mètres plus loin, un sentier disparaît sous une voûte de bambous avant de rejoindre une immense pelouse dominée par des arbres plusieurs fois centenaires. L’impression est presque celle d’un jardin romantique anglais. Rien ne paraît véritablement géométrique. La nature semble libre.
Et pourtant, chaque arbre, chaque massif et chaque ouverture sur le paysage ont été soigneusement pensés par plusieurs générations de jardiniers.
Une île qui change complètement avec les saisons
Peu d’endroits permettent autant que cette île de mesurer le passage des saisons.
Au printemps, Isola Madre devient un immense tableau vivant.
Les camélias, dont la collection est l’une des plus prestigieuses d’Italie, ouvrent les premières floraisons dès le mois de mars. Ils sont rapidement rejoints par les azalées, les rhododendrons, les glycines et les magnolias qui parfument progressivement toute l’île.
En été, la fraîcheur devient presque surprenante.
Les immenses arbres centenaires filtrent la lumière et créent un véritable refuge contre les fortes chaleurs. Même au cœur de juillet, certaines allées restent baignées d’une agréable pénombre tandis que les parfums de résine, de mousse et de terre humide rappellent davantage une forêt alpine qu’un jardin italien.
L’automne constitue sans doute la saison la plus confidentielle.
Les érables japonais prennent des couleurs rouge vif tandis que les liquidambars, les ginkgos et les chênes offrent une palette dorée qui se reflète dans les eaux du lac. Les visiteurs deviennent moins nombreux et l’île retrouve peu à peu le calme qui fut longtemps le sien.
Même en hiver, lorsque les jardins ferment au public, les grands arbres continuent de donner à Isola Madre une silhouette immédiatement reconnaissable depuis Stresa.

Des paons, des faisans et un silence devenu rare
Ce qui frappe enfin sur Isola Madre, c’est le calme.
Contrairement à Isola Bella, où les terrasses offrent sans cesse de nouvelles perspectives sur le lac, Isola Madre invite à ralentir.
Les seuls véritables habitants permanents semblent être les oiseaux.
Des paons blancs circulent librement sur les pelouses sans paraître impressionnés par les visiteurs. Ils sont accompagnés de faisans dorés, de faisans argentés et de nombreuses espèces d’oiseaux qui trouvent ici un refuge privilégié. À Isola Madre, la présence des oiseaux s’inscrit dans la tradition du jardin botanique et zoologique voulu par les Borromée au XIXᵉ siècle. Ici, les oiseaux font partie d’un ensemble naturaliste beaucoup plus large, au même titre que les arbres exotiques.
Il suffit parfois de s’asseoir quelques minutes sur un banc. Le vent fait doucement frissonner les grands bambous. Une feuille tombe dans le lac. Un paon pousse son cri caractéristique au loin. Puis le silence revient. C’est probablement cela, le véritable luxe d’Isola Madre.
À quelques centaines de mètres seulement de l’animation de Stresa, cette île offre encore la sensation de pénétrer dans un jardin privé où le temps semble suspendu. On ne vient pas ici chercher l’éblouissement baroque d’Isola Bella, mais une émotion plus discrète, presque contemplative. Et lorsque le bateau quitte finalement le débarcadère, le regard se retourne une dernière fois vers cette masse végétale flottant sur le lac, avec l’impression d’abandonner un lieu dont les plus beaux souvenirs ne tiennent pas à un monument, mais à une atmosphère.

Isola dei Pescatori, l’âme authentique du lac Majeur
Un village où le lac continue de dicter le rythme de la vie
Après la magnificence d’Isola Bella et la sérénité végétale d’Isola Madre, l’arrivée sur Isola dei Pescatori, également appelée Isola Superiore, produit un effet presque inattendu. Le bateau accoste devant quelques maisons aux façades colorées, un petit quai où oscillent encore quelques embarcations de pêche et une ruelle si étroite qu’il semble impossible d’imaginer qu’elle constitue la rue principale d’un village.
Ici, le décor n’a pas été créé pour impressionner.
Il est né d’une nécessité.
Pendant des siècles, les habitants ont vécu exclusivement de la pêche et de ce que le lac voulait bien leur offrir. Les maisons furent construites au plus près de l’eau afin de faciliter le travail quotidien. Les ruelles, volontairement étroites, protégeaient des vents et permettaient de gagner le moindre mètre carré sur une île qui ne mesure qu’un peu plus de 300 mètres de long pour une centaine de mètres de large.
Contrairement aux deux autres îles Borromées, Isola dei Pescatori est encore habitée toute l’année. Une cinquantaine de résidents y vivent en permanence. Cette présence transforme profondément l’atmosphère des lieux. Derrière les volets entrouverts, on aperçoit des jardins minuscules, des vélos appuyés contre les murs, des filets soigneusement rangés et quelques chats qui profitent de la chaleur des pierres. Même au cœur de la saison touristique, on ressent immédiatement que l’île n’est pas un musée à ciel ouvert, mais un véritable village où la vie continue de s’écouler au rythme du lac.
Cette authenticité explique sans doute l’attachement que lui portent les voyageurs. Après les fastes des palais Borromée, retrouver cette simplicité apporte un équilibre inattendu à la découverte de l’archipel.

Se perdre dans les ruelles, le meilleur moyen de découvrir l’île
Ce qui distingue immédiatement Isola dei Pescatori, ce sont les nombreux détails qui rappellent que l’île n’est pas née pour le tourisme. En levant les yeux dans les venelles, on aperçoit encore des filets de pêche suspendus aux façades ou aux balcons, mis à sécher comme autrefois. Dans les petites cours, quelques anciennes barques en bois aux lignes effilées évoquent les embarcations traditionnelles qui sillonnaient quotidiennement le lac Majeur. Sur les quais, des anneaux d’amarrage patinés par le temps et de vieux crochets métalliques rappellent l’époque où les pêcheurs débarquaient leurs prises avant de les préparer ou de les faire sécher. Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, il n’était d’ailleurs pas rare de voir des perches, des lavarets ou des ablettes suspendus sur des claies de bois pour être conservés. Si cette activité a aujourd’hui presque disparu, ces traces discrètes racontent une histoire bien plus ancienne que celle des terrasses animées. Elles donnent au village une authenticité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur les îles Borromées. Ici, derrière chaque ruelle pavée et chaque façade aux volets colorés, on ressent encore la présence de plusieurs siècles de vie lacustre.
Il n’existe pratiquement aucun itinéraire imposé sur Isola dei Pescatori.
La meilleure façon de la découvrir consiste à marcher lentement, à emprunter les passages les plus étroits, à suivre les quais puis à revenir vers le cœur du village au hasard des petites venelles.
Les maisons semblent parfois se toucher d’un côté à l’autre de la rue. Les balcons débordent de géraniums rouges, de lauriers-roses ou de jasmins dont les parfums accompagnent la promenade pendant les beaux jours. De petites boutiques proposent des produits artisanaux, des céramiques, des broderies traditionnelles ou des spécialités gastronomiques du Piémont et du Verbano.
Au centre du village se dresse la discrète église San Vittore, dont les origines remontent au XIᵉ siècle. Son clocher roman constitue depuis des siècles un repère pour les pêcheurs qui naviguent sur le lac. À l’intérieur, la sobriété du décor contraste avec le faste des chapelles découvertes quelques heures plus tôt à Isola Bella. Ici encore, tout rappelle que l’île est d’abord un lieu de vie.
En poursuivant jusqu’à l’extrémité nord, la foule disparaît progressivement. Les quais deviennent silencieux. Le regard embrasse alors presque tout le golfe Borromée. Isola Bella paraît flotter à quelques centaines de mètres seulement tandis que les jardins d’Isola Madre se fondent dans une masse végétale d’un vert profond. Au loin, les montagnes piémontaises ferment le paysage avec une élégance qui donne au lac toute sa profondeur.
C’est souvent à cet endroit que les visiteurs comprennent réellement la complémentarité des trois îles. L’une raconte le pouvoir. L’autre célèbre la nature. La troisième rappelle simplement que le lac Majeur est avant tout un territoire habité.
Les saveurs du lac Majeur
L’heure du déjeuner constitue probablement le meilleur moment pour profiter pleinement d’Isola dei Pescatori.
Les restaurants se succèdent le long des quais, mais la plupart conservent une dimension familiale. Les terrasses sont installées à quelques mètres seulement de l’eau et offrent une vue permanente sur les montagnes et les bateaux qui poursuivent leurs rotations entre les îles.
La cuisine fait naturellement la part belle aux poissons du lac.
Le lavaret, appelé également corégone, figure parmi les spécialités incontournables. Sa chair fine est généralement servie grillée ou simplement accompagnée d’un filet d’huile d’olive du Piémont. Les filets de perche, souvent préparés avec du beurre et de la sauge, rappellent combien les traditions culinaires du lac Majeur restent profondément liées à son environnement naturel.
On retrouve également des risottos parfumés aux poissons de lac, des pâtes fraîches, des fromages des vallées voisines ainsi que plusieurs vins du Piémont, notamment ceux produits dans les collines du Haut-Novarais ou des Langhe.
Le repas devient alors une véritable prolongation du voyage.
Depuis la terrasse, le regard passe sans cesse du contenu de l’assiette aux eaux du lac. Les bateaux accostent doucement avant de repartir vers Stresa ou Baveno. Les montagnes changent progressivement de couleur au fil de la journée tandis que les conversations en italien se mêlent au clapotis de l’eau.
Peu de restaurants offrent un décor aussi naturellement harmonieux.
Lorsque le calme revient sur l’île
La plupart des visiteurs repartent en milieu d’après-midi pour poursuivre leur découverte du lac. Ceux qui choisissent de rester un peu plus longtemps découvrent un tout autre visage d’Isola dei Pescatori. Les ruelles se vident progressivement. Les commerçants rangent leurs étals. Les habitants reprennent possession des quais. Le silence s’installe lentement tandis que les derniers rayons du soleil éclairent les façades des maisons. À cette heure, le lac retrouve presque l’atmosphère qu’il devait connaître avant l’arrivée des premiers voyageurs anglais, allemands ou français au XIXᵉ siècle. Quelques pêcheurs préparent leur embarcation pour la sortie du lendemain. Des enfants jouent sur le quai. Les terrasses se remplissent une dernière fois avant le dîner.
Le temps semble ralentir.
Il devient alors facile d’imaginer ce que furent ces îles avant la construction des grands hôtels de Stresa ou l’arrivée des bateaux touristiques.
Cette impression constitue peut-être le plus beau souvenir que laisse Isola dei Pescatori.
Non pas celui d’un monument exceptionnel, mais celui d’un village qui a su préserver son âme malgré la célébrité du site.
C’est précisément cette authenticité qui complète si parfaitement la visite des îles Borromées et qui donne au voyage toute sa profondeur. Dans un même archipel, le visiteur découvre successivement la puissance d’une grande famille aristocratique, la passion pour les jardins du monde entier et, enfin, la simplicité d’une communauté qui continue de vivre au rythme des saisons et des eaux du lac Majeur.
Les secrets des îles Borromées
Une œuvre d’art à l’échelle d’un paysage
Lorsque l’on remonte dans le bateau pour rejoindre l’île suivante, une évidence s’impose peu à peu. Les trois îles Borromées n’ont jamais été pensées comme des sites indépendants que l’on visiterait séparément. Elles forment un ensemble cohérent, presque une immense composition artistique dont le lac Majeur constitue le décor naturel.
Les Borromée ne cherchaient pas uniquement à construire un palais ou à aménager un jardin remarquable. Leur ambition consistait à transformer tout un paysage.
Depuis les terrasses d’Isola Bella, le regard se porte naturellement vers les grands arbres d’Isola Madre. Depuis les quais d’Isola dei Pescatori, le palais baroque semble flotter au-dessus des eaux. Depuis Stresa, les trois îles composent une ligne parfaitement équilibrée entre les montagnes piémontaises et la rive lombarde.
Cette mise en scène est d’une remarquable modernité.
Aujourd’hui encore, les architectes paysagistes considèrent les îles Borromées comme l’un des premiers exemples européens où l’on a conçu simultanément l’architecture, le jardin et le paysage environnant. Les palais n’ont jamais été construits pour tourner le dos au lac. Bien au contraire, chaque fenêtre, chaque terrasse, chaque escalier, chaque allée conduit naturellement le regard vers l’eau ou vers les montagnes.
C’est probablement cette relation permanente entre l’œuvre humaine et la nature qui explique le sentiment d’harmonie que ressentent la plupart des visiteurs.
On ne visite pas simplement trois îles.
On découvre un paysage entièrement pensé comme une œuvre d’art.

Les emblèmes des Borromée, un langage de pierre
En parcourant les palais ou les jardins, certains visiteurs remarquent rapidement qu’un même animal revient sans cesse dans les sculptures, les plafonds peints, les ferronneries ou les blasons.
Il s’agit de la licorne, l’un des principaux emblèmes de la famille Borromée.
Dans l’imaginaire médiéval, la licorne symbolise la pureté, la force maîtrisée et la fidélité. Les Borromée en firent progressivement l’un des signes distinctifs de leur maison. Elle apparaît encore aujourd’hui à de nombreux endroits, parfois discrètement gravée sur une cheminée, parfois sculptée en grand format au sommet d’un portail ou intégrée aux décors des jardins.
Les visiteurs les plus attentifs remarqueront également la présence récurrente de la devise familiale ainsi que d’autres éléments héraldiques qui rappellent les alliances conclues au fil des siècles avec les grandes familles italiennes.
Ces détails pourraient paraître anecdotiques.
Ils permettent pourtant de mieux comprendre la fonction première de ces palais.
À l’époque baroque, recevoir un ambassadeur, un cardinal ou un prince revenait aussi à lui présenter la puissance de la famille. Chaque sculpture, chaque fresque et chaque symbole participaient à ce discours silencieux où l’art devenait un véritable instrument politique.
Aujourd’hui, ces emblèmes racontent une autre histoire : celle d’une famille qui a su préserver son patrimoine sans le figer et qui continue de transmettre ce témoignage exceptionnel de la Renaissance et de l’époque baroque.

Comment des plantes venues du monde entier poussent-elles au pied des Alpes ?
Peu de visiteurs quittent les îles Borromées sans s’être posé cette question.
Comment expliquer que des palmiers, des camélias japonais, des cyprès du Cachemire, des séquoias américains, des magnolias de Chine ou encore des cèdres de l’Himalaya puissent prospérer au bord d’un lac situé à quelques dizaines de kilomètres seulement des glaciers alpins ?
Le secret réside dans le microclimat exceptionnel du lac Majeur.
Avec une superficie de près de 212 km², le Verbano agit comme un immense réservoir thermique. Pendant l’hiver, il restitue lentement la chaleur accumulée durant les mois estivaux et limite les fortes gelées. Les montagnes qui entourent partiellement le lac jouent également un rôle protecteur en freinant les vents froids venus du nord.
Les Borromée comprirent très tôt les possibilités offertes par ce climat particulier.
Dès le XVIIᵉ siècle, ils firent venir des plantes rares d’Italie, puis progressivement d’Asie, d’Amérique et même d’Australie. Au XIXᵉ siècle, cette passion prit une ampleur considérable. Les botanistes expérimentaient l’acclimatation de nouvelles espèces, échangeaient des graines avec les grands jardins européens et enrichissaient sans cesse les collections.
Aujourd’hui encore, les jardins des îles Borromées comptent parmi les plus riches d’Europe.
Chaque saison révèle un nouveau décor.
Au printemps, les camélias et les azalées ouvrent le bal des floraisons. L’été voit s’épanouir les hortensias, les roses et les plantes subtropicales. À l’automne, les érables japonais embrasent les allées tandis que les grands arbres offrent une palette de rouges et d’oranges qui contraste magnifiquement avec le bleu profond du lac.
Cette richesse botanique constitue sans doute l’une des plus grandes surprises des îles Borromées.
On vient y admirer des palais.
On repart souvent avec le souvenir d’un jardin unique au monde.
Les plus beaux panoramas sur les îles Borromées
Depuis Stresa, le point de vue emblématique
Il existe peu d’endroits où les îles Borromées se dévoilent avec autant d’élégance que depuis la promenade de Stresa.
Tout au long du rivage, les palaces Belle Époque alternent avec les jardins fleuris et les terrasses ouvertes sur le lac. Les trois îles semblent parfaitement alignées, comme si elles avaient été placées là pour composer l’un des plus beaux paysages d’Italie.
Aux premières heures de la journée, lorsque le lac est parfaitement calme, les palais et les jardins se reflètent presque entièrement dans les eaux. En fin d’après-midi, la lumière venue de l’ouest éclaire les façades d’Isola Bella tandis que les montagnes commencent à plonger dans l’ombre.
Il suffit souvent de s’asseoir quelques minutes sur un banc pour comprendre pourquoi tant de voyageurs tombent amoureux du lac Majeur avant même d’avoir embarqué.
Depuis Baveno, un regard plus intime
À quelques kilomètres seulement de Stresa, Baveno offre une perspective différente.
Le front de lac est moins animé et les quais permettent de contempler les îles dans une atmosphère plus paisible. Les jardins d’Isola Madre apparaissent davantage dans leur ensemble tandis qu’Isola Bella révèle toute la silhouette de ses terrasses baroques.
Le lever du soleil y est particulièrement spectaculaire. Les premiers rayons illuminent progressivement les jardins tandis que les montagnes restent encore enveloppées d’ombre.
Pour les photographes, c’est sans doute l’un des meilleurs moments de la journée.

Depuis Pallanza et le Mottarone
Depuis la promenade de Pallanza, à Verbania, les îles semblent presque flotter au milieu d’un immense amphithéâtre naturel dominé par les Alpes. Le panorama gagne encore en profondeur et permet de mieux comprendre la géographie du golfe Borromée.
Mais c’est sans doute depuis le Mottarone, à 1 491 mètres d’altitude, que l’on saisit pleinement la place qu’occupent les îles dans le paysage.
Vue d’en haut, cette poignée d’îlots paraît minuscule au milieu du lac Majeur. Les palais deviennent de simples taches claires entourées de végétation. Les montagnes, les villages de la rive et les autres lacs du Piémont apparaissent dans un même regard.
On comprend alors que les Borromée n’ont pas seulement construit des palais.
Ils ont choisi l’un des plus beaux décors naturels des Alpes italiennes pour y inscrire leur histoire.
Les îles Borromées au fil des saisons
Le printemps, lorsque les jardins deviennent un tableau vivant
Les îles Borromées entretiennent une relation particulière avec les saisons. Leur beauté ne dépend pas uniquement de leurs palais ou de leurs panoramas, mais aussi des transformations permanentes de leurs jardins. Chaque période de l’année révèle ainsi un visage différent de l’archipel.
Le printemps est sans doute la saison la plus spectaculaire.
Dès la seconde quinzaine de mars, les premiers camélias s’épanouissent sur Isola Madre. Leur floraison est rapidement suivie par celle des azalées, des rhododendrons, des magnolias et des glycines qui recouvrent les pergolas de longues grappes violettes parfumées. Les terrasses d’Isola Bella retrouvent alors toute leur exubérance, tandis que les paons blancs déploient leur plumage dans une végétation redevenue luxuriante.
À cette période, les températures oscillent généralement entre 15 et 22 °C. Les journées sont longues, la lumière particulièrement douce et les visiteurs encore relativement peu nombreux, notamment en semaine. Le contraste entre les jardins en fleurs et les sommets encore enneigés du Mont Rose ou des Alpes valaisannes donne au paysage une profondeur remarquable.
Pour les passionnés de botanique comme pour les photographes, il s’agit probablement du moment le plus fascinant de l’année.
L’été, l’art de vivre italien au bord du lac
À partir du mois de juin, les îles Borromées retrouvent l’effervescence qui fait leur réputation internationale.
Les bateaux de la Navigazione Lago Maggiore assurent des rotations quasiment continues entre Stresa, Baveno, Pallanza et les trois îles. Les terrasses des cafés s’animent dès le matin, les jardins offrent une fraîcheur appréciable sous les grands arbres et les longues journées permettent de prendre véritablement son temps.
C’est aussi la saison où le lac devient un spectacle permanent.
Voiliers, bateaux traditionnels, ferries et petites embarcations privées sillonnent les eaux tandis que les montagnes se reflètent dans un bleu profond rarement troublé par le vent. Depuis les terrasses d’Isola Bella, le regard embrasse les rives animées de Stresa, les villas de Baveno et les reliefs qui ferment l’horizon.
L’été invite naturellement à ralentir.
On peut consacrer la matinée à la visite du palais d’Isola Bella, déjeuner tranquillement sur Isola dei Pescatori, poursuivre l’après-midi dans les jardins d’Isola Madre avant de revenir vers Stresa au coucher du soleil.
Cette succession d’ambiances différentes explique pourquoi une seule journée paraît souvent trop courte.
L’automne, la lumière retrouvée
Lorsque septembre laisse place aux premières journées d’octobre, le lac Majeur change progressivement d’atmosphère.
Les températures restent souvent très agréables, les bateaux continuent de desservir les îles et les jardins conservent une grande partie de leur richesse végétale. Pourtant, le rythme ralentit sensiblement.
Les grands groupes disparaissent peu à peu.
Les allées retrouvent leur calme.
Les palais semblent presque appartenir à ceux qui prennent le temps de les parcourir.
Dans les jardins d’Isola Madre, les érables japonais offrent un spectacle particulièrement remarquable. Les feuillages deviennent rouges, cuivrés ou dorés tandis que les grands liquidambars prennent des couleurs flamboyantes. Les reflets sur le lac gagnent eux aussi en intensité, notamment en fin d’après-midi lorsque la lumière descend derrière les montagnes.
Cette saison séduit les voyageurs qui recherchent davantage la contemplation que l’animation estivale.
Beaucoup considèrent même qu’il s’agit de la meilleure période pour apprécier pleinement la beauté des îles.
L’hiver, un autre visage du lac Majeur
L’hiver surprend souvent les visiteurs.
Si les palais et les jardins historiques ferment généralement leurs portes entre le début du mois de novembre et la mi-mars — les dates variant légèrement selon les saisons et les programmes de restauration — les îles Borromées continuent de dominer le paysage.
Depuis Stresa, elles prennent alors une tout autre dimension.
Les arbres perdent une partie de leur feuillage, les montagnes environnantes se couvrent de neige et le lac retrouve une tranquillité presque absolue. Les grands hôtels Belle Époque, les quais silencieux et les silhouettes des îles composent un décor d’une élégance rare, bien différent de celui de l’été.
Cette période permet également de profiter des établissements thermaux de la région, des promenades sur les quais ou des excursions vers le Mottarone, dont les panoramas hivernaux offrent une vue exceptionnelle sur l’ensemble du golfe Borromée.

Même fermées, les îles demeurent le cœur du paysage.
Comment visiter les îles Borromées ?
D’où partent les bateaux ?
La très grande majorité des visiteurs embarque depuis Stresa, véritable porte d’entrée des îles Borromées.
Les embarcadères sont situés directement sur la promenade du lac, à quelques minutes seulement des principaux hôtels et du centre historique. Durant la saison d’ouverture des palais, les départs sont particulièrement fréquents, généralement toutes les 20 à 30 minutes entre le matin et la fin d’après-midi.
Il est également possible d’embarquer depuis Baveno, Verbania-Pallanza, Intra, Laveno-Mombello ou encore Arona, ce qui peut être intéressant si vous séjournez sur une autre rive du lac.
Deux types de navigation coexistent.
La compagnie publique Navigazione Lago Maggiore assure des liaisons régulières selon un horaire fixe, permettant également de poursuivre vers d’autres villages du lac. Des compagnies privées proposent quant à elles des navettes directes entre Stresa et les îles, avec des départs très rapprochés en haute saison.
Les horaires évoluent au fil de l’année. Il est donc recommandé de les consulter avant la visite, notamment au printemps et à l’automne.
Billets, temps de visite et conseils pratiques
Pour visiter les îles Borromées, plusieurs formules sont proposées.
Le transport en bateau est acheté séparément auprès des compagnies de navigation, tandis que l’accès aux palais et aux jardins est géré par Terre Borromeo, qui propose des billets individuels ou des pass combinés donnant accès à Isola Bella et Isola Madre. Ces billets peuvent être achetés en ligne ou directement sur place.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Une journée entière constitue sans hésitation la meilleure option.
Le palais et les jardins d’Isola Bella demandent à eux seuls deux à trois heures si l’on souhaite réellement profiter de la visite. Isola Madre mérite également au moins deux heures, notamment pour parcourir tranquillement ses jardins botaniques. Enfin, Isola dei Pescatori invite naturellement à s’attarder autour d’un déjeuner ou d’une promenade en fin d’après-midi.
Si votre temps est limité, privilégiez Isola Bella pour son patrimoine historique et ses jardins, puis Isola dei Pescatori pour son authenticité. Les amateurs de botanique ou de photographie ne devraient toutefois pas renoncer à Isola Madre, dont le jardin compte parmi les plus beaux d’Europe.
Enfin, un dernier conseil : partez tôt.
Les premiers bateaux permettent de découvrir Isola Bella dans une lumière magnifique et avant l’arrivée des groupes. En fin de journée, faites l’inverse : restez quelques heures de plus sur Isola dei Pescatori. Lorsque les derniers bateaux repartent et que les terrasses retrouvent leur calme, le village révèle une atmosphère que peu de visiteurs ont la chance de connaître.
Les îles Borromées, le cœur battant du lac Majeur
Lorsque le bateau reprend finalement la direction de Stresa, le regard revient naturellement vers les trois îles qui s’éloignent lentement.
Le palais d’Isola Bella disparaît peu à peu derrière ses terrasses fleuries. Les grands arbres d’Isola Madre referment leur écrin de verdure. Les maisons d’Isola dei Pescatori retrouvent leur tranquillité tandis que quelques barques restent immobiles le long des quais.
À cet instant, on comprend que les îles Borromées ne sont pas seulement un site touristique exceptionnel.
Elles racontent une histoire.
Celle d’une famille visionnaire qui sut transformer quelques îlots rocheux en un chef-d’œuvre où l’architecture, les jardins et le paysage dialoguent depuis près de quatre siècles. Celle d’un lac qui a façonné la vie de générations de pêcheurs et attiré artistes, écrivains, souverains et voyageurs venus de toute l’Europe. Celle enfin d’un territoire où la nature alpine rencontre une douceur presque méditerranéenne, donnant naissance à un paysage que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Visiter les îles Borromées, c’est bien sûr admirer un palais baroque, parcourir des jardins d’exception ou déjeuner dans un village lacustre.
Mais c’est surtout vivre une journée où chaque traversée, chaque panorama et chaque promenade racontent un fragment de l’histoire du lac Majeur.
Et lorsque les palaces de Stresa réapparaissent au loin, une certitude demeure : il existe de nombreux beaux jardins, de nombreux palais et de nombreux lacs en Europe. Les îles Borromées, elles, réunissent tout cela dans un même paysage. C’est sans doute ce qui explique qu’après plusieurs siècles, elles continuent d’émerveiller tous ceux qui prennent le temps de les découvrir.
Crédits Photos:
Isola dei Pescatori :
Michele Ursino, CC BY-SA 2.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0f/Isola_dei_Pescatori_%28Stresa%29_-_Isole_Borromee_-_Lake_Maggiore_-_24_Oct._2012.jpg
Isola Bella : Torsade de Pointes, CC0, via Wikimedia Commons// https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/77/Isola_Bella_Palazzo_Borromeo_da_Baveno.JPG
Isola Bella e Isola dei Pescatori :Gianni Careddu, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e3/Stresa%2C_isola_Bella_%2801%29.jpg
Isola Bella: CucombreLibre from New York, NY, USA, CC BY 2.0 <https://creativecommons.org/licenses/by/2.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/98/Borromeo-P3P-20170530-010_%2836234155645%29.jpg
Isola Madre: Torsade de Pointes, CC0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/15/Isola_Madre_1.JPG
Paon Blanc : Wolfgang Sauber, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d0/Isola_Madre_-_Vogel_2.jpg
Palazzo Borromeo Isola Madre: Civvì, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2f/Palazzo_Borromeo_Isola_Madre.jpg
Jardins Isola Madre: Dominik Landwehr, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ae/Isola_Madre_Garden.jpg
Isola Bella Terrasse: FrDr, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c9/Isola_Bella_%28Lago_Maggiore-Isole_Borromee%29_81.jpg
Autres photos: @OlivierCiucci
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