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Au cœur des Dolomites, il existe une montagne qui change l’échelle du paysage.

On l’aperçoit depuis le massif du Sella, les crêtes de la Val di Fassa, les alpages d’Arabba ou les routes qui franchissent les cols des Dolomites centrales. Une longue muraille claire, souvent coiffée de neige, domine les sommets environnants. Sur son versant nord s’étend une masse de glace devenue rare dans ces montagnes. Au sud, une paroi rocheuse de plusieurs kilomètres tombe presque verticalement vers la vallée d’Ombretta.

C’est la Marmolada.

Marmolada/Marmolèda, dans sa forme ladine, est surnommée depuis longtemps la Regina delle Dolomiti, la Reine des Dolomites. Le titre n’est pas seulement poétique. Son sommet principal, la Punta Penia, atteint 3 343 mètres d’altitude, ce qui en fait le point culminant de l’ensemble des Dolomites.

Mais la Marmolada est bien davantage qu’un sommet.

C’est une montagne frontière, située entre le Trentin et la Vénétie, entre la Val di Fassa et l’Agordino. Une montagne marquée par l’histoire de l’alpinisme, par les combats de la Première Guerre mondiale et par la présence du plus grand glacier des Dolomites. Une montagne où l’on peut monter à plus de 3 200 mètres en téléphérique, visiter un musée consacré à la guerre à près de 3 000 mètres d’altitude, skier sur une piste de douze kilomètres ou marcher au bord du lac de Fedaia face aux glaces.

Son massif appartient depuis 2009 au patrimoine mondial des Dolomites de l’UNESCO. Particularité géologique intéressante, la Marmolada n’est d’ailleurs pas constituée de la dolomie typique qui a donné leur nom aux Dolomites : son massif associe notamment des calcaires clairs, dits calcaires de la Marmolada, à des formations d’origine volcanique. Elle forme ainsi, au centre même des Dolomites, un univers géologique et paysager à part.

Cette montagne iconique délivre des surprises à qui prend le temps d’en faire le tour.

Voici donc dix choses à savoir sur la Marmolada avant de partir à la rencontre de la plus haute montagne des Dolomites.

1. La Marmolada est la plus haute montagne des Dolomites

Une longue crête culminant à 3 343 mètres

Lorsque l’on parle de la Marmolada, on imagine souvent un sommet unique. La réalité est différente. Le massif forme une longue crête orientée globalement d’ouest en est, ponctuée de plusieurs sommets dépassant les 3 000 mètres.

Le point culminant est la Punta Penia, à 3 343 mètres d’altitude. Elle domine la Punta Rocca, qui atteint 3 309 mètres, la Punta Ombretta, à 3 230 mètres, puis le Monte Serauta et le Pizzo Serauta, qui dépassent eux aussi les 3 000 mètres.

Cette altitude place la Marmolada au-dessus de tous les autres sommets des Dolomites. L’Antelao atteint 3 264 mètres, le Tofana di Mezzo 3 244 mètres, le Monte Cristallo 3 221 mètres, le Sassolungo/Langkofel 3 181 mètres et le Monte Pelmo 3 168 mètres.

Mais la domination de la Marmolada ne se mesure pas uniquement en mètres. Son isolement relatif et son importante proéminence lui permettent d’être visible depuis une grande partie des Dolomites centrales. Sa silhouette apparaît au-dessus des cols, entre deux sommets du Sella ou derrière les prairies d’altitude, souvent reconnaissable à la longue bande claire de son glacier.

Le contraste entre ses deux versants est saisissant. Au nord, la montagne descend par des pentes glaciaires relativement ouvertes vers le Passo Fedaia. Au sud, elle forme une gigantesque paroi rocheuse qui tombe sur près de 800 mètres vers la vallée d’Ombretta. Cette muraille a constitué l’un des grands terrains d’aventure de l’alpinisme dolomitique.

La première ascension de la Punta Penia fut réalisée en 1864 par l’alpiniste autrichien Paul Grohmann accompagné des guides Angelo et Fulgenzio Dimai. L’événement appartient à cette période pionnière durant laquelle les grands sommets des Dolomites furent progressivement explorés et gravis.

Premières neiges sur la Marmolada
Premières neiges sur la Marmolada

Peut-on monter au sommet de la Marmolada ?

Il faut ici distinguer deux expériences très différentes.

Le téléphérique de la Marmolada ne conduit pas exactement au sommet principal. Depuis Malga Ciapela, à environ 1 450 mètres d’altitude, trois tronçons successifs permettent de rejoindre Coston d’Antermoja, à 2 350 mètres, Serauta, à 2 950 mètres, puis Punta Rocca, dont la gare supérieure se situe à 3 265 mètres.

La montée demande seulement une douzaine de minutes de trajet effectif. En moins d’un quart d’heure, on passe ainsi du fond de la Val Pettorina à l’univers de la très haute montagne.

À Punta Rocca, une terrasse panoramique permet d’observer les Dolomites. On trouve également une grotte abritant une statue de la Vierge, consacrée en 1979 par le pape Jean-Paul II, alors encore cardinal Karol Wojtyła.

La Punta Penia, en revanche, reste un véritable sommet d’alpinisme.

La voie normale traverse le glacier de la Marmolada. Elle exige l’utilisation de crampons, d’un piolet, d’un baudrier et d’un équipement d’encordement adapté à la progression glaciaire. Une autre possibilité consiste à gravir la via ferrata de la crête occidentale, itinéraire historique équipé mais long et engagé.

À 3 343 mètres, le sommet réserve une dernière surprise : la Capanna Punta Penia, l’un des refuges les plus hauts des Dolomites. Le bâtiment est installé presque exactement sur le point culminant. Après plusieurs heures de marche sur le glacier ou la via ferrata, il est ainsi possible de boire une boisson chaude ou de manger face à un panorama qui embrasse une grande partie des Alpes orientales.

2. Depuis la Marmolada, on découvre l’un des plus vastes panoramas des Dolomites

Un balcon à plus de 3 200 mètres d’altitude

La porte de la cabine s’ouvre et, pendant quelques secondes, le froid surprend.

Même en plein été, l’air n’a plus rien à voir avec celui de Malga Ciapela. La température a chuté, le vent circule librement sur la crête et la lumière semble plus vive. Le paysage n’est plus composé de vallées, de forêts et de villages. Il est devenu presque entièrement minéral.

Depuis la terrasse de Punta Rocca, à 3 265 mètres, la Marmolada offre l’un des panoramas les plus étendus des Dolomites.

À quelques kilomètres seulement se dresse le massif du Sella, immense forteresse rocheuse dont on distingue les plateaux supérieurs et les vallées qui l’encerclent. Plus loin apparaissent le Sassolungo/Langkofel et le Sasso Piatto/Plattkofel. Au sud-ouest se succèdent les sommets du Catinaccio/Rosengarten et du Latemar.

Vers l’est, le regard rencontre les silhouettes de l’Antelao, du Pelmo, du Civetta et des Tofane. Par atmosphère limpide, notamment après le passage d’un front froid ou lors de certaines journées d’automne, l’horizon s’étend bien au-delà des Dolomites.

Cette situation permet surtout de comprendre la géographie de ces montagnes.

Depuis les vallées, les massifs semblent souvent isolés les uns des autres. On passe de l’un à l’autre en franchissant des cols, en descendant dans des vallées boisées puis en remontant vers de nouveaux paysages.

Depuis la Marmolada, l’organisation du territoire devient soudain lisible.

On distingue les grandes citadelles rocheuses, les corridors des vallées et les cols qui les séparent. Le Passo Pordoi apparaît entre la Marmolada et le Sella. Le Passo Fedaia s’étire directement sous la montagne. Plus loin, le Passo Sella et le Passo Gardena/Grödner Joch dessinent les grandes portes du cœur des Dolomites.

Le contraste entre le nord et le sud de la montagne est tout aussi spectaculaire.

Vers le nord, le glacier descend vers le lac de Fedaia et les paysages de la Val di Fassa. Vers le sud, le regard plonge au-dessus de l’immense paroi de la Marmolada, haute de plusieurs centaines de mètres.

Le panorama n’est cependant jamais garanti.

À cette altitude, les nuages peuvent envelopper la montagne en quelques minutes. Une mer de nuages peut cacher toutes les vallées tandis que les sommets émergent comme des îles. Un orage d’été peut faire disparaître le paysage et transformer la température en quelques instants.

C’est pourquoi une montée à la Marmolada mérite d’être préparée en fonction de la météo. Les premières heures de la journée offrent généralement les meilleures chances de visibilité et permettent de profiter d’une lumière plus douce sur les massifs environnants.

Sur un des sommets de la Marmolada
Ski à Punta Rocca sur la Marmolada à 3265m

3. Le glacier de la Marmolada est le plus grand glacier des Dolomites

Un glacier devenu le symbole de la fragilité de la haute montagne

Depuis le Passo Fedaia, le glacier occupe tout le versant nord de la Marmolada.

Ou plutôt, il l’occupait autrefois.

Sur les photographies anciennes, une immense masse blanche descend vers la vallée. La langue glaciaire est épaisse, continue, parcourue de crevasses. Aujourd’hui, la glace s’est retirée vers les parties supérieures de la montagne. De vastes surfaces de roche grise sont apparues et le glacier s’est fragmenté en plusieurs corps de glace.

Le glacier de la Marmolada reste le plus grand et le plus emblématique des glaciers des Dolomites. Mais il est inexact de le présenter comme le seul glacier restant des Dolomites : une étude scientifique publiée en 2025 recensait encore neuf glaciers en 2023, la fragmentation de la Marmolada portant même le nombre de corps glaciaires distincts à douze. Il est donc préférable de parler du principal glacier des Dolomites, et non du dernier.

Son recul est néanmoins spectaculaire.

Les observations scientifiques du glacier remontent à la fin du XIXe siècle. Depuis le début des mesures, le front a reculé de plus d’un kilomètre. La diminution s’est fortement accélérée au cours des dernières décennies sous l’effet de la hausse des températures, de l’enneigement insuffisant de certains hivers et de la succession d’étés particulièrement chauds.

Une étude publiée dans la revue scientifique The Cryosphere en 2025 montre que les glaciers des Dolomites ont perdu environ 56 % de leur superficie entre les années 1980 et 2023. La Marmolada représente à elle seule environ 66 % de la perte de volume de glace observée dans l’ensemble des Dolomites durant cette période.

Le glacier est devenu un immense indicateur climatique.

Chaque été, les roches nouvellement découvertes témoignent du recul de la glace. Des objets, des équipements militaires et parfois des restes humains datant de la Première Guerre mondiale réapparaissent.

Mais l’événement qui a profondément marqué la mémoire récente de la montagne s’est produit le 3 juillet 2022.

Ce jour-là, une partie du glacier s’est détachée près de Punta Rocca. Une avalanche composée de glace, de neige et de rochers a dévalé la montagne à très grande vitesse. Onze personnes ont perdu la vie.

Depuis cette catastrophe, la perception de la Marmolada a changé. La montagne reste accessible, parcourue par les alpinistes et les skieurs, mais les conditions glaciaires doivent être évaluées avec une attention particulière. Les itinéraires peuvent évoluer rapidement et l’accompagnement par un guide de haute montagne est fortement recommandé pour les personnes ne maîtrisant pas parfaitement la progression sur glacier.

Le glacier de la Marmolada n’est donc plus seulement un élément spectaculaire du paysage. Il est devenu l’un des lieux où les transformations actuelles des Alpes sont les plus visibles.

Marmolada, dernier glacier des Dolomites
Le glacier de la Marmolada

4. La Marmolada fut une frontière et l’un des fronts les plus extraordinaires de la Première Guerre mondiale

La guerre à plus de 3 000 mètres d’altitude

Lorsque l’on regarde aujourd’hui les skieurs glisser sur les pentes de la Marmolada ou les randonneurs marcher autour du Passo Fedaia, il est difficile d’imaginer que cette montagne fut, pendant plusieurs années, un champ de bataille.

Avant 1915, la Marmolada se trouvait sur la frontière entre l’Empire austro-hongrois et le royaume d’Italie.

Lorsque l’Italie entra dans la Première Guerre mondiale, en mai 1915, cette frontière devint un front militaire.

Les soldats italiens occupèrent plusieurs positions sur les crêtes et le versant sud. Les troupes austro-hongroises défendaient notamment le versant nord et les positions du glacier.

La guerre qui se déroula ici fut radicalement différente de celle des plaines européennes.

Il fallait transporter des hommes, des armes, des munitions et des matériaux à près de 3 000 mètres d’altitude. Les soldats vivaient dans des baraquements accrochés aux rochers, des galeries creusées dans la montagne et des positions exposées aux avalanches.

Le froid constituait parfois un ennemi plus dangereux que les armées adverses.

Les températures pouvaient descendre très bas, souvent jusqu’à -30 degrés. Les tempêtes immobilisaient les unités pendant plusieurs jours. Les avalanches emportaient des groupes entiers de soldats.

L’un des épisodes les plus meurtriers eut lieu le 13 décembre 1916, lors de ce que l’on appelle parfois le Vendredi blanc. Après d’importantes chutes de neige, une gigantesque avalanche ensevelit les positions austro-hongroises de Gran Poz. Plusieurs centaines de soldats furent tués.

Mais la Marmolada est surtout célèbre pour une réalisation militaire presque inimaginable : la Città di Ghiaccio, la Ville de Glace.

Afin de protéger les soldats des tirs italiens et des avalanches, l’ingénieur autrichien Leo Handl développa un réseau de galeries creusées directement dans le glacier.

Peu à peu, cette infrastructure devint une véritable ville souterraine.

Les galeries reliaient les postes militaires. On y trouvait des dortoirs, des cuisines, des dépôts de munitions, des postes de commandement et même des espaces destinés aux soins.

Le réseau aurait atteint plusieurs kilomètres.

À l’intérieur du glacier, les soldats étaient protégés des bombardements, mais vivaient dans une humidité constante et des températures proches de zéro.

Lorsque la guerre prit fin, la Ville de Glace fut abandonnée.

Le glacier continua son mouvement naturel. Les tunnels se déformèrent, s’effondrèrent puis disparurent progressivement.

Aujourd’hui, il n’en reste presque rien de visible. Mais le recul de la glace restitue régulièrement des objets ayant appartenu aux soldats : armes, chaussures, outils, lettres et équipements militaires.

La Marmolada est ainsi devenue l’un des plus impressionnants lieux de mémoire de la guerre en haute montagne.

Punta Rocca sur la Marmolada
Punta Rocca sur la Marmolada

5. À 2 950 mètres se trouve l’un des plus hauts musées d’Europe

Le Museo Marmolada Grande Guerra 3000 M

Le téléphérique quitte Malga Ciapela, franchit les forêts puis gagne rapidement les pentes rocheuses.

Après un premier arrêt à Coston d’Antermoja, la cabine poursuit vers Serauta, à 2 950 mètres d’altitude.

C’est ici que se trouve le Museo Marmolada Grande Guerra 3000 M.

Sa situation est exceptionnelle.

Le musée Marmolada Grande Guerra est installé directement sur l’un des lieux où se déroulèrent les combats de la Première Guerre mondiale. À quelques centaines de mètres des salles d’exposition se trouvent encore des galeries, des positions militaires et des traces des affrontements.

Le musée actuel a été entièrement rénové et inauguré en 2015, à l’occasion du centenaire de l’entrée de l’Italie dans la guerre.

La visite permet de comprendre les conditions extraordinaires dans lesquelles les soldats vécurent sur la Marmolada.

Les collections présentent des uniformes, des armes, des objets personnels, des photographies, des documents et des équipements retrouvés dans la montagne ou restitués par le glacier.

Mais l’intérêt du musée réside surtout dans la manière dont il raconte la guerre.

Il ne s’agit pas uniquement d’expliquer les batailles ou les mouvements des armées. Le parcours insiste sur la vie quotidienne des soldats.

  • Comment survivre à près de 3 000 mètres ?
  • Comment transporter de la nourriture ?
  • Comment construire des abris ?
  • Comment évacuer les blessés ?
  • Comment supporter plusieurs mois d’hiver dans un environnement où les avalanches, le froid et les tempêtes pouvaient tuer davantage que les combats ?

Des reconstitutions et des documents permettent également de comprendre le fonctionnement de la Ville de Glace.

Depuis le musée, il est possible de rejoindre un itinéraire extérieur lorsque les conditions le permettent.

La Zona Monumentale Sacra di Punta Serauta conserve des positions italiennes, des tranchées, des galeries et plusieurs emplacements militaires.

Le parcours se déroule en haute montagne. Il nécessite des chaussures adaptées et ne doit être entrepris que lorsque les conditions météorologiques le permettent.

Le contraste entre le paysage et l’histoire est saisissant.

Depuis les positions militaires, le regard porte aujourd’hui sur certaines des plus belles montagnes des Dolomites. Il y a un siècle, des hommes observaient exactement le même panorama, mais vivaient sous les bombardements et dans l’attente d’une attaque ou d’une avalanche.

Le musée est généralement accessible avec le billet du téléphérique pendant les périodes d’ouverture des installations. Les horaires varient entre l’été et l’hiver et doivent être vérifiés avant la montée.

6. Le lac de Fedaia offre l’un des plus beaux points de vue sur la Marmolada

Un lac à 2 030 mètres sous le glacier

Il existe plusieurs manières de découvrir la Marmolada.

Monter à Punta Rocca permet de dominer les Dolomites. Marcher dans la vallée d’Ombretta permet de contempler l’immense paroi sud. Mais pour comprendre la relation entre la montagne et son glacier, il faut s’arrêter au Lago di Fedaia, à environ 2 030 mètres d’altitude.

Le lac s’étend sur près de deux kilomètres au pied du versant nord de la Marmolada.

Une grande partie du plan d’eau actuel est artificielle. Le barrage construit au milieu du XXe siècle retient les eaux utilisées pour la production hydroélectrique. À proximité subsiste également le petit lac naturel de Fedaia.

La route longe la rive. D’un côté, l’eau prend selon la lumière des teintes bleu sombre, vertes ou presque métalliques. De l’autre, la Marmolada occupe tout le paysage.

Le glacier apparaît au-dessus des pentes rocheuses. La Punta Penia et la Punta Rocca dominent l’horizon. Les coulées de pierres grises témoignent des zones autrefois recouvertes par la glace.

Le contraste est particulièrement impressionnant en début de matinée.

Lorsque le vent ne souffle pas encore, la montagne peut se refléter dans les eaux du lac. Les premiers rayons du soleil atteignent les sommets tandis que les rives restent dans l’ombre.

Une promenade facile permet de parcourir les environs du lac et de rejoindre le Passo Fedaia, situé à 2 057 mètres d’altitude.

Le col relie Canazei/Cianacei, dans la Val di Fassa, à Malga Ciapela et Rocca Pietore/Ròcia, dans la Val Pettorina, en Vénétie.

Plusieurs refuges et restaurants permettent de s’arrêter autour du lac.

Le secteur constitue également un point de départ pour des randonnées plus exigeantes.

Le Rifugio Pian dei Fiacconi, autrefois accessible par une ancienne remontée mécanique aujourd’hui démantelée, constituait l’un des principaux points d’approche du glacier. Le refuge a été détruit par une avalanche en décembre 2020.

Les sentiers permettent néanmoins toujours d’explorer les paysages du versant nord, en respectant les restrictions et les conditions locales.

Le Lago di Fedaia mérite aussi d’être découvert en dehors des heures les plus fréquentées, lorsque les voitures deviennent moins nombreuses et que la lumière descend derrière les montagnes. Le paysage retrouve alors une dimension presque austère: le vent froid descend du glacier, les pentes s’assombrissent et a Marmolada retrouve cette présence massive qui explique pourquoi elle est surnommée la Reine des Dolomites.

La Marmolada géant des Dolomites
Lago Fedaia au pied de la Marmolada

7. Comment accéder à la Marmolada ?

Malga Ciapela, la porte d’entrée vers les sommets

Pour monter en téléphérique sur la Marmolada, il faut rejoindre Malga Ciapela, petit hameau situé à environ 1 450 mètres d’altitude, au fond de la Val Pettorina.

C’est ici que se trouve la gare inférieure des Funivie Marmolada.

Trois tronçons successifs permettent de rejoindre Punta Rocca : Malga Ciapela–Coston d’Antermoja, Coston d’Antermoja–Serauta et Serauta–Punta Rocca.

La montée complète franchit plus de 1 800 mètres de dénivelé et demande environ douze minutes de trajet effectif.

Des parkings sont disponibles à proximité de la gare inférieure.

Depuis le côté vénitien (Arabba, Agordo, Alleghe, Cortina), il faut atteindre Rocca Pietore/Ròcia, le trajet jusqu’à Malga Ciapela demande une quinzaine de minutes en voiture.

Depuis le Trenti et le Südtirol, l’accès se fait par la Val di Fassa (Canazei) et la Passo Fedaia.

Depuis Arabba/Rèba, deux itinéraires sont possibles selon l’ouverture saisonnière des routes : par le Passo Pordoi et le Passo Fedaia ou en contournant le massif par Malga Ciapela. Lorsque la route des deux cols est ouverte, il faut compter environ quarante minutes.

Depuis Canazei/Cianacei, dans la Val di Fassa, la route franchit le Passo Fedaia et rejoint Malga Ciapela en environ quarante à cinquante minutes.

Depuis Cortina d’Ampezzo, il faut compter approximativement une heure trente de route, selon la circulation et les conditions.

Depuis Belluno, le trajet demande autour d’une heure quinze.

Depuis Venise, la Marmolada se trouve à environ deux heures trente à trois heures de voiture.

Peut-on venir sans voiture ?

L’accès en transports publics est possible, mais demande davantage de préparation.

Le réseau Dolomitibus dessert la Val Pettorina et Rocca Pietore depuis les principaux centres de la province de Belluno. Les liaisons et fréquences varient fortement selon les saisons.

En été, des bus touristiques et des lignes saisonnières facilitent également les déplacements entre les villages et les principaux cols des Dolomites.

Du côté du Trentin, les bus de Trentino Trasporti permettent de rejoindre Canazei et la Val di Fassa depuis Trente et Bolzano via les principaux nœuds de transport. Des liaisons saisonnières permettent ensuite d’approcher le Passo Fedaia.

Il faut toutefois garder à l’esprit que la Marmolada se situe à la rencontre de deux provinces et de plusieurs réseaux de transport. Un itinéraire impliquant le franchissement du Passo Fedaia peut demander plusieurs correspondances.

Pour une excursion à la journée, il est indispensable de vérifier les horaires du retour avant le départ.

Une route saisonnière

Le Passo Fedaia constitue l’un des plus beaux accès routiers à la Marmolada.

Mais la route est généralement fermée en hiver en raison de l’enneigement et du risque d’avalanche.

Avant un déplacement au printemps ou à l’automne, il est donc essentiel de vérifier l’ouverture du col.

L’accès à Malga Ciapela depuis Rocca Pietore reste la principale solution pendant la saison hivernale.

Skier sur la Marmolada
Pistes de ski sur la Marmolada

8. En hiver, la Marmolada offre l’une des plus longues descentes à ski des Dolomites

De Punta Rocca à Malga Ciapela

En hiver, le paysage change complètement. Les prairies disparaissent. Le Lago di Fedaia est recouvert de neige et de glace. Le glacier et les pistes semblent se confondre dans une immense étendue blanche.

La Marmolada devient alors l’un des secteurs les plus spectaculaires de Dolomiti Superski.

Le domaine skiable Arabba-Marmolada propose environ 63 kilomètres de pistes et 26 remontées mécaniques. Il est relié au vaste ensemble du Dolomiti Superski et à la Sellaronda. Le secteur se distingue par son altitude et par un terrain généralement plus exigeant que celui de nombreuses stations familiales des Dolomites.

L’expérience emblématique commence à Punta Rocca.

Depuis la gare supérieure du téléphérique, à 3 265 mètres, la piste La Bellunese descend vers Malga Ciapela.

Elle représente environ 12 kilomètres de ski pour près de 1 800 mètres de dénivelé. C’est l’une des plus longues descentes continues des Dolomites. Le départ se déroule dans un environnement de haute montagne.

Les premiers virages s’effectuent sous les sommets de la Marmolada, face au massif du Sella et aux grandes montagnes des Dolomites centrales.

La piste descend ensuite vers le secteur du Passo Fedaia avant de rejoindre les forêts et Malga Ciapela.

Malgré sa réputation, cette descente ne doit pas être sous-estimée.

La longueur, l’altitude, le froid, la visibilité et la qualité de la neige peuvent fortement modifier sa difficulté. En haute saison, la fréquentation peut également devenir importante.

La Marmolada appartient aussi au Giro della Grande Guerra, circuit à ski qui permet de parcourir plusieurs vallées et domaines autour du Col di Lana, montagne particulièrement marquée par les combats de la Première Guerre mondiale.

Le parcours représente environ 80 kilomètres en combinant pistes, remontées mécaniques et ski-bus.

Il permet de traverser Arabba, Malga Ciapela, Alleghe et plusieurs secteurs de l’Agordino.

Pour les skieurs qui séjournent dans la région, la Marmolada constitue ainsi à la fois un objectif et un passage. On peut venir pour effectuer une seule fois la descente de la Bellunese, mais on peut aussi intégrer la montagne à plusieurs journées de ski entre Arabba, la Sellaronda et les domaines voisins.

9. Autour de la Marmolada, les randonnées conduisent des alpages aux glaciers

Une montagne qui ne se résume pas à son sommet

La présence du téléphérique pourrait donner l’impression que la Marmolada se découvre principalement depuis Punta Rocca.

Ce serait oublier l’immense territoire qui entoure le massif.

Certaines des plus belles randonnées permettent justement de contempler la montagne à distance.

La Valle Ombretta constitue l’un des itinéraires les plus remarquables.

Depuis Malga Ciapela, un sentier monte vers le Rifugio Falier, situé à 2 074 mètres d’altitude. Après une première partie en forêt, le paysage s’ouvre progressivement. Les prairies apparaissent. Puis la paroi sud de la Marmolada surgit. Elle forme une muraille rocheuse de plusieurs kilomètres, considérée comme l’une des grandes parois des Dolomites. La randonnée demande environ quatre à cinq heures aller-retour selon le point de départ et le rythme.

Le Rifugio Falier constitue également une étape de l’Alta Via delle Dolomiti n°2, grande traversée reliant Bressanone/Brixen à Feltre.

Une autre randonnée permet de rejoindre le Rifugio Contrin, à 2 016 mètres, depuis Alba di Canazei/Dèlba. Le sentier remonte la Val Contrin, traverse les forêts puis les alpages avant d’arriver au refuge. Depuis les environs, la vue sur la face sud-ouest de la Marmolada est spectaculaire.

Pour les randonneurs expérimentés, plusieurs itinéraires permettent d’effectuer le tour du massif en plusieurs jours.

Le Viel del Pan, qui relie les environs du Passo Pordoi au Passo Fedaia, offre l’un des plus beaux points de vue sur le glacier.

Le sentier traverse des prairies d’altitude autour de 2 400 mètres. Pendant plusieurs kilomètres, la Marmolada reste en face du marcheur. Le glacier, le Lago di Fedaia et les sommets apparaissent sous des angles sans cesse renouvelés.

Enfin, l’ascension de la Punta Penia représente l’objectif majeur. Mais il ne s’agit plus d’une randonnée. La voie normale traverse le glacier et nécessite des compétences d’alpinisme. La via ferrata de la crête occidentale constitue une autre possibilité, longue et engagée. Dans les deux cas, l’accompagnement d’un guide est fortement recommandé aux personnes qui ne possèdent pas l’expérience nécessaire.

Ainsi, a Marmolada offre ainsi plusieurs niveaux de découverte:

  • On peut marcher tranquillement autour du Lago di Fedaia.
  • Passer une journée dans la Valle Ombretta.
  • Parcourir le Viel del Pan face au glacier.
  • Dormir dans un refuge.
  • Ou tenter d’atteindre la Punta Penia.

À chaque altitude, la montagne révèle un autre visage.

Coucher de soleil sur la Marmolada
Coucher de soleil sur la Marmolada

10. Les légendes racontent comment la Marmolada fut recouverte par les glaces

La punition des hommes qui refusèrent de respecter un jour sacré

Bien avant les téléphériques, les skieurs et les alpinistes, les habitants des vallées observaient déjà la grande montagne., et ils racontaient des histoires.

L’une des légendes les plus célèbres de la Marmolada cherche à expliquer l’apparition du glacier.

Autrefois, raconte-t-on, les pentes de la montagne étaient couvertes de prairies. Les paysans y faisaient paître leurs troupeaux et récoltaient le foin pendant l’été. Un jour de fête religieuse, probablement le jour de l’Assomption, les habitants des villages cessèrent leur travail pour assister à la messe. Mais certains paysans refusèrent. Le ciel était clair. Le foin devait être rentré. Ils décidèrent de poursuivre leur travail malgré l’interdiction de travailler pendant cette journée sacrée. Alors le temps changea. Des nuages apparurent au-dessus des sommets. La neige commença à tomber. Elle continua pendant plusieurs heures. Puis plusieurs jours. Les prairies disparurent. Les granges furent ensevelies. Et la neige ne fondit jamais. Ainsi serait né le glacier de la Marmolada.

Comme souvent dans les légendes alpines, l’histoire transmet un avertissement. La montagne impose ses règles. L’homme qui refuse de respecter le temps, les saisons ou les forces naturelles finit par en subir les conséquences.

D’autres récits évoquent Conturina, jeune fille transformée en pierre par une marâtre jalouse. Son corps serait devenu l’un des sommets du massif.

Certaines légendes racontent aussi la présence de personnages mystérieux, d’esprits des montagnes et de créatures vivant dans les forêts et les rochers. Ces récits appartiennent à la culture ladine des vallées qui entourent la Marmolada.

Ils étaient racontés pendant les longues soirées d’hiver, transmis oralement de génération en génération.

Aujourd’hui encore, plusieurs itinéraires et manifestations culturelles de Rocca Pietore/Ròcia et des villages voisins permettent de découvrir cet imaginaire. Ces légendes donnent une autre dimension à la montagne.

Car lorsque le soleil disparaît derrière les sommets et que l’ombre gagne le Lago di Fedaia, la Marmolada change d’apparence.

Le glacier devient gris. Les falaises s’assombrissent. Le vent descend des hauteurs. Et la montagne semble retrouver, pendant quelques instants, le visage mystérieux que lui prêtaient autrefois les habitants des vallées.

La Marmolada, une montagne qui raconte les Dolomites

La Marmolada ne se résume pas à un record d’altitude. Certes, la Punta Penia domine les Dolomites à 3 343 mètres. Certes, le téléphérique permet de rejoindre en quelques minutes un univers de haute montagne et l’une des plus impressionnantes terrasses panoramiques des Alpes orientales. Mais la véritable singularité de la Marmolada réside dans l’accumulation des histoires et des paysages.

  • Un glacier millénaire recule sous l’effet du réchauffement climatique.
  • Des galeries creusées dans la glace racontent une guerre menée dans des conditions presque inimaginables.
  • Un musée installé à près de 3 000 mètres conserve la mémoire des soldats.
  • Un lac qui reflète les sommets.
  • Des pistes de ski descendent sur près de 1 800 mètres de dénivelé.
  • Des sentiers traversent les alpages, rejoignent les refuges et longent les grandes parois.
  • Et les légendes continuent de raconter qu’autrefois, là où s’étendait le glacier, se trouvaient de simples prairies.

Il faut donc plusieurs jours, plusieurs saisons et plusieurs points de vue pour comprendre la Marmolada.

La voir depuis le Viel del Pan. Marcher au bord du Lago di Fedaia. Entrer dans le musée de Serauta. Lever les yeux vers sa paroi sud depuis la Valle Ombretta. Skier depuis Punta Rocca. Ou simplement attendre la fin de la journée lorsque les dernières lumières éclairent la glace.

Car la Marmolada est peut-être la montagne qui résume le mieux les Dolomites: un paysage d’une beauté extraordinaire, une terre de passage entre plusieurs vallées et plusieurs cultures, un territoire façonné par les hommes.

Et une montagne fragile, dont l’histoire continue aujourd’hui de s’écrire sous nos yeux.

Crédits Photos

Punta Rocca: Guba Zoky Rabko, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6a/Marmolada_3342_m_Punta_Rocca_View_from_the_West_-_panoramio.jpg

Marmolada full view: Marco Bonomo, CC0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/63/Marmolada%2C_Italy.jpg

Marmolada coucher de soleil: Dmitry A. Mottl, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b2/Marmolada_Sunset.jpg

Marmolada ski: Guba Zoky Rabko, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/47/Marmolada_-View_Alta_Badia-Civetta-_panoramio.jpg

Marmolada Fedaia: LeonhardLynx, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons// https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5a/Ghiacciao_della_Marmolada_%281%29_ph_LeonardoDelSole.jpg

Punta Rocca: Giacomo Berardi, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons// https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/22/Punta_Rocca_sulla_Marmolada_in_primavera.jpg

Glacier Marmolada: SkiNick890, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons // https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/bd/Ghiacciaio_della_Marmolada_vista_su_Punta_Rocca_e_Punta_Penia.jpg

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